Kwaidan de Masaki Kobayashi,

Publié le par Nostalgic-du-cool

Kwaidan (histoires de fantômes), Masaki Kobayashi, Japon, 1964.

 

 Prix spécial du jury à Cannes en 1964


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 Premier film en couleur de Masaki Kobayashi, Kwaidan est une adaptation libre de nouvelles de Lafcadio Hearn, (Yakumo Koizumi) appelées à l’origine « histoires et études de choses étranges », écrites en 1904. Ecrivain Irlandais, née en Grèce, naturalisé japonais puis traducteur des grandes œuvres occidentale, il a publié de nombreux récits fantastiques et s’est intéressé de prêt aux histoires de fantôme japonais. Parfaitement intégré à la société (la preuve en est son mariage avec un fille de samouraï et son changement de nom) il a su décrypter et pénétrer au plus profond des mentalités japonaises, et la faire partager dans le monde, notamment au USA ou il fit découvrir le judo à Roosevelt. C’est donc bel et bien une série d’œuvres japonaises qu’adapte l’immense Kobayashi, et un hommage que ce dernier rend à un écrivain très important sur l’archipel nippon.

Le film est composé de quatre parties distinctes, dont une avait été coupé dans la version disponible en France à sa sortie au cinéma. On la (re)découvre donc avec la sortie du DVD.

Ces quatre contes se situent dans un registre fantastico-horrifique, parfois assez fantasmagorique et onirique. Beaucoup de –ique, je sais…

 Mais passons à un résumé plein de spoilers sur ces quatre histoires :

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- Les cheveux noirs : Un samouraï, lassé de son indigente pauvreté choisit de quitter sa femme pour se remarier avec une riche fille de commerçant. Mais celle-ci est dure, froide, hautaine, et il ne l’aime pas. Et au moment ou celle-ci tente une approche, le samouraï est déjà en train de regretter son ancienne épouse, dont il découvre toutes les qualités a posteriori. Au bout de quelques temps passé à se torturer l’esprit, son ex-femme lui apparaissant à tout moment et lui manquant de plus en plus, il décide d’aller la retrouver, d’abandonner sa bonne condition pour retrouver l’amour et la pauvreté. Après avoir expié sa faute un certain temps, il retourne chez lui. Il trouve sa maison en ruine, le bois du plancher vermoulu et de la végétation un peu partout. Néanmoins sa femme est toujours la, dans la pièce du fond, celle ou elle tisse et couds (comme elle avait juré de le faire nuit et jour pour retenir son mari). Les retrouvailles sont poignantes, chacun s’accusant et se pardonnant mutuellement, les voila qui retrouvent avec émoi leur chambre nuptiale, ils projettent même de passer la nuit à se raconter leur vie, pour n’avoir rien rater de leurs vies séparées.{SPOILER} http://cinma-cinma.googlegroups.com/web/kwaidan4.jpg?gda=NriwUj0AAACaOf4dKsposW5b0xh8pIDPKBDY9CFj4zCbQuwKOISgGWG1qiJ7UbTIup-M2XPURDT3Y0O9zwpkb-PktGGTgBfoQuand finalement le soleil réveille le samouraï au petit matin, ce n’est plus sa femme aux cheveux soyeux et parfumés qu’il retrouve à coté de lui, mais un squelette aux cheveux noirs. Apeuré, hurlant, il tente de s’enfuir, trébuche sans cesse sur le sol troué, passe à travers une cloison pourrie pour finalement atterrir sur le sol, un drap semblable à celui dans lequel était enroulé sa femme voletant à coté de lui. Petit à petit, ses cheveux ont blanchis, puis sont tombés, des rides sont apparues sur son visage. Et voila que le drap se transforme en chevelure, et que celle-ci lui saute au cou, sur son cou de vieillard sénile et cacochyme (Ouééé j’ai réussit à la caser celui la !). FIN DE LA PREMIERE HISTOIRE

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Chagall et Kobayashi, étonnament proche...
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- La femme des neiges (épisode à l’origine retiré) : Minokichi est un jeune paysan sous le tutelle de Mosaku, un vieil homme qu’il aide à transporter du bois. Un soir d’hiver, ils sont pris dans une violente tempête de neige, qui manque de le tuer. Ils trouvent refuge dans la hutte du passeur, (près du fleuve) qui dort et a laissé sa barque de l’autre coté. Dans son sommeil, Minokichi est réveillé par une femme, qu’il voit penché sur le corps de son ami. Elle lui souffle alors une haleine digne de kisskool sur le visage, le tuant. Puis elle s’approche du jeune homme, mais au lieu de le tuer, l’épargne pour ses beaux yeux contre la promesse que jamais il ne parlera d’elle. Un an plus tard, alors qu’il rentre de son labeur quotidien, le paysan croise une jeune et jolie fille qui dit se rendre à Edo pour y trouver du travail, étant orpheline depuis peu. Minokichi et sa mère lui offre le gîte et le couvert pour la nuit, en lui déconseillant d’aller à Edo, jeune et jolie comme elle est. Ce qui devait arriver arrive, les deux jeunes s’amourachent et se marient, et forcément donnent naissance à trois jolis bambins à la peau claire, que l’on découvre en train de se rendre sur la tombe de leur grand-mère. Au retour, la petite famille croise des ménagères (les lavandières locales, aussi commères et bavardes que leurs homologues méridionales) qui dissertent sur la beauté et la fraîcheur d’Oyuki (la jeune femme de Minokichi) et sa bonne tenue au temps et aux enfants. Le nouvel an approche, et les deux parents travaillent aux tenus de leur enfants : Habits pour la mère, tongs pour le père. {SPOILER}  En voyant sa femme travailler dans cette posture et sous cet éclairage faible, les traits de sa compagne lui rappellent ceux de la femme des neiges, et devant les questions de son épouse il ne peut s’empêcher de raconter ce qu’il prend alors pour un rêve, ne se souvenant même pas de sa promesse de ne jamais en parler. Il s’avère alors qu’Oyuki n’est autre que la femme des neiges. Elle renonce à tuer son mari, à cause des enfants qu’il doit éduquer, mais lui jure que s’il s’en occupe mal, il aura affaire à elle, puis disparaît dans la nuit enneigée. Minokichi dépose la paire de sandale qu’il lui destinait devant la porte, et rentre chez lui, en larme. FIN DE LA DEUXIEME HISTOIRE.


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Des yeux dans le ciel ?

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- Hôichi sans oreille : Hôichi est novice dans un temple prêt de la mer ou eurent lieu il y a de cela des siècles de célèbres combats entre les Heiké et les Genji. Il est aveugle, et joue magnifiquement bien du biwa (luth), notamment les nombreux chants qui constituent l’épopée des Heikés. Un soir que ses maîtres s’en sont allés à un office, il entend une voix, qui lui demande de le suivre car son maître veut le rencontrer et écouter ses chants. Toutes les nuits, le même homme l’amène auprès de son mystérieux maître, sans que les moines n’arrivent à deviner de qui il s’agit ou à la faire avouer au jeune homme, qui a jurer le secret. Un soir où la pluie tombe à verse, Hôichi part tout de même rejoindre le mystérieux auditeur. Les bonzes, inquiets, décident de le faire suivre par leur deux aides, terrifiés à l’idée de sortir la nuit, sous une pluie battante qui plus est. Ils finissent tout de même par retrouver Hôichi au milieu du cimetière, où bizarrement il ne pleut pas et ou traîne une étrange brume… On perçoit tour à tour la vision supposée (puisqu’il est aveugle) d’Hôichi et celle des deux hommes : les derniers ne voient que le cimetière avec ses tombes, tandis que le novice perçoit un palais avec une cours nombreuse, dont le jeune empereur et sa mère qui ont péris lors des combats de la bataille de Dan No Rua (Heike/Genji). Une fois toute l’affaire connue des bonzes, ces derniers comprennent vite : l’esprit d’un des guerriers qui périrent lors de cette bataille a parasité l’esprit du jeune aveugle, profitant du fait qu’il ne pouvait le voir. Pour se débarrasser de cet intrus qui risque de tuer à petit feu le jeune homme, les prêtres recopient sur tout le corps du novice un soutra qui le rend invisible aux yeux du spectre, et lui enjoigne de se taire quoiqu’il arrive, de ne pas réagir aux appels du fantôme. Ce qu’il fait d’ailleurs. Mais les deux bonzes ont commis une erreur, celle de ne pas recopier le soutra sur les oreilles de l’aveugle. L’esprit voit donc deux oreilles flotter au milieu de la salle vide, et décide de les ramener à son maître ! Hoîchi perds ainsi ses oreilles, achetant ainsi sa vie à l’esprit. Sa renommé de joueur de Luth grandit, apporta richesse au temple et réconfort à ceux qui l’écoutèrent jusqu’à la fin de sa vie. FIN DE LA TROISIEME HISTOIRE.

 



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Estampes de la bataille de Dan No Rua et scènes du film


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La cour revit sa mort.


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Hôichi jouant l'épopée des Heikés


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Les fameux tatouages


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- Dans un bol de Thé : Dernière histoire qui nous propose une mise en abîme intéressante sur un aspect des contes japonais : ils sont nombreux à être resté inachevés. Le début et la fin du récit sont situé au début de l’ère Meiji (1899, an XXXII), et la voie off, celle d’un écrivain sans doute, présente le récit : Deux cent vingt ans plus tôt, jour de l’an. Un riche noble sort de sa demeure et s’arrête à un temple dans Edo. Un de ses hommes, assoiffé, sort du rang pour boire une tasse d’eau. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il aperçoit dans le récipient le reflet d’un homme, qui lui sourit narquoisement, mais n’existe plus une fois que le guerrier a levé les yeux de sa tasse ! Il répète l’opération plusieurs fois, même résultat, et chaque fois le reflet se fait plus moqueur. Il a beau changer l’eau et la tasse, cela n’y fait rien. Dépité et le gosier toujours aussi sec, il décide d’avaler le liquide et de passer outre cette lubie sans doute sortie de son esprit. Le soir, dans la résidence de son maître, de garde, il voit surgir en face de lui, de derrière l’horloge (important), un homme vêtu de blanc au visage souriant. Celui si se présente et dit connaître le samouraï. Il a en effet le visage du mystérieux reflet. Et puisque le guerrier ne veut pas le reconnaître, il l’insulte ce qui fait dégainer son washizaki au samouraï. Après plusieurs disparition / réapparition alors qu’il subit une attaque, le spectre finit par se faire toucher, et disparaît dans l’ombre de l’horloge, dans le mur… Le guerrier rameute alors toute la garde, hurlant « à l’intrus ». Bien sur les recherches ne donnent rien, et tous se moquent de lui lorsqu’il narre son aventure. Le soir suivant, alors qu’il va se coucher, trois hommes frappent à sa porte. Ils se présente comme les vassaux du reflet, et lui apprenne que celui est blessé, mais qu’il reviendra le mois suivant pour se venger. Le samouraï dégaine à nouveau son sabre, s’escrimant à les toucher. Mais les trois hommes, ou plutôt fantômes ne cessent de se déplacer magiquement. Et même lorsqu’il réussit à les embrocher, ils réapparaissent, inlassablement, jusqu’à le rendre fou… La s’achève le conte, et reprend le récit du narrateur. On voit son éditeur arriver dans sa maison, s’enquérir de sa présence, puis lire un mort que l’auteur lui a laissé, ou il lui explique n’avoir pas trouver de fin à son récit, bien qu’il en ai écrite plusieurs. A ce moment, sa logeuse pousse un hurlement terrible et s’enfuit en désignant la cuisine, ou se rend l’éditeur, la lettre encore à la main. Il hurle lui aussi à la vue d’un chaudron, se plaque terrifié à un mur, et détale aussi vite que son kimono le lui permet. La caméra s’approche du chaudron, et l’on voit alors l’écrivain, enfermé dans le reflet du liquide faire un signe de la main. FIN DE LA QUATRIEME HISTOIRE.


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La folie a frappée


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Le reflet de l'auteur.


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Les trois démons vassaux du reflet.


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Mais qu'y a-t-il dans ma tasse ?

-C'est moi !!!

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Pour les films en plusieurs parties, c’est un truisme que de dire qu’elles sont inégales. Et bien la, j’aurais plutôt envie de souligner que ces quatre contes pourtant très différent et aux ambiances diverses forment un tout, offrent au final une réflexion complète sur les histoires de fantômes, la vision globale d’un réalisateur talentueux et dégagent une ambiance étrange et envoûtante, plutôt que quatre adaptations regroupés en un seul film. Remarquons aussi que ce film est atypique dans la filmographie de Kobayashi, entre Rebellion et Hara-kiri, il s’éloigne très nettement du réalisme et de l’aspect social de ces derniers. Tourné exclusivement dans les studios de la TOHO, en couleur très travaillé, il nous permet de savourer tout le talent de cet homme, de cet « esthète anticonventionnel », c’est d’ailleurs par ce film qu’on comprend pourquoi ce surnom lui a été attribué. L’esthétisme, le raffinement, le soin apporté aux couleurs et aux cadres n’aura jamais été aussi développé que dans ces quatre histoires. Mais revenons un peu à l’homogénéité du film que je soulignais plus tôt. Dès le début, dans le générique, métaphoriquement, « l’esprit » (es tu la ?) du film nous est donné : De l’encre est filmée en train de se répandre dans de l’eau. Neufs séquences en tout, encre noire, rouge, violette, bleue (soit quatre coloris…), puis divers mélanges… L’encre, se répand dans l’eau comme les contes doivent diffuser en nous, comme un thé, petit à petit, par touches successives, pour finalement arriver par alchimie à un mélange équilibré qui provoque en nous une émotion bien particulière. Voila le but du film. Film « à sketches » il ne l’est pas, chaque histoire étant à elle seule un moyen métrage autosuffisants (45 minutes en moyenne, un peu plus pour le troisième qui rogne sur le dernier épisode, normal, puisque celui-ci est inachevé !) mais qui s’intègre parfaitement à un tout cohérent.

 Ainsi, je ne livrerais pas mes impressions séparément pour chaque conte, mais j’essaierai plutôt de lier les choses. Commençons par ce qui frappe d’abord : l’apparence, le film vu d’un point de vue purement esthétique, photographique. Il est en couleur. Mais pas n’importe quelles couleurs, pas celle de la vie, mais des teintes travaillés en studios, des plans tournés sur des fonds peints, une colorisation parfois baroque, un peu kitsch, très onirique, à la Dreams (Kurosawa). Les ciels du deuxième épisode m’ont fait penser à des œuvres de Chagall ou de Munch, ou encore au ciel étoile de Van Gogh (qui d’ailleurs était influencé par l’art japonais).


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Quant aux autres décors, ils sont assez surréalistes, et on pourrait donc les lier à tous les grands artistes de ce mouvement. http://cinma-cinma.googlegroups.com/web/kwaidan_Centre%2520de%2520recherche%2520sur%2520le%2520Surr%25E9alisme.jpg?gda=uQlaiXsAAACaOf4dKsposW5b0xh8pIDPKBDY9CFj4zCbQuwKOISgGWG1qiJ7UbTIup-M2XPURDRs7_WeZi_23eMeXRXUSq-WwRFhFrCE5LIS4Rw7VEJrgrZAqLlCxxXVZIck4U2FXPENrD_B906ErXBmCVbuxFePlkYEoX8oFwXVfW-oyv70VQ


Mais cessons la les parallèles peut être douteux avec l’art européen, et revenons aux magnifiques couleurs que déploie, sans avoir peur de ne pas être réaliste, Kobayashi, que l’on savait artiste et que l’on découvre peintre. De nombreux plans sont des tableaux, vivants, mais des tableaux tout de même. Il joue même dans la troisième histoire avec des estampes, alternant les scènes de bataille tournées en studio (et complètement déjantés, symbolistes au possible, très colorisés, à la manière d’estampes) et les estampes historiques retraçant le déroulement de la bataille. Les effets spéciaux sont très convaincants, les décors sont faux, et ça se voit, et c’est vraisemblablement voulu puisque Kobayashi joue avec cela pour créer une ambiance surréaliste, très spéciale : Il insère par exemple des yeux dans ses ciels (d’ailleurs ça me rappelle vaguement un tableau, je ne sais plus lequel, si quelqu’un par hasard avait une idée…). Autre image marquante, peut être la plus marquant, celle du jeune Hôichi peint de la tête aux pieds (mais pas les oreilles !) avec les caractères d’un soutra, les yeux fermés, dans l’obscurité…

Passons maintenant à ce que l’on perçoit simultanément à l’image : la musique.

 

 Très importante dans ce genre de film, où l’ambiance est primordiale et dans laquelle la musique entre pour une bonne part. Ici elle est composé d’instrument traditionnels japonais, notamment pour la troisième histoire où elle est allié aux chants d’Hôichi. Dans les autres histoires, elle se compose de rythme assez simples, répétés, angoissants, sec (surtout pour la première histoire, ou des craquement sont symbolisés par les instrument, craquement de sa vie, de la maison, de son être tout entier). Dans la dernière histoire, un bourdonnement se fait entendre lors la présence de l’esprit, ainsi qu’un tic-tac d’horloge dans la scène ou le reflet apparaît. D’ailleurs, voici pourquoi j’avais signalé comme important ce détail : C’est un anachronisme, l’horlogerie japonaise ne se développant qu’à partir de l’ère Meiji, le réci se situant 220 ans avant. Bien sur il peut s’agir d‘une importation européenne, mais dans la maison d’un haut dignitaire japonais, cela marque déjà la présence d’une anormalité, par laquelle s’infiltre le spectre. Il faut aussi souligner l’importance des bruitages, qui compte comme véritable musique dans ce film, tant on sait leur importance dans les situations de tension et d’angoisse. Craquement de plancher, crissement d’une aiguille dans un tissu, etc… (Tic-tac d’une horloge…).

 Dernier point à aborder dans cette partie, les acteurs. Que des grands noms. Ils sont très bons. Je n’en citerais que deux par histoires, mais ça vous donnera une idée : Rentaro Mikuni, Michiyo Aratama, Misako Watanabe / Tatsuya Nakadai, Keiko Kishi / Katsuo Nakamura, Tetsuro Tamba / Kanemon Nakamura, Osamu Takizawa. Je ne vais pas m’étendre, j’ai déjà dit qu’ils étaient pleins de talent, je ne me justifierais pas en 20 lignes (suffit de voir qu'allociné les connait tous, un miracle pour des asiatiques !).


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Deux autres tableaux pour le plaisir

 Passé ce premier commentaire esthétique, il reste à traiter le fond de l’histoire. Tout d’abord, notons que le fantastique ne fait pas irruption dans les histoires de la même manière : seulement à l’extrême fin, comme chute dans la première, dès le début dans la seconde et la troisième (ou une contenance historique lui est donné, ainsi qu’un certain aspect bénéfique), et tout au long de la quatrième, que ce soit à l’époque Meiji ou dans l’histoire qui est contée.

 Voyons d’ailleurs cet enchaînement d’histoires et de thèmes : tout d’abord une banale histoire de samouraï désargenté, comme Kobayashi à l’habitude d’en traiter, mais qui se clôt par une touche horrifique : on ne peut rattraper le temps perdu, la vanité est impardonnable…

Puis vient une histoire classique de fantôme buveur de sang, qui renonce a tuer un beau jeune homme, l’aime, puis finalement le quitte dégoûtée de sa vanité et de son infidélité. Ensuite on se rapproche plus d’une histoire typiquement nippone ; un jeune aveugle apporte son aide (involontaire) à de spectres auxquels il donne vit à travers son art, en chantant leur épopée : devoir de mémoire, passé sans lequel on est rien mais auquel il ne faut pas trop s’attacher et pour lequel on ne doit pas donner notre vie. Autre particularité, celle de donner la clé de l’énigme dans le titre : les oreilles, qu’Hôichi est censé ne pas avoir, mais qui ne lui seront en fait enlevé qu’à l’extrême fin de l’histoire… procédé connu des auteurs fantastique afin de placer le spectateur dans une posture d’étonnement, de questionnement, de doute apte à lui faire perdre un certain sens des réalités pour l’emmener plus avant dans le fantastique, un peu comme ne pas proposer de fin (voir histoire suivante).

 Et pour finir, une touche personnelle, une mise en abîme, Kobayashi donne la parole à un auteur puis à son histoire, avant de revenir sur les liaisons qui existent entre un conteur et son conte. Ici le pauvre homme subit le même sort que sa création, et pose ainsi doublement le problème de l’identité, du miroir, de l’autre, de la conscience. Ceux qui ont peur de leur reflets n’ont il rien à se reprocher, à cacher ? Ou alors, plus simplement, l’estomac humain peut il digérer une âme ? En tous cas cette courte histoire clôt parfaitement le film de la même façon que son personnage présente son problème à son éditeur : Faut-il finir un conte, ou laisser la fin en suspens ? Ici, le spectateur est placé dans la posture de l’éditeur qui doit choisir sa fin, face au reflet de l’auteur. Et n’est ce pas cela le plus terrible, qui fait le plus peur ? Se retrouver seul, dans l’inconnu. Sans fin, dans l’absurde, dans le vide… ?

  Mise en abîme multiple donc, d’une réflexion sur la nature du conte, sur la vie d’un auteur… Le thème de ce dernier conte m’a d’ailleurs fait penser à une pièce de Pirandello (six personnages en quête d’auteur) où des personnages échappent au contrôle de leur auteur, et se rendent dans un théâtre pour vivre leur rôle, ou plutôt jouer leur vie sur scène…

 Le fantastique progresse donc vers une abstraction de plus en plus grande jusqu’à atteindre son point culminant dans la troisième histoire, avant de légèrement retombé dans la dernière, plus réflexive et moins contemplative. La mise en scène assez lente, posée, calme favorise en effet cette posture, dont la possibilité est accrue par la durée du film et des histoires : plus de 3h en tout, soit 45 minutes par nouvelle. Cela laisse don le temps de créer une véritable ambiance, d’instaurer une continuité de ton, de sentiment. D’un autre coté, l’enchaînement d’histoire bien différentes empêche la monotonie et l’endormissement (il n’y a rien à faire, 3h c’est long quand on est pas habitué !), bien que nos sens soient en permanence stimulés par des couleurs et des attitudes complètement inhabituelles.

 

 Touche à tout impénitent, Kobayashi se plie en quatre pour nous offrir autant d’histoires en un seul film, du registre historique au film de samouraï, en passant par le récit fantastique pur, gothique, intégrant une romance, pour finir par une réflexion qui montre bien que sa vision profonde du cinéma n’a pas été arrêté par les codes du fantastique et du surnaturel. Il faut aussi rappeler que dans la culture japonaise les fantômes font partie du monde, et participent à son équilibre, alors qu’en occident ils sont perçut comme néfaste, à rejeter, à envoyer la ou ils devraient être, dans le royaume des morts. Ainsi leur présence et leurs actes n’a-t-elle pas le même sens pour nous que pour les nippons, même si elle les terrifie. Nous, c’est notre esprit cartésien qui est attaqué, pas eux (enfin les japonais du XIXème ou XVIIIème).

Film énorme, magnifique, fleuve qui nous emporte dans ses flots fantastiques, Kwaidan est une initiation parfaite au film de fantôme japonais (kaidan eiga) et permet de voir sous un autre angle l’œuvre magistrale de Kobayashi. Une expérience à vivre !

http://cinma-cinma.googlegroups.com/web/kwaidan_sans%20oreilles.jpg?gda=OuToQEoAAACaOf4dKsposW5b0xh8pIDPKBDY9CFj4zCbQuwKOISgGWG1qiJ7UbTIup-M2XPURDS8J5KuSqXHOw6za41RqhWd6CbsmomcbNBG5r5p-SRRFQ

 

PS: de nombreuses images sont présente, elle permettront j'espère mieux que mes mots de définir l'ambiance du film...

Carcharoth

 



Publié dans Japon

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p4c 21/12/2007 13:46

Incroyable, mais bien vraiBonjour vous deux

J'en profite pour vous remercier de cette critique.
En effet, incroyable mais bien vrai, Kwaidan est un film que je n'ai toujours pas vu.
Je présume que vous avez du voir la version proposée chez Wild Side Vidéo.
En tout cas, çà ma décidé à le voir ^^
Beau travail.