Zatôichi, un mythe revisité par un autre, ou comment Kitano fait revivre Katsu sans le plagier ni le trahir.

Publié le par Nostalgic-du-cool

Zatôichi, Takeshi Kitano, Japon, 2003

 

Lion d’argent meilleur réalisateur – Venise 2003.

 


Mars Distribution
 


Zatôichi ou le film qui avait tout pour plaire :

 Pensez donc un peu : Kitano à la réalisation, Kitano dans un rôle culte pour le cinéma japonais, secondé par Asano et soutenu par la musique de Keiichi Suzuki. Que demande le peuple ? Du pain ? Qu’il mange des brioches ! Non mais sans rire. Je vend la mèche dès le début mais Kitano est bluffant, sa réalisation est impecc’, le scénario est en béton et en plus il remet au goût du jour la célébrissime saga « Zatoichi » dont vous avez forcément déjà entendu parler, ne serait-ce qu’en fréquentant ce blog. En effet, vous ne pouvez être passé à coté de mon très succinct article sur Baby Cart, ou je rappelais (j’avais pensé à ça dès cette époque, voyez le visionnaire !) que le frère de l’acteur principal de cette magnifique saga avait interprété Zatôichi de façon magistrale durant plusieurs années, et que c’était d’ailleurs en temps que frère qu’il était connu, plus que pour ses qualités propres avant de tourner le loup à l’enfant… Bien revenons à nos moutons, ou plutôt à nos masseurs, car c’est de cela qu’il s’agit.


Takeshi Kitano. Mars Distribution


 Avant de parler du film, il faut un peu parler de son objet : Zatôichi, le masseur aveugle le plus célèbre du monde entier. Entre 1962 et 1989, la télévision et les salles de cinéma diffusent la série éponyme (et une vingtaine de film), aux sous titres racoleurs et grandiloquents. C’est alors Shintaro Katsu (dont on a déjà parlé plus haut) qui interprète le sabreur hors pair. Il s’agit en fait d’une adaptation de nouvelles, ou romans (de Kan Shimosawa), à moitié sérieuse à moitié parodique et tournée dans un format en plusieurs épisodes. Les références sont multiples : Le sabreur manchot de Chang Cheh en est la plus évidente. Miroir nippon de ce héros chinois, infirme tout comme lui, épéiste hors pair aussi (aïe les puriste vont me tuer ; pour l’un il s’agit d’un sabre et pour l’autre d’un katana…), il est tout de même très différent du célèbre inspirateur de Georges Lucas (pour son Luke à la main coupée !). Enfin bref c’est un héros atypique, auquel on s’attache par ses défauts et s’identifie par ses talents. Il a marqué le quotidien de millions de japonais pendant deux générations et a façonné leur imaginaire collectif de façon importante. Bref, c’est un héros national, une sorte de D’Artagnan aveugle ! Autant dire que le projet de Kitano était osé (ce pourquoi il a pris son temps, mais on parlera de ça au paragraphe suivant), et que bien des critiques l’attendaient au tournant !



Takeshi Kitano. Mars Distribution

 

 Voyons donc un peu comment est né ce film. La première personne à avoir proposé à Kitano de tourner un nouveau Zatôichi est Chieko Saito, la femme qui l’a formé lorsqu’il jouait au théâtre Asakuza (et d’où est d’ailleurs issu un des acteurs du film dont on reparlera) et qui connaissait assez bien Katsu, l’acteur qui a incarnait Zatoichi toute sa vie, et à qui le personnage colle à la peau. Sa vie est d’ailleurs un rôle secondaire à coté de sa vie « zatôichienne » tellement son nom est accrochée au personnage… Enfin bref, cette femme avait demandé à Kitano de réaliser un nouveau film sur le célèbre héros. Mais devant ce monument le cinéaste et l’acteur ne se sentaient pas encore prêt. Ce n’est que plusieurs années plus tard, quand on lui en refit la commande qu’il accepta, avec pour condition qu’on lui laisse faire ce qu’il voulait. Autrement dit ne garder du personnage que ses grandes lignes, pour pouvoir recréer un Zatôichi et ne pas plagier l’ancien, pour lequel il avait trop de respect. C’est donc un troisième masseur qui est né derrière les yeux clos de Kitano, dans son esprit puis à l’écran, après ceux de la série et celui des films… Ainsi, les puristes (qui se comptaient sur les doigts de la main d’un manchot avant la parution des DVD des films chez Wild side) ne retrouveront pas l’histoire, la personnalité et le type vestimentaire qu’ils avaient pu voir à l’écran vingt ans plus tôt. C’est d’ailleurs à cause (grâce ? aucun des deux sans doute, c’est ainsi et voila) de la mort de Katsu en 1997 que le projet pu voir le jour. Kitano ne voulant, ne pouvant pas revisiter le mythe tant que celui-ci vivait… Enfin, en 2003, sortait dans nos salles (quelques unes…) ce fabuleux long métrage, ce film de sabre qui allait permettre à de nombreux fans de re-découvrir ce héros.

 

Au passage, un peu d’histoire des noms : « Zatô » désignait dans l’ancien système (période Muromachi) des guildes d’aveugle de Kyoto la classe la plus basse. Le masseur n’est donc pas de noble extraction.




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Le comique Shinkichi

 

 Voici son histoire, telle que contée par le réalisateur japonais : Zatôichi est vieux, petit, aveugle, il marche à petits pas titubants avec une canne rouge. Lorsqu’il arrive au village, il aide une paysanne qui vient de se faire racketter par la bande qui domine depuis peu, et demande de plus en plus d’argent pour la « protection » qu’ils offrent. En contrepartie du service rendu, mais aussi car elle vit seule et que ce dernier n’a nulle part ou aller, la fermière abrite le masseur pour la nuit. Le soleil couché, deux couples arrivent aussi en ville : un rônin et sa compagne, malade, et deux geishas qui cherchent des hommes à divertir. Le lendemain, on découvre un peu les personnalités de chacun : le rônin s’est fait embauché par le chef Ginzo qui cherche à étendre sa domination, et les deux Geishas attendent leur heure sur un banc. Peu de temps avant (au cours d’un flash-back), on les voyait étranglant et poignardant u homme qu’elles avaient séduit. Le mystère semble épais et ancien. Il en va de même du masseur, dont on connaît les talents de sabreur mais qui passe sa journée à couper du bois pour sa logeuse. Que cherche-t-il au village ? Le soir, il se rend dans une maison de jeu et y fait la connaissance du neveu de la fermière, joueur malchanceux mais persévérant. Après deux ou trois tour d’observation, il mise coup sur coup la totalité de sa mise, l’emportant à chaque fois. Shinkichi (le neveu) qui s’aligne remporte lui aussi une belle somme grâce à l’aveugle, qu’il remercie en l’amenant dans une maison close…. Avec les deux Geishas mystérieuses. Premier chassé croisé de leurs histoires. Voulant détrousser les heureux vainqueurs, les deux femmes (qui sont en fait une sœur et un frère grimé) tentent de tuer les hommes. Mais devant la perspicacité du masseur et sa rapidité à dégainer, elles (nous dirons « elles » puisque le jeune frère est en permanence grimé et est considéré comme une femme même par ceux qui sont dans le secret) choisissent de raconter leur pénible histoire : enfants d’un riche négociant assassiné, elles cherchent depuis 10 ans à venger leur famille massacré par les voleurs dont elles ont entendus les nom. L’homme que l’on voyait poignardé lors du flash-back en était un. Tout ce petit monde se retrouve assez vite chez la tante (paysanne) après que Zatôichi ait massacré le lanceur de dés qui tentait de les piper, et que les Geishas aient agressé Ginzo qui voulait abuser d’elles… En parallèle, le rônin embauché massacre les différents chefs des autres bandes qui gênaient le domination de Ogi et Ginzo, et ce malgré les récriminations de sa femme qui s’oppose à ce qu’il tue encore. On découvre aussi, au cours de flash-back leur passé et le pourquoi de son déclassement en rônin : battu au boken par un non-samouraï, son honneur a été bafoué et en conséquence il ne peut plus appartenir à la célèbre classe des guerriers. Il se montre en tous cas très adroit dans l’art de tuer, massacrant les troupes adverses à lui seul. L’unique homme qui le dépasse et le surprend est… le masseur, qu’il apostrophe un soir à la taverne, découvrant son sabre à l’intérieur de la canne… Enfin bref, le ton monte d’un coup à cause de la tuerie de Zatôichi au tripot, et des hommes sont envoyés chez la tante de Shinkichi pour le tuer. Comme il est de sortit au village, ou d’ailleurs se sont aussi rendues les deux Geishas pour éclaircir l’identité réelle de Ginzo (qui pourrait appartenir au néfaste clan des Nishimura responsable de la mort de leurs parents), les bandits mettent le feu à la maison et s’en vont… Pendant ce temps les deux femmes de compagnies sont prises au piège leurs intentions vengeresses ayant été mise à jour. Au moment où leur mort semble faite, un sabre fend le bois de la porte, puis le corps d’un des hommes de main. Puis celui de tous les autres, ainsi que d’une colonne en pierre, et pour finir la misérable carcasse de Ogi. Enfin, il rencontre sur le bord de mer le rônin, qui, pour se prémunir des ténèbres favorables à l’aveugle, y a allumé un grand feu. Devinant l’intelligence de son adversaire qui a déjà assimilé sa technique de dégainage, et en conséquent sait la parer, Zatôichi change brusquement de technique et surprend son adversaire, qu’il tranche en deux, non sans que celui-ci ne lui ait lui aussi atteint l’épaule d’un coup de sabre (scène parallèle, la femme du ronin se suicide pour ne plus peser sur son mari…). A ce terrible et sanguinolent épisode succède une série de scènes bucoliques, paisibles, de reconstruction de la maison de la paysanne. Les fermiers sont heureux, les bandits sont morts, les geishas sont vengées, la fermière envisage l’avenir sereinement et se réjouit de la fête qui aura lieu le soir même. Ici les deux histoires s’entrecoupent : d’un coté Zatôichi se rend en ville, tue ses véritables adversaires (les chefs Nishimura) ainsi que quelques ninjas et rentre au village, de l’autres les villageois font la fête dans un champs, dansent et rient. Deux choses diamétralement opposées sont donc mises en parallèles, pour se rejoindre dans une pirouette, une chute…



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 Vous voila donc maintenant en possession d’une idée (on possède une idée ? drôle de concept !) du film. Il me reste à vous montrer la façon dont cette histoire est transformée en chef d’œuvre. Alors bon, commençons par les acteurs, et bien sur par Beat Takeshi (sinon Nostalgic va m’étrangler de ne pas lui avoir donné la primauté. D’ailleurs pour ceux qui se demanderait pourquoi je dit « Beat » et pas Kitano tout court, voir ses articles ici et la) qui en plus de réaliser, joue. Vous allez me dire : « oui comme d’hab quoi » (ben non déjà pas dans Dolls… hum). Et oui, il se met en scène. Et il est sacrément fort. A l’image d’un Woody Allen, il passe facilement d’un coté à l’autre de la caméra, et montre autant de talent devant comme derrière. Concentrons nous pour le moment sur la première option. Kitano acteur, Kitano et ses tics, Kitano et son visage si spécial (encore une fois je renvoie aux explications complètes de mon comparse), Kitano qui joue l’aveugle d’une façon magistrale, qui insuffle le drame au film tout en lui offrant par une simple pirouette tout son aspect comique, farceur. Kitano dont on ne saurait trop vanter le talent de mime. Aveugle, masseur un jour et sabreur de génie la minute qui suit, joueur à l’oreille très fine qui devine sur quelle face les dés sont tombés, etc… Il est polymorphe, à l’image de Protée il joue plusieurs personnage dans le même rôle et donne à son personnage une épaisseur très important sans qu’on est besoin d’explication : il se suffit à lui-même, il EST.



Takeshi Kitano. Mars Distribution


Car si on y réfléchit bien, on ne sait rien de cet homme. D’où il vient, pourquoi il recherche lui aussi ces hommes, etc… Mais étrangement, on ne s’en préoccupe pas, ça ne nous gène pas. Et à cela une seule explication : Kitano est très bon. Il rend plausible et intéressant une chose qui aurait pu être plate et absurde. On pourrait reprocher à ses films de ne pas être assez bavard, trop sobre pour être captivants. Et bien non, au contraire, c’est en en disant peu qu’il parvient à faire passer le plus. Poncif sur le ciné japonais ? Non, réalité observable dans ce film. Mais je tartine sur la « San », alors qu’il reste tant à dire… Asano par exemple a confirmé toutes les attentes et montré qu’il était grand. Et bon, très bon même. Il s’est parfaitement glissé dans la peau de ce samouraï déchu par la faute d’un trop grande rigidité dans sa discipline de combat (je m’explique : il a perdu parce que son adversaire était un maître du combat au bâton, ou l’on peut saisir l’arme de l’autre à pleine main, chose impossible avec un katana, sauf pour certains maîtres shaolin dans les films de la Shaw) et qui n’a pu regagner son honneur puisque son adversaire est quasi-mort de maladie… Vivant de petits métiers ingrats pour soigner et faire vivre sa femme, il se méprise sans doute lui-même et représente le mal de son époque : le XIXème siècle a en effet vu le nombre de ces guerriers itinérants, -mercenaires parfois sans scrupules malgré leur noble ascendance- croître de façon importante, remplissant les routes de ces guerrier en mal de guerre. La noblesse de l’âme et de l’art du sabre mise au service des crapuleries des marchands-bandits en quelque sorte. Au milieu de tout ça il y a Zatoichi, sans doute de basse origine mais d’un honnêteté irréprochable et qui –malgré sa nature négative puisque criminelle- fait un bien relatif autour de lui. Pour finir avec les acteurs, tous excellents (mention spéciale à Gadarukanaru Taka –Shinkichi- qui dans son rôle de loser, d’éternel perdant et d’imbécile heureux est parfait, risible à souhait, touchant à sa façon, humain quoi) je voudrais pour ne pas faire mentir mon début d’article, parler un peu de Daigoro Tachibana, qui a aujourd’hui 20 ans, donc 16 au moment du tournage, ou il faisait déjà preuve d’un grand talent, développé dans le théâtre kabuki classique sous la houlette du même mentor que Kitano. Zatoichi est pour le moment son seul film et il n’est a priori pas pressé de s’y remettre, et pourtant quel talent ! se glisser ainsi dans le rôle d’une femme, d’une Geisha en plus, apprendre les danses, etc… Chapeau !


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 La réalisation, je l’ai dit dès le départ, est excellente. Plus rapide qu’à son habitude, Kitano fait des plans plus courts, plus précis et ciselés. Pour son premier film en costume le réalisateur prend quelques libertés avec les règles du genre : les coiffures, les décors ne sont pas historiquement parfait. De toutes manière le film n’est pas situé précisément dans le temps. Le contexte est volontairement très restreint et la réalisation se concentre sur les personnages qu’elle détaille par une série de flash-backs, de souvenirs. Sauf Zatoichi, tous y passent : Ronin, Geisha, … Bien. N’oublions pas qu’il s’agit tout de même d’un film de sabre, et que les scènes de combats sont donc assez nombreuses. Très courtes, elles se composent le plus souvent de quelques coups de sabre (on est loin des films de la Shaw évooquée plus haut, qui eux durent plusieurs minutes !) et d’une gerbe de sang. Les katanas sont ultra-rapides, les morts aussi. La vie d’un homme se décide en un rien de temps, et le tout se veut le plus proche de la réalité possible. Pas de chorégraphie complexe donc. Juste du réalisme, et encore de la sobriété. Dans les combats, pas dans les blessures. Celles-ci sont sanguinolentes à souhait, selon d’ailleurs le vœu de Kitano, qui souhaitait bien marquer la violence de cette façon : exagérer les quantités de sang, les projections d’hémoglobine, etc… (Malgré tout je rassure les âmes sensibles, le film n’est pas violent, la plupart du temps c’est suggéré). Autre point intéressant à noter, l’utilisation des techniques du numérique pour la modifiction de la photographie du film. Le ton est volontairement plus simple que la réalité, un peu gommé, un peu comme dans un dessin animé. Mais ces retouches sont très légères, qu’on se rassure dans les chaumières, pas de « 300 » en vus. En fait l’ordinateur à été utilisé surtout pour les effets sanguinolents décrit plus haut. Et ça rend dans l’ensemble plutôt bien. Mais passons à la partie la plus intéressante concernant la réalisation après ces détails un peu techniques…

 Zatôichi est en effet un film qui recouvre plusieurs genres. Il ne se cantonne ni au film de sabre, ni au film d’époque ou de vengeance. Il utilise les méthodes et les codes du western, intègre des séquences musicales, des scènes parodiques ou hommages, arrive à parler de drames humain qui évoquent les nombreux problèmes sociétaux de l’époque tout en gardant un ton léger et en restant un film de sabre. Tout cet ensemble –hétéroclite a priori- est lié par un féroce humour et quelques personnages clés, comme Shinkichi ou encore le voisin de sa tante, qui, un peu idiot (idiot du village, c’est le cas de le dire !), court autour du patelin à moitié nu (slip de sumo, chapeau et lance de soldat type XVIIème) en hurlant. Et puis il y a quelques scènes extrêmement comique car placées au milieu d’un univers carrément tragique. Procédé classique, efficace et qui fonctionne ici à merveille, déclenchant chez le spectateur de nombreux sourires et même quelques éclats de rire. (après c’est subjectif, mais ça a été mon cas.). Et puis cet humour, cette part importante de la farce, de la dérision dans le film le rattache plus que toute autre chose aux anciens films de Katsu, qui se détachaient eux aussi des autres films de sabre par cette caractéristique.




Puisqu’on parle de liant, parlons un peu de la musique composée par Keiichi Suzuki, excellente, moderne (puisqu’il ne faut pas oublier que cet homme est une rock star dans son pays, pas un compositeur de musique classique !) mais respectant les codes traditionnels, elle colle au film. De nombreuses séquences intègrent des actes de la vie de tous les jours en musique, histoire de nous faire un peu ressentir le monde comme un aveugle, par les sons. Pour Zatôichi la réalité est une musique, dont une partie est produite par les humains. Par exemple la scène ou il croise une procession sur nu chemin entouré de champs de riz que des hommes bêchent. La musique utilise le rythme des paysans, de leur coup de bêche pour nous faire comprendre par un autre sens que la vue le monde que ressent l’aveugle. Autre exemple, en l’absence du masseur, le moment de la reconstruction de la maison brûlée de la tante : les coups de maillet, les sons du rabots, des scies sont intégrés à la musique, qui se construit au fur et à mesure que la caméra suit un travail spécifique, se développe et va crescendo (les instrument se joignent les uns au autres) quand la caméra élargie son plan pour saisir toute la scène. Travail très réussit de mise en musique, d’harmonisation des sons de la vie de tous les jours, qui m’a fait un peu penser au travail des « Stomp », même si ces derniers sont plus axés sur les percussions… A noter que les influences américaines en matière de musique ne se limite pas à cela, puisque la scène de fin est un ajout de Kitano, qui est tombé amoureux des numéros de claquettes de Gregory Hines puis de ceux d’un groupe japonais, les Stripes, à qui il a demandé de jouer à la fin de son film, pour que celui-ci se termine sur une note joyeuse, musicale, qui mêle costumes traditionnels de théâtre et danse moderne.


 Bien sur, comme tout film de sabre qui se respecte celui-ci rend hommage au film-dieu en la matière : les sept samouraïs : La scène du combat sous la pluie, ou Zatôichi tue un groupe d’hommes qui l’encerclent sous une pluie battante…




 

 Pour finir parlons un peu de la cécité du masseur-sabreur : (Que ceux qui veulent conserver TOUT le mystère du film ne lisent pas la suite, au risque de manquer un moment de littérature digne du prix nobel.. hum.. éhéh). En effet, à la fin (et je ne l’ai pas dit à dessein dans le synopsys) on le voit ouvrir les yeux et dévoiler à son ultime et pire ennemi sob secret : il voit ! Cependant, à ce sujet les interprétations vont bon train : est il en fait réellement aveugle (voir dernière scène ou il tombe face conte terre) et bluffe-t-il son adversaire pour le rendre plus amer encore. Ou est il réellement voyant, recherchant la perfection de son art en s’handicapant volontairement (pour mieux « sentir les autres » comme il le dit lui-même). En tous cas ce débat fait planer encore un peu plus de mystère autour du personnage, et après tout c’est bien cela que Kitano voulait… Encore une chose : Ce combattant invincible (1), que rien n’arrête, (ni la nuit, les ninjas, ni les meilleurs déguisements et pas même un rônin intelligent et qui se bat par amour pour sa femme et pour sa vie) ne semble craindre qu’une chose : le hasard. Une pierre, par exemple. C’est en effet la seule chose qui le fait chuter, et qui clot le film, sur cette sage parole : «même les yeux grand ouvert, je ne vois rien" (quand je vous dit que le mystère est encore entier !).

 

 

Morceaux d’interview ici

Zatoichi sur le site français de référence sur Kitano.

Site officiel en anglais

(1)Très bon article sur le film par Romain le Vern


Edition de dernière minutes: Vu dans le nouvelObs: Carlotta Ikeda, artiste japonaise vivant en France a écrit et chorégraphiée un spectacle reprenant le thème du masseur aveugle. Le rôle-titre est assumé par Charles Jude (Danseur étoile ballet de Paris, directeur ballet de Bordeaux). A voir à Bordeaux entre le 1er et le 6 novembre (opéra de la ville) puis les 17 et 18 novembre à Roubaix dans le cadre du festival "Danse à Lille". Pour ceux qui s'y connaitrais un peu, le style de danse utilisé ici est assez proche du Bûto...

 

Carcharoth



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Commenter cet article

Alastor 08/04/2008 17:25

J'avais loué le film il y a quelques années et sans avoir vu aucun des précédents film mettant en scène le personnage j'avoue avoir été très agréablement surpris. Et puis Takeshi Kitano reste un immense acteur alors rien que pour lui sa vaut le détour!

Gabuzo38 23/11/2007 00:08

Superbe analyse !Oui, très bon billet, qui donne vraiment envie de voir le film. Bravo et merci.

Carcharoth 21/11/2007 17:07

Oui, c'est sur que Hisaishi est irremplaçable, mais je trouve que Suzuki s'en sort très bien, surtout que le style du compositeur habituel de Kitano n'est pas trop celui du film, donc bon...

yasss 21/11/2007 16:38

MAGISTRAL !!!!
le seul Kitano que j'ai vu avant de connaitre Kitano, soit le premier...

seul regret : l'absence de Joe Hisaishi