The Lady, Luc Besson, 2011

Publié le par asiaphilie


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Luc Besson n'est pas chinois, il n'est pas japonais ou coréen, il n'est pas même birman. Et pourtant je m'autorise (j'ai bien le droit, à quoi sert d'être chef sinon?) à parler de son film ici. L’exception avait déjà été faite pour Polansky, Bertolucci, Scorsese et Eastwood. Deux d'entre eux (à vous de retrouver lesquels!) parlaient du dalaï lama. C'est en quelque sorte de son pendant féminin que notre Luccio national a consacré un film, The Lady. Cette « demoiselle » (ce qui me fait penser que si elle savait pour quoi nos féministes se battent ici, elle abandonnerait sans doute tout espoir en l'humanité!), à moins de vivre en reclus sans journaux, radio ou télé vous savez tous qu'il s'agit d'Aung San Suu Kyi, prix nobel de la paix 1991, fille de son père le général Aung San, l'un des libérateurs du pays après la seconde guerre mondiale. Y consacrer un biopic était à la fois un paris risqué et une aventure exaltante et surement rentable, vu la popularité de la dame.

C'est néanmoins à Michelle Yeoh que revient le mérite, puisque c'est elle et son époux (Jean Todt, président de la FIA) qui apportèrent le scénario et une partie du financement sur le bureau de Besson. La suite on la connait, le réalisateur de Léon et du Grand Bleu a accepté : tournage secret en Birmanie pour les paysages et décors, puis installation de l'équipe en Thaïlande de façon la aussi très discrète. Et aujourd'hui, tournée de promotion sur les plateaux télé et radio avec l'actrice principale, interdite depuis peu de séjour en Birmanie...

 

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Comment critiquer ce film, comment en parler ? Faut-il choisir d'y voir un long métrage normal, une croix de plus dans la liste des œuvres vues sur le programme du mois et d'en dresser un portrait objectif, technique avec un avis tranché et péremptoire ? Où doit-on considérer aussi sa portée non pas historique mais politique, citoyenne, émotionnelle. Car c'est ce mot, celui d'émotion que j'ai le plus entendu à propos de The Lady, et souvent dans la bouche de Besson pour défendre ou caractériser son film. Pour moi le choix est évident, et tant pis si ce n'est pas une critique que je vais écrire. Après tout je n'ai jamais eu la prétention de l'être.

 

The Lady s'adresse directement à la sensibilité du spectateur, à sa compassion, à sa fibre humaine. Comme le souligne à l'envie Luc Besson, la travail documentaire, politique, d'information scientifique est déjà très bien réalisé par Amnesty International, Human Right Watch, l'ONU. Son but est clairement d'émouvoir, de questionner le plus grand nombre par un médium artistique ayant un balayage bien plus large à priori que les institutions et ONG cités. Et si la musique d'Eric Serra souligne toujours de façon appuyée la moindre scène dramatique je n'ai pas trouvé que le film soit tellement en manque d'éléments politiques. S'il ne développe pas grand chose, il en évoque énormément et c'est ensuite au spectateur d'aller chercher par lui même, de s'intéresser à la question. Voir un documentaire de douze heures sur l'histoire récente de la Birmanie (Myanmar aujourd'hui) n'aiderait pas plus la population de ce pays à voir ses droit fondamentaux respectés. La démarche me semble donc cohérente et plutôt intelligente puisqu'elle oblige le spectateur à faire la démarche d’intérêt. On peut arguer que c'est purement mercantile, solution de facilité, détournement de la situation, lâcheté. C'est une question de perception, je n'ai pas reçu ce film comme tel.

Car je dois avouer que j'ai marché à fond, peut être suis je trop sensible ou naïf mais mes yeux se sont plusieurs fois humidifiés devant le sort de cette femme, et des pensées fort peu chrétiennes m'ont traversé l'esprit en voyant l'uniforme des généraux de la junte. Je les aurait bien foutu au milieu d'un Miike, Ichi the killer au hasard... Cette histoire d'amour avec un professeur étranger ressemble un peu à un conte il est vrai, mais pas un de ceux de Walt Disney, ceux de Grimm ou de Perrault qui finissent mal, où la mort est présente, où la princesse est obligée de vivre loin de son prince malgré leur amour éternel... C'était donc, pour un Luc Besson qui ne jure que par l'amour et la bonté (il est devenu bouddhiste?) un scénario idéal, et l'occasion rêvée de faire parler d'Aung San Suu Kyi.

 

Parce qu'un moment arrive où on se moque des qualités techniques, formelles du film, où l'on oublie que c'est Besson qui l'a réalisé, que c'est la fabuleuse (on est sur Asiaphilie tout de même!) Michelle Yeoh qui interprète la résistante birmane. On vit le film, on se révolte, on rit et on peut même pleurer devant sa vie passionnante, terrible et que les grands de ce monde sacrifie au profit d’intérêts économiques. Comme quoi d'ailleurs, Besson ne vit pas (que) dans le monde des bisounours d'amour puisque son film ne donne pas vraiment dans l'angélisme, malgré un aspect très mélo.

 

C'est donc pour moi une réussite, puisque la petite histoire éclaire la grande, puisque une des personnalités les plus emblématiques du sud-est asiatique est mise à l'honneur en occident et son combat projeté sur le devant de la scène. On peut reprocher, à raison que The Lady ne mettent pas plus la pression sur les institutions dont le travail est de faire régner les droits de l'homme, où sur les entreprises qui cautionnent le régime en place (Total par exemple qui graisse la patte de la junte pour exploiter les gisements pétroliers) mais la n'était pas le sujet. Un film polémique, bien que plus juste et fort aurait sans doute paradoxalement été inutile puisque quasi invisible... D'autant que cela a déjà été fait.

 

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Je ne conseille pas vivement aux gens d'aller voir ce film, puisque objectivement ce n'est pas un pur chef d’œuvre (même si c'est un drame très efficace et beau), par contre j'encourage tout le monde à se renseigner sur le combat d' Aung San Suu Kyi et à le soutenir, chacun à sa petite échelle et à méditer sur quelques citations de « l'orchidée d'acier » qu'on pourra glaner ça et la sur le net

 

 

 

« Dans sa forme la plus insidieuse, la peur prend le masque du bon sens, voire de la sagesse, en condamnant comme insensés, imprudents, inefficaces ou inutiles les petits gestes quotidiens de courage qui aident à préserver respect de soi et dignité humaine. (...) Dans un système qui dénie l’existence des droits humains fondamentaux, la peur tend à faire partie de l’ordre des choses. Mais aucune machinerie d’État, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de ressurgir encore et toujours, car la peur n’est pas l’élément naturel de l’homme civilisé. »

 

A. S. S. K. 1990

(Suite ici)

Carcharoth

 

En bonus, Walk On la chanson de U2 en hommage à l'action d'Aung San Suu Kyi:


 

Publié dans Films

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Commenter cet article

armelle 03/01/2012 11:11

Belle critique qui change un peu de l'esquintement général. Je pense que ce film est à considérer principalement sur le plan humain, sur le versant privé et affectif de cette femme dont l'existence
a été un long fleuve agité et inquiet.
Quant au cinéma asiatique, 2011 n'a pas été pas un grand cru. J'attends avec impatience en mars le Festival Asiatique de Deauville que je ne manque pas depuis plusieurs années. Il s'était ouvert
l'an dernier avec "La ballade de l'impossible" que j'avais bien aimée et comportait un certain nombre de bons opus qui n'ont pas été diffusés en France, hélas ! Et bonne année cinématographique
pour toi en 2012.

asiaphilie 11/01/2012 10:32



Merci Armelle, bonne année à toi aussi, j'espère de même voir plus de bons films asiatiques en 2012 !