Haze, moyen métrage de commande par Tsukamoto (2005)

Publié le par asiaphilie

Haze, Shiniya Tsukamoto, 2005

 

 

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A l'occasion du Festival du film international de Jeonju, un film est commandé à trois réalisateurs asiatiques avec pour seule contrainte d'utiliser une nouvelle caméra DV dont il s'agit de faire le promotion. Tsukamoto se retrouve donc aux commande d'un court métrage (les deux autres étant réalisés par Song Il-gong et Apichatpong Weerasetakul) avec sa petite caméra. Si la version présentée au cours du festival dure 25 minute, celle dont je vais parler voit son scénario doubler de volume (on peut parler de version director's cut) afin de pouvoir être vendue séparément et constituer une œuvre à part entière. Je ne sais pas exactement quelles scènes ont été allongées ou rajoutées puisque je n'ai pas vu le film projetée lors du festival de Jeonju. Je ne pourrais donc pas faire de comparaison et me contenterai d'un court avis sur ce moyen métrage de 50 minutes.

 

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Tourné en 13 jours avec un budget de 40 000 euros, Haze signe le retour de Tsukamoto aux méthodes de ses débuts (Tetsuo, Tokyo Fist) : micro budget, équipe technique réduite au minimum, effets spéciaux et décors réalisés à la main et la plupart du temps en système D et surtout thématique violente, urbaine avec un montage très dynamique soutenu par la musique metalico-industrio-bruitiste de Chu Ishikawa, ami de longue date (voir aussi cet article sur le couple Ishikawa/Tsukamoto). En effet, en 2002 et 2004 Tsukamoto réalise A Snake of June et Vital, deux films beaucoup plus calmes, sensuels et auteuristes que les précédents. Surprenant tout le monde il opte pour une mise en scène plus calme. Malgré la qualité, la poésie de ces films, les fans de la première heure ont quelque fois été déçus. Ils devraient avec Haze retrouver tout ce qui leurs plaisaient dans les œuvres du jeune Tsukamoto.

 

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L'histoire est celle d'une homme qui se réveille avec une blessure au ventre enfermé dans un couloir où il peut à peine ramper, sombre et apparemment sans issue. Alors qu'il explore sa prison -qui lui impose des positions toujours plus horribles- il aperçoit par une fente le massacre d'hommes et d'une femme. Il fuit aussi vite qu'il peut et tombe nez à nez avec un tas de cadavres découpés et une jeune femme, blessée comme lui au ventre et qui ne sait pas plus que lui ce qu'elle fait ici. Alors qu'il est prêt à sa laisser mourir sur place, certain qu'il n'y a aucune porte de sortie, elle parvient à l'entrainer dans un égout d'où semble venir les cadavres. Ils doivent plonger et ils se perdent de vue...

 

Le réalisateur retrouve ses thèmes fétiches avec un environnement urbain hostile, claustrateur, la violence, la douleur physique et morale (leurs relations), le rôle de la femme comme salvatrice et agitatrice de l'homme. On retrouve aussi grâce à la DV une image proche de celle de ses débuts, moins lisse que celle de Vital, assez brute et qui parvient à s'immiscer dans les lieux les plus incongrus et exigüe, permettant des prises de vue au plus prés l'action, en caméra subjective.

 

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Tsukamoto encore une fois se penche sur le sujet « être humain », le décortique avec sa petite caméra, explore les relations entre conscience et corps humain, entre douleur et mémoire, questionne sur la possibilité du changement, sur le goût de la vie et le prix qu'on lui donne. La fin du film, sibylline est en décalage complet avec le reste du métrage. Elle permet de multiples interprétation quand à la véracité de l'expérience vécue par les deux protagonistes ou encore sur le sens à donner au film.

Mais il ne faut pas forcément chercher à y voir une leçon ou un sens bien particulier.

Comme dans Vital il explore la mémoire de l'homme, où plutôt l'amnésie et ce qu'elle permet. L'oubli étant une particularité de l'être humain (contrairement à la machine par exemple), le réalisateur en mettant en scène le cas extrême tente de montrer l'importance de cette caractéristique chez l'homme. En le réduisant à son plus simple appareil il met le doigt sur bien des aspects, des caractères de l'humain.

 

La scène la plus marquante et la plus réussie du film est sans doute celle où le personnage, debout dans un couloir très étroit ne peut se déplacer qu'en ouvrant la bouche histoire de s'emboiter à un tuyau qui parcours le corridor. Ses pas chassés sont donc accompagnés de crissements métalliques du plus terrible effet (on pense à une séquence de Tetsuo). Surtout lorsqu'il s'agit de passer les soudures, et qu'au terme d'un affreux voyage le héros se rend compte qu'il arrive dans un cul de sac... Seule solution, demi tour ! Le tout accompagné par une musique glaçante de Chu Ishikawa. Le désespoir, la volonté de sortir, la rage, la douleur, tout cela passe sur le visage de Tsukamoto (puisque c'est lui qui joue le personnage central) et dans la bande son.

 

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Une histoire de tuyaux... Tetsuo et Haze

 

Haze est donc un moyen métrage très réussi, qui ressasse les thèmes du réalisateurs qui s'est très bien adapté à la contrainte du DV. Une impression de claustrophobie se dégage fortement de cette œuvre forte, puissante qui se sert du gore et de l'horreur pour étudier l'humain selon les techniques de Tsukamoto. Un retour aux sources formel pour ce réalisateur qui ensuite réalisera deux films plus commerciaux (Nightmare détective I et II) et moins brutaux. Les amateurs vont adorer, et ceux qui veulent découvrir l'un des réalisateurs phares du Japon de ces dernières années vont tout de suite comprendre en face de quoi ils se trouvent...

 

 

Carcharoth

Publié dans Japon

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