Samsara, un film qui fait tourner la tête.

Publié le par Nostalgic-du-cool

Samsara, Pan Nalin, Inde / France / Allemagne, 2002.

 

Est il préférable de satisfaire mille désirs ou d’en dominer un seul ?


 

 C’est le questionnement central, parmi tant d’autres, de ce film. C’est celui auquel doit répondre, dans cette existence ou dans une autre, le héros du film, Tashi.



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 Tashi est un lama. Il a été confié à 5 ans à un monastère sur les hauts plateaux du Ladakh, et a suivit la formation classique des bouddhistes. Il est aller se perfectionner seul, dans un ermitage, retiré du monde, presque sans nourriture et eau, avec son seul esprit pour compagnon. Trois ans, trois mois et trois jours après le début de son jeune, le supérieur de son monastère vient le chercher avec plusieurs autres moines. Ils le lave, le rase, lui coupe cheveux et ongles puis commence à le nourrir à doses infinitésimales. Sur le chemin du retour, le corps et l’esprit de Tashi s’éveillent peu à peu. Au monastère, il retrouve son chien, la parole et réapprend à marcher et vivre en communauté. Peu de temps après, il reçoit des mains du grand lama (un gamin de 10 ans) le titre de kempo. Mais son esprit est loin d’être aussi apaiser que le croit le grand lama ou que l’espère son vieux maître. De nombreux rêves érotiques semblent habiter ses nuits qui sont ponctués d’éjaculations indésirées. Un simple sein en train d’allaiter le fait stopper une danse sacrée devant le grand lama et le laisse comme un enfant éberlué, incapable de détourner ses yeux de la poitrine nourricière de la femme. Son maître décide alors de l’envoyer auprès d’un vieux moine qui garde les secrets du tantrisme dans une masure perchée entre deux falaises. Après une initiation muette, le jeune homme revient à son monastère avec la ferme intention d’essayer de vivre dans le monde, se sentant prêt à l’instar de bouddha de pouvoir –après l’avoir connu et éprouvé-y renoncer.


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 Il retourne alors dans une ferme qui les [les moines] avaient accueillis auparavant et au sein de laquelle un (long) regard lui avait suffit pour tomber amoureux de Pema, la fille du paysan. Il s’y engage comme saisonnier et essaie de plaire à la jeune femme, qui n’est pas non plus insensible à ses charmes. Elle se donne alors à lui, sans plus penser à la promesse de mariage qu’on déjà fait ses parents (et elle !) à un autre homme. Ce dernier se retire de la course à la belle, laissant la place à ce rival inattendu.

 En plus de savoir y faire avec ces dames, le moine fraîchement défroqué se révèle être aussi un fin commerçant. Il passe outre l’intermédiaire habituel un peu roublard (une balance pas très aux normes dira-t-on) et va directement vendre son blé à la ville, réalisant de juteux bénéfices. Le bonheur semble au rendez vous de sa vie hors du monastère. Sa femme a un enfant et il vit épanoui avec elle. Mais c’était sans compter sur un mystérieux incendie qui détruit la moitié de la récolte suivante et le laisse un peu abasourdi, au point d’en devenir violent avec l’ex prétendant de sa femme puis du marchand évincé, qui lui rend bien la pareille en le rossant. Et puis il apprend la mort de son vieux maître, Apo. Et puis il trahit sa femme en assouvissant son désir longtemps refouler d’aimer une des jeunes saisonnières, belle, mystérieuse. Et il se sent mal, renie sa vie, et décide de réintégrer la voie monacale et de quitter sa famille, sans un mot, sans un au revoir. Mais sa femme le rattrape, lui raconte l’histoire de la femme de l’homme qui devint plus tard bouddha, et de leur fils. Elle lui rappelle que celle-ci était connue avant son mari pour sa compassion et sa bonté. Qu’elle aussi aurait sans doute voulu abandonner sa famille pour se retirer et atteindre le nirvana, mais qu’elle ne l’a pas fait par amour pour son mari et son enfant. Puis elle part, le laissant seul et sen larme face au monastère. C’est alors qu’il aperçoit un pierre sur laquelle est gravée une énigme : « comment faire pour qu’une goutte d’eau ne s’assèche jamais ? ». La réponse semble le convaincre, un aigle passe dans le ciel (comme lors de sa sortie « d’hibernation »), et le film se termine.

 

 

 Samsara est un film sur un homme, sur ses doutes, sur le bouddhisme, sur le Ladakh, sur la vie en fin de compte. C’est du moins ce qu’a voulu faire son réalisateur, Pan Nalin. Né dans le Gujarat, il est éduqué dès sa plus jeune enfance selon les principes hindouistes et bouddhiques que ses parents pratiquent. Il par à l’étranger faire des études d’art et de cinéma, puis revient chez lui et accomplit à travers l’Himalaya un périple initiatique et spirituel. Ce n’est qu’après de nombreux courts, docu et spots publicitaires qu’il passe à la réalisation de longs métrages. Samsara sera son premier, après 8 ans d’acharnement à convaincre producteurs, acteurs et à cherche une période sans guerre dans cette zone de conflit entre Inde et Pakistan. Bien qu’à l’origine Pan Nalin ait voulu réaliser un film sur le fondateur du bouddhisme Zen et des arts martiaux (Bodhidarma), c’est ce projet qui vit le jour en premier, plus à même de plaire au grand public. Et je dois dire que ça m’arrange bien parce que j’avais prévu de parler d’un autre film traitant de cette région et de cette thématique lorsque celui-ci m’est revenu à l’esprit. Il s’agit en effet d’un des tous premiers films asiatique que j’ai vu, le seul indien à ce jour (j’aime pas l’eau de rose Bollywoodienne ni les comédies musicales, je laisse donc à Anna le soin de s’y intéresser et de m’en faire des comptes rendus éhéh, ou pourquoi pas des doubles articles, voire écrit à six mains ?) et c’est donc avec une certaine appréhension mêlée de nostalgie que je l’ai revu, en français cette fois (quelle erreur !) ce film superbe.



 Si « Printemps, Eté, Automne, Hiver et… Printemps » donnait envie –selon les dires de DZ et MG (et ils ont bien raison, pour cette fois)- de visiter la Corée, de se raser le crâne et de se convertir au bouddhisme, celui-ci donne encore plus envie de faire un long trek à travers l’immense chaîne himalayenne, into the wild, en quête de soi, d’une vérité ou juste de magnifiques paysages, de montagnes et d’habitants chaleureux.


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 Ce film joue sur plusieurs niveaux de lecture et offre de nombreuses interprétations possibles grâce à une quantité imposante de symboles et d’images fortes. Pan Nalin lui-même, décryptant son film dans un entretien lui trouve trois niveaux de compréhension. Un premier qui permet à tout homme de comprendre le bouddhisme et les aspirations du personnage à travers le jeu des couleurs, un second pour les croyants ou les connaisseurs et un dernier pour les cinéphiles avertis (et qui se font « une idée très intellectuelle du cinéma ») en quête d’analyse et de symbole. Je dois dire que c’est assez réussi. Il faut dire que les paysages de ces plateaux désertiques surnommés à juste titre « terre de lune » l’ont un peu aidé. Mais par déla ceci, et sans prétendre être un cinéphile et sans être un croyant, je dois bien reconnaître que le film m‘a touché et qu’il fait vibrer une corde que je crois universelle, une fibre très profonde et commune à tous les hommes que mon manque de sagesse m’empêche de nommer. Sans doute Apo le pourrait-il. Toujours est il que ce film est profondément compréhensible par tout un chacun, car c’est une simple histoire de vie, de vie et de destin comme le dit lui-même à mi-mot Nalin (« Car tous les événements de nos vies ne sont que la résultante de nos désirs et de notre destin. Samsara est une histoire de désirs et de
destins. Samsara est l'histoire de la célébration de la vie
»). Le travail sur les couleurs, déjà évoqué plus haut est remarquable et participe à l’aspect universel que je ne cesserai de louer dans ce film. Il est aussi utilisé pour de nombreux symboles que nous évoquerons plus bas.


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Mais avant d’aller plus loin, je me rends compte que j’ai fait tortiller Hobbes dans sa tombe. J’ai en effet oublié de donner la définition du Samsara dans le bouddhisme mahayana (celui du Ladakh). Je me lance, que les connaisseurs me corrigent sans hésiter. On désigne par la le cycle des réincarnations humaines, des transmissions, le monde des apparences, obligatoire pour tout être et dont on ne se libère que par l’éveil, la délivrance des illusions qui composent entièrement le monde terrestre, lorsque la vérité éclate sur le vide total du monde. Cette vérité elle-même est vide (inconcevable et ineffable*), et pourtant elle est, et c’est en le reconnaissant qu’on accède à l’éveil, qu’on casse le cycle (sans pour autant y renoncer, différence avec les autres types de bouddhisme. Dans celui-ci la sagesse suprême est d’aider les autres à atteindre la vérité puis à briser son cercle, atteindre seulet pour soi le nirvana étant considéré comme de l’égoisme). La vie terrestre et séculaire est très bien résumée par une parabole que Pema offre aux enfants du village. Elle lâche une brindille dans un ruisseau qui dévale une pente et serpente entre les rochers. Elle demande alors aux bambins ce que va devenir le fétu. Ils dressent alors la liste de toutes les catastrophes possibles : pourrissement, blocage, bris dans une chute d’eau, etc. A chaque fois Pema répond : « Et s’il ne se brise pas / noie pas / bloque pas, etc… » Elle finis par leur expliquer que ce petit bout de bois, s’il résiste à tout cela alors qu’il était tranquille sur son arbre, atteindra le grand océan, le grand tout. Et qu’il s’agit de la même chose pour les humains face aux turpitudes de la vie.

 On peut recommencer à parler des symboles du film à travers l’une des images utilisé par le bouddhisme pour qualifier la cessation du Samsara justement : « l’évanouissement des illusions du songe ». Tashi rêve beaucoup lors de ses périodes de doutes érotiques. Or il apprend qu’un de ses songes était réel, celui ou Pema venait se coucher prêt de lui et le prenait dans ses bras. C’est cette nouvelle qui le décide à rompre son vœu de chasteté et à retourner la voir pour combler son désir d’amour.


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Un autre symbole peut être décelé dans les couleurs et les saisons que traverse Tashi. Lors de sa sortie d’hibernation, la seule touche de couleur non ocre (les montagnes et le désert gelé) ou non bleue (le ciel) est une feuille, verte. Lorsqu’il décide de revenir au monastère, il traverse une forêt d’arbre aux feuilles jaunes, passe devant le même arbre qu’à l’aller, mais cette fois ci lui aussi est ocre. Enfin, l’attention sans cesse apportée à la photographie et aux tons du film pas Pan Nalin est évidente, même si je ne peux pas citer d’exemple précis autres que ceux qu’il explique : « Selon le bouddhisme zen tel qu'il se pratique au Japon et en Corée etdans tout ce qui est tantrique, après la première érection, la couleur
rose revêt une signification très importante : elle est liée à la
procréation. On la retrouve dans le costume de Tashi et un peu sur les
vêtements de Pema après leurs premiers rapports. Sinon tout est gris.
Quand Tashi se marie, c'est le jaune qui apparaît et qui réduit le
contraste entre la montagne et la vallée, en instaurant une certaine
harmonie. Mais je n'ai pas voulu que les gens le remarquent car la vie
est faite d'une foule de choses qu'on ne voit pas
».

 Autre évènement marquant : lorsqu’il quitte sa retraite monacale, il se dévêt et entre dans l’eau du fleuve. Très clairement, il choisit à ce moment de se baigner dans les eaux du monde, il choisit de se noyer dans le flot des évènements de la vie courante, d’entrer dans le bain quotidien. Le même rituel est répété par le personnage lorsqu’il reprend son habit de moine. Dans ces mutations les cheveux jouent leur rôle. La mise en scène, qui use d’ellipses de plusieurs mois/années font passer Tashi d’une crâne rasé à une coupe longue et « civile », et use encore une fois des couleurs : il passe du désert d’altitude du monastère aux champs verts de la ferme de Pema, de son habit jaune et rouge de moine au costume gris du laique.


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 Puisqu’on est dans le jaune et rouge. C’est l’incendie de sa récolte qui met le feu aux poudres (ahahah) pour Tashi, qui se perd et ne résistent plus aux évènements par la suite. Ce feu vengeur, ce feu rédempteur fait tabula rasa de sa vie dans le monde et le pousse à reprendre sa toge…

 

 Passons maintenant à une autre facette du film, (qui ne surprendra pas l’ami hermaphrodite *private joke*) le sexe. Il y a beaucoup de chose à en dire, mais je préfére céder la parole au réalisateur lui-même avant d’élucubrer :

« Dans les films que j'ai vus, j'ai souvent trouvé que les scènes d'action
et d'amour arrêtaient la progression dramatique. Les deux scènes d'amour
étaient très importantes. D'ailleurs, je les ai réduites au montage.
Dans la première, il y a quelque chose de sacré. Je voulais garder cette
notion du bouddhisme et d'hindouisme, selon laquelle quand on approche
de l'orgasme, il y a une légèreté et l'on n'est plus sur la terre mais
plutôt dessous, comme en lévitation dans l'espace. Tout à coup, il n'y a
plus de gravitation. Avec le premier souffle de Pema, j'ai voulu passer
à autre chose et introduire la notion du Yin et du Yang. Le
rapprochement du masculin et du féminin correspond à la création de
l'univers tout entier. Je voulais conserver un équilibre qui fasse qu'à
un moment donné, en regardant les corps, on ne sache plus à qui ils
appartiennent. C'est pourquoi j'ai choisi de les filmer de dos, flou. On
a presque l'impression qu'ils volent.


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La deuxième scène d'amour met en scène Sujata qui est une nomade
mystérieuse et un peu sauvage. Elle est une métaphore inspirée de la vie
de Bouddha ; lorsque Siddharta décida de vivre comme un ascète dans les
montagnes de l'Himalaya, il était affranchi et avait la peau sur les os.
Une femme nommée Sujata arriva alors et le nourrit de riz et de lait.
Lentement, Siddharta reprit ses forces, et ouvrit les yeux. Il la
remercia pour lui avoir sauvé la vie. A ses yeux, le monde paraissait
trop beau pour y renoncer. Sujata lui fit réaliser que le corps
n'était pas qu'un simple instrument, mais le temple de l'esprit.
Sujata intervient dans la vie de Tashi alors que son esprit est libéré
mais inerte. Lorsqu'ils font l'amour, chaque tour que fait Sujata autour
du corps de Tashi est lié au temps qui passe. Ces tours enchaînent un
peu plus Tashi aux complexités de Samsara, le monde dans lequel nous
vivons, et représentent le cycle de la mort et de la vie. Sujata nourrit
ses fantasmes et lui ouvre les yeux sur l'amour que lui offre Pema.
Je voulais que ces idées du cycle de la vie et de la mort agissent sur
le spectateur comme une sorte d'hypnotisme très lent. La troisième idée
était que Tashi vive ce qu'il avait appris avec l'ermite Norbu sur les
mystères tantriques. J'ai d'ailleurs essayé de retrouver la même
atmosphère sonore dans ces différentes scènes
»


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 Et en effet, lors de la première scène, la caméra se renverse peu à peu, pour filmer tour à tour les deux amants dessus, dessous, à l’endroit, à l’envers (je veux dire sol en haut, sol en bas) lors de leurs ébats. La future épouse, charmante, est d’ailleurs une actrice qu’a lancé Nalin après qu’elle ait remporté divers concours de miss dont celui de miss Chine international. On comprend mieux pourquoi. Pour la dernière scène, celle avec Sujata (indienne saisonnière), cette dernière fait preuve d’une originalité qu’on a pas l’habitude de voir dans les films, surtout lorsqu’il s’agit de montrer un premier rapport sexuel extra-conjugual (ils sont en général banaux et très « clair-obscur » avec force soupir). Ici la jeune femme se suspend au dessus de Tashi à l’aide de son foulard (sarih/wi ?) et tourne autour de son sexe, s’en servant comme d’un axe pour une roue. Métaphore en effet on ne peux plus bouddhiste, très agréable à l’œil qui plus est. Bref la sensualité n’est pas absente de ce film, qui prouve qu’on peut parler de religion et de sexe en même temps sans perdre de la crédibilité.

 Tashi est en effet suspendu à un moment entre deux pans de son être, dualité qu’il lui faut résoudre pour suivre les principes de ses croyances. Désir ou ascétisme, amour ou sagesse, et si les deux étaient possible grâce à mon enseignement se dit-il ? Bouddha lui-même n’a-t-il pas goûté à la chair avant d’y renoncer ? On voit aussi le fossé qui sépare la vie au monastère et le vie de la ville ou les cybercafés et les pharmacies pullulent, et ou est complètement égaré le pauvre Tashi. C’est pourtant son monde, dans « le dernier paradis perdu » que s’est attaché à décrire Pan Nalin, par amour pour ce pays, sa religion et ses habitants, qui, loin d’être sacralisé ou mis dans un musée comme dans « 7 ans au Tibet » ou les quelques autres films qui parlent de ce sujet, sont montrés avec justesse, avec force et sentiments : Ils rient, ils pleurent, souffrent, chantent, se marient et font des enfants. Ce sont après tout des hommes comme nous, qui cherchent et en souffrent, loin de l’équanimité qu’on leur prête trop souvent.

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Samsara, à défaut de nous sortir du cycle des réincarnations par la force de son message, offre un film universel, superbe, avec des paysages inoubliables, une musique envoûtante (un poème** d’un dalaï lama esthète mis en musique par Dadon, artiste tibétain et des morceaux instrumentaux de Cyril Morin, un français (Cocorico) spécialiste du genre)et des acteurs convaincants, bien que très hétéroclites : Shawn Ku (Tashi) est diplômé de chimie à Harvard, Christy Chung (Pema) était étudiante à Montréal et lauréate de son prix « miss Chine ». Le film a néanmoins était tourné en langue locale, pour le plus grand bonheur de nos oreilles (la VF est horrible, vraiment).

 Aussi, et pour rattacher ce film à l’actualité (ciné en partie) comme c’est devenue une habitude et tacler un film bien de chez nous qui réalise beaucoup (trop) d’entrée, je dirais que par sa portée définitivement universelle, son intelligence, sa beauté, sa tendresse et sa force romantique, Samsara vaut cent fois les chtis et mériterait au moins autant de spectateurs.


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 Et j’en profite aussi pour rappeler que la Chine occupe encore et toujours le Tibet, qu’à part Spielberg (ce sera la seule fois ou ce nom sera cité sous un jour favorable, quoique je me demande encore s’il n’est pas partit à cause du cachet revu à la baisse pour la cérémonie d’ouverture) personne ne s’est désisté de ces JO des droits de la torture et des droits de pub. Et puis ayons une pensée aussi pour les habitants de ce plateau et de la région en général (Nord du Cachemire) qui sont situés entre les feux de la Chine, de l’Inde et du Pakistan qui revendiquent sa maîtrise, comme le montre très bien le fabuleux « vertical limit » (elle est bonne non ? Film de merde, et en plus autre région, mais bref, faut bien caler les nanards quelques part des fois que ça rapporte des visiteurs). Samsara est d’ailleurs le seul film tourné dans cette zone sous haute surveillance, et à plus de 5000m d’altitude moyenne.

 Une vraie performance qui vaut le détour, ne serait ce que pour les paysages naturels et humains (je vous parle même pas de la miss…).


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PS : pour ceux qui se demanderait quelle est la solution de l’énigme [Comment faire pour qu’une goutte d’eau ne s’assèche jamais] : « En la jetant à la mer ». Je vous laisse méditer ça.

Et pour ceux qui se demanderaient pourquoi il y a une énigme gravée sur un rocher, sachez que c’est une pratique courante d’inscrire des aphorismes interrogateurs sur la face d’un pierre et la réponse de l’autre la bas.

 

*Encyclopaedia Universalis, T. 13 p. 40.


** Bumblebee

The bumblebee was born early,
The flower bloomed late,
My lover, who has no faith,
It is too late to be together.

The seasons of flowers has passed,
And the turquoise-colored bee does not moan.
When fate has separated me from my lover,
I should (also) not moan.

I went to a holy Lama,
And asked for spiritual advice.
But I was unable to change my mind,
So again I drifted to (my) lover's side.

The Lama's face upon which I try to meditate,
Does not appear in my mind.
The lover's face upon which I do not meditate,
Appears in my mind clear and distinct.

H.H. The 6th Dalai Lama (1683-1706 A.D.)


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Carcharoth.


 



Publié dans Inde

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Steve 08/04/2008 11:51

Merci pour cette merveilleuse analyse. J'ai vu ce film hier soir (7 avril 2008) et j'en suis complètement retourné. Je connaissais même pas Pan Nalin. J'ai eu envie de faire des recherchers sur le net pour voir si quelqu'un aurait écrit là dessus et j'ai été très gâté. Je dois dire que ce qui m'a poussé à chercher sur le web est l'aphorisme de la fin; je voulais une proposition d'explication mais j'aime encore que ça reste mystérieux.

Carcharoth 18/03/2008 18:14

Tu dis ça parce que tu as regardé la vidéo ? Et j'aurais tourné la phrase dans l'autre sens moi... Etant donné que ce film est antérieur à ta série, bien moins cynique et spirituel tout de même... ahha !
Converti tu seras !

MG 18/03/2008 16:53

Cette petite référence devrait plaire à Anna :D Sinon euh printemps été... c'est DZ qui l'a vu et oui elle est beaucoup plus facile à convertir que moi, je vous avais prévenu !

Sinon cet article à un petit air de Californication, décidement.... :)