Voiture de luxe, Regard sociologique sur la chine d'aujourd'hui par Wang Chao

Publié le par Nostalgic-du-cool

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Voiture de luxe (Traduction mot à mot du titre original, pour une fois !), est un film chinois de Wang Chao (voir interview en fin d'article) qui dresse un portrait original de la chine urbaine à travers le rencontre entre un père et sa fille. Il est le dernier opus d'une trilogie sur la Chine contemporaine (Les orphelins d'Anyang / Jour et nuit).

L'histoire: Le film s'ouvre et se ferme sur deux scènes parenthèses qui se déroulent un an avant l'histoire à proprement parlé. Comme dans beaucoup de film, la seconde révèle un élément important (central même !) de l'intrigue qui est la suivante : Li Qui Ming est un ancien universitaire envoyé dans la campagne pour enseigner après avoir tenu des propos contre-révolutionnaires. Sa femme souffre d'un cancer de l'utérus, et elle souhaite voir son fils une dernière fois. Li va donc le chercher à Wuhan, ou il s'est rendu avec se soeur. C'est cette soeur qui l'accueille et le loge dans sa chambre, qu'elle co-loue avec une amie. Il se lie d'amitié avec un vieux policier qui l'aide dans sa quête. On découvre petit à petit le quotidien de Yanhong (la fille de Li), de son petit ami (qui est aussi son patron), et à travers eux la vie de très nombreux émigrant ruraux. Comme le souligne en effet très bien le film et de nombreuses critiques, la dichotomie et la distance entre les villes et l'arrière pays s'accroît de plus en plus en Chine, et les jeunes qui arrivent sont confrontés à la dure réalité. Yanhong et son amie avec qui elle vit son en effet hôtesses (call girl). Et son frère a exercé d très nombreux métiers, plus ou moins honnêtes. On comprend vite, à travers les propos du policier, que ce cas est très loin d'être isolé. En parcourant la ville, Li parcours aussi son passé d'étudiant. Il découvre les changements énormes qui ont eu lieu, et est tout à fait déphasé avec l'ambiance de la ville, à laquelle des années d'enseignement dans une province reculé l'on déshabitués. Activités cachées (prostitution, fille enceinte) et vérités tus (Mort prochaine de la mère, mort ancienne du frère) sont le lot journaliers des relations entre les différents protagonistes.

L'histoire s'accélère à la fin, après que l'on est découvert le quotidien de tous les personnages : Lors d'un dîner ou le père invite tous ceux dont il a fait la connaissance (He Ge, l'amie et patron de sa fille et le policier), le fonctionnaire reconnaît le petit ami de sa fille, qui a fait de la prison quelques années auparavant. Divers flash-back montrent l'imbrication des vies des personnages: He Ge connaissait le frère de Yanhong qu'il a mise enceinte, le flic connait He Ge, qui est un ancien malfrat poursuivit par un autre bandit.

 

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Parfaite illustration d'une réalité chinoise, ce film décortique la vie d'une jeune fille, aspirant à une vie moderne, mais qui est forcé de vivre misérablement dans une ville sans pitié et ou l'argent règne en maître. La différence est énorme avec le père, représentant de la campagne, et le policier, illustrant l'ancienne société. Vélo/voiture de luxe, etc... Les oppositions sont nombreuses. La voiture de He Ge, justement, élément clé de l'histoire, titre énigmatique jusqu'a la fin, est celle pour laquelle est mort le jeune fils de Li, et qu'il cherche donc en vain. Au delà de la quête de cet être cher, dont il se doute bien qu'il l'à déjà perdu (et qu'il ne cherche "que" pour sa femme), tout comme il a perdu sa fille, c'est une unité familiale, un retour aux sources que vient chercher cet homme, bientôt retraité.

Film très réussit sur la société chinoise et ses paradoxes (villes énormes et ultra modernes / campagnes dépeuplées et arriérées), il souffre tout de même de quelques longueurs dans sa première partie, peut être à cause du manque de musique. Il voit tout de même le détour, ne serait ce que pour cette vision intérieure de la Chine, qui nous change bien des images d'Épinal véhiculées par nos chers médias.

Seul gros défaut relevé, le manque d'implication politique du film sans doute contraint par les différents organes de controle chinois...

 

Je laisse maintenant la parole au réalisateur lui même pour de plus amples informations: Wang Chao, pour Evene.

 

Quelle est votre histoire ? Comment êtes-vous devenu réalisateur ?

Cela a commencé au collège. J’aimais déjà beaucoup le cinéma. Au lycée, j’étais abonné à une revue sur le cinéma international. J’ai ainsi pu accéder à des traductions de scénarios de films, de théories cinématographiques. J’ai pu avoir contact avec l’esthétique cinématographique occidentale. Dans les années 80, alors que j’étais ouvrier à Nankin, je voyais beaucoup de films occidentaux : Truffaut, Fassbinder... A cette époque, de nombreux films étrangers étaient disponibles en Chine dans les cinémas. Je suis très nostalgique de cette époque. Dans les années 80, je me suis beaucoup intéressé à la littérature et à la philosophie, je peux dire que j’étais un intellectuel. A cette époque, il y avait beaucoup de changements politiques, de débats... Cela m’a permis de poser un regard d’observateur, de réfléchir sur la Chine de cette époque. Après 1989, je me suis tourné vers le cinéma, puisque c’était important pour moi d’avoir un regard intellectuel sur cette évolution. C’est en 2000 que j’ai sauté le pas, que j’ai pris ma première caméra et que j’ai tourné mon premier film. J’ai pu ainsi exprimer tout mon amour pour le cinéma et mon regard sur la Chine.


D’où vous vient l’idée de ‘Voiture de luxe’ ?

Cette histoire vient de la vie, de ma vie. Lorsque je fais des films, je dois chercher des financements, et les producteurs chinois aiment beaucoup faire des réunions dans les boîtes de nuit. C’est comme ça que j’ai pu observer ces jeunes prostituées, qui venaient de la campagne et qui, malgré leur lourd maquillage, étaient très simples et avaient un visage très naïf. Un jour, je me suis posé la question "Et si leur père venait ce soir ?"... Comment feraient-elles face, comment expliqueraient-elles la situation, quelle serait leur réaction ?


La Chine qu’on voit dans ce film paraît assez réelle. Votre volonté était-elle d’être le plus réaliste possible, ou d’exagérer certains aspects, pour dénoncer des choses, pour démontrer certaines théories ?

C’est un film réaliste, bien entendu. Mais c’est également un film dans lequel il y a du drame, de la théâtralité. On a les deux aspects. Pourquoi ? Pour que le plus large public découvre et apprécie mon film, il fallait qu’il y ait un rythme assez rapide dans l’action. C’est un film réaliste avec de l’action. En tant que réalisateur, je tiens à avoir une attitude de réalisateur par rapport à la réalité chinoise.


Justement, parlons de cette réalité… La chine qu’on voit dans le film est assez divisée, malade. Ce film n’est pas très optimiste par rapport à la Chine. Etes-vous malgré tout confiant pour l’avenir de votre pays ?

"Même si le chemin est difficile, l’espoir est toujours présent", comme je dis souvent. Je place l’espoir dans les petites gens, les gens du peuple. On voir l’espoir dans le concret, la vie de tous les jours.


Pour un film chinois, on se pose toujours la question de la censure. Qu’en est-il pour ce film ?

‘Voiture de luxe’ a été autorisé par le bureau du cinéma. Depuis le mois dernier, il est diffusé dans les salles chinoises, et est même sorti en DVD. Et ça marche très bien.


Et pour vos précédents films ?

‘L’Orphelin d’Anyang’ était un film underground, pas sorti en salles. ‘Jour et nuit’ était un film autorisé, mais il n’est sorti qu’en DVD et à la télévision.


En Chine, ‘Voiture de luxe’ est-il montré au grand public, ou cela demeure-t-il confidentiel, pour les intellectuels ?

Le film est sorti dans les salles commerciales, tout le monde peut le voir. Le cercle des intellectuels connaît mon cinéma plutôt à travers les DVD.


‘Voiture de luxe’ a été lauréat du prix Un Certain Regard à Cannes cette année. Est-ce important pour vous d’avoir la reconnaissance des professionnels ?

Bien sûr que c’est important pour moi. Quelque part, c’est la consécration de ces trois films et de ces cinq ans de tournage. En plus, cela m’aide dans mes futurs projets.


Justement, comment financez-vous vos films ? Recevez-vous des aides de l’Etat chinois ?

Sur ‘Voiture de luxe’, le financement est français et chinois. Côté chinois, ce sont des sociétés de production privées. Je ne reçois pas d’aide du gouvernement.


Comment voyez-vous le cinéma chinois à l’heure actuelle ?

Il est difficile de faire un film en Chine, surtout un film d’art et d’essai. Il y a tout un système… Pour des raisons économiques, aussi. Mais beaucoup de réalisateurs ont le courage de le faire quand même. Ca va plutôt en s’améliorant. Les films d’auteurs ont commencé dans les années 90 en Chine. Au début c’était des films underground. Ce sont de plus en plus des films autorisés. La situation est difficile, le parcours est difficile, mais la situation s’améliore…


Comment avez-vous choisi Tian Yuan pour jouer votre héroïne ?

J’ai découvert Tian Yuan dans son premier film. Elle était très bien. C’est comme ça que je l’ai choisie. Je l’ai choisie pour son côté mélancolique. Je voulais créer un personnage de prostituée différente, un peu hors norme.


Vos futurs films ?

Ma trilogie sur la Chine contemporaine est achevée. Je vais peut-être faire une trilogie sur la Chine ancienne. Ou une fresque historique de 1949 à aujourd’hui. Ou une histoire d’amour dans la classe moyenne chinoise, car même si la classe moyenne est sensée être heureuse en Chine, elle a également beaucoup de problèmes.


Dans vos films, vous montrez les "petites gens", le peuple. Vous êtes un intellectuel, faites partie d’une élite. Comment vivez-vous cette contradiction ? Comment restez-vous proche du peuple et de ses problèmes ?

Après l’école, j’ai été ouvrier pendant cinq ans, avant d’aller à l’université. Mes parents sont ouvriers. Je ne suis pas un intellectuel "classique". Je suis vraiment issu du peuple. Même à Pékin, je suis un travailleur. Comme tous ces travailleurs qui viennent de la province. Certains font des maisons, moi je fais des films. Les gens avec qui je travaille ne sont pas forcément de Pékin. Par exemple, quand je tourne des films, les éclairagistes viennent de la campagne, sont des ouvriers, des provinciaux…

Propos recueillis par Rémy Pellissier pour Evene.fr - Mai 2006

 

Casting IMDB:

He Huang ... Dage
  Yiqing Li ... Policeman
  Yuan Tian ... Yanhong Li
  Youcai Wu ... Li Qiming

Carcharoth



Publié dans Chine et HK

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Carcharoth 18/01/2008 23:43

Mon cher Yacin, je crois que tu n'as pas bien compris le propos de l'article, et l'ami google non plus d'ailleurs !
Pour un 4*4, va chez un concesionnaire...
Ici on peut te faire voyager, et sans pollution encore, mais pour ça il faut lire, et ne pas poster bêtement...

yacin idriss ali 15/01/2008 15:00

choisir un voiture 4*4J'ai voudrai personnel avoir une vehicule confortable pour circule
je souvent aime parfois de conduire dans ma vie
je souvent même rêve ainsi pour faire une visite dans les pays voisins de mon pays

merci de votre attention aimable