Young Thugs, comment Miike a surgit dans ma chambre après avoir tué P. Leconte !

Publié le par asiaphilie

Young thugs, Innocent blood, Takashi Miike, 1997, Japon

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J'étais tranquillement assis dans mon lit (première étrangeté -me direz-vous- dans le récit!), essayant de regarder un film français, La Fille sur le Pont pour ne pas le citer, dans une édition DVD qui promettait un bon moment, appuyé par l'avis expert d'une personne de confiance et de qualité. Quand tout à coup, Miike surgit par la fenêtre. Je dis surgit, il surgit bien mais littéralement s'entend. Tout simplement le DVD ne marcha pas, et de ma dvdthèque magique je me souvint d'un film du fou japonais qui m'attendait bien sagement. Voilà comment Patrice Leconte se transforma en Takashi Miike !

youngthuginnocentblood2Young Thugs fait parti de la première partie de la filmographie du réalisateur qui présentait l'an dernier un film à Cannes et qui tournait à l'époque en direct-to-vidéo avec des caméra petit budget. Young Thugs est en fait son troisième film pour le cinéma, après les Affranchis de Shinjuku et Fudoh (graine de yakuza). Adapté d'un roman de Riichi Nakaba, le film raconte la vie d'un groupe de jeunes adultes, issus des milieux populaires et plus ou moins livrés à eux même dans un milieu où la mafia est bien implantée. Violences, amours, amitié, tous les clichés habituels sont bien sur ressortis ici. Le roman ne doit pas être vraiment passionnant à lire, mais le film de Miike permet, outre l'analyse des début d'un des grands cinéastes de notre temps (un des plus fadas en tous cas!) de se plonger dans ce milieu qu'il connait si bien. A savoir, vous l'aurez compris, celui de la pègre, du petit peuple dont elle est majoritairement constituée et de la violence qui y règne. Tout en n'oubliant pas bien sur -c'est de Miike dont on parle- une bonne dose de poésie, de mélancolie, d'amitié et d'empathie avec ses personnages, même si ce sont vu de loin de bien mauvais garçons. Alors que les filles, remarquons le (hormis un pute de passage) sont plutôt propres sur elle et gentilles.

 

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Bref. Young Thugs n'est surement pas un chef d’œuvre. Le film est daté, d'une qualité technique moyenne et d'une profondeur philosophique somme toute assez limitée. Mais comme c'est ce réalisateur qui est à la baguette, quelques scènes retiennent notre attention et marquent, quelques flashs (je dirais même plus « éclair »), quelques fulgurances, des enchaînement survoltés à la Dead or Alive, des moments de poésies, une musique jazzy-blues, rock sous acide qui colle parfaitement à l'ambiance (bien qu'au bout de presque deux heures, elle soit un peu trop ré-utilisée!).

 

La violence est de plus assez « stylisée » si j'ose dire. Elle est prise comme un jeu, une occupation normale, une part entière de la personnalité de certains des protagonistes. Nul moyen pour moi de vous dire si c'est réellement le cas, mais ça ne m'étonnerait qu'à moitié. En tous cas elle ne choque pas comme elle peut le faire dans des œuvres plus tardives de Miike, c'est en fait un film « grand public » (sisi!) qui plonge son spectateur dans le petit monde de millions de japonais qui vivotent en vivant à moitié de trafic, de recel, de petits boulot et à qui il peut bien arriver ce que décrit le film. Avec toujours ce regard sympathique, attachant envers ces gens que la vie peut à n'importe quel moment briser (foudroyer?) et qui naviguent en permanence sur le fil du rasoir, entre l'anarchisme le plus pur, la folie, la passion, la résignation... Un petit film bien sympa donc !

 

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Bruno Zunino

Publié dans Japon

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Madeleine 07/11/2012 11:29

Tu reprends du service, du coup, maintenant que tu sais que certains lecteurs passent toujours par là ? Bravo ! As-tu été voir In another country ? (tu devrais adorer, les Cahiers ont fait un
dossier de vingt pages sur le réalisateur, je sais que c'est gage de qualité pour toi)

asiaphilie 09/11/2012 21:10



Je n'ai jamais arrété le service, seulement je m'étais mis à boire pendant. Les choses font en effet que j'ai vu quelques films, et que je les ai chroniqués. Et ça m'a fait très plaisir de savoir
que oui, il y avait des gens qui venaient toujours voir ce que nous faisions ! Je n'ai pas vu In Another Country, shame on me, va falloir que je m'y mettre. Quand aux Cahiers, comme aux autres...
bref, tu le sais bien...