Visitor Q, Satire trash à la sauce miikienne.

Publié le par Nostalgic-du-cool

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Visitor Q est le pire film de Miike. Pire dans le sens qu'il est le plus insupportable à voir, sans doute celui ou l'auteur va le plus loin dans l'expérimentation, le jeu avec les normes sociales et les interdits du même nom. Certains ne lui accorderont même pas le nom de film. Tout juste parlerons-t-ils de scènes sans queue ni tête, inutilement trash mises bout à bout avec un semblant de logique. C'est qu'alors ils n'ont pas compris Miike. Car Miike, dans sa folie, a oublié les codes, les limites. Il a fait jouer à ses acteurs (d'ailleurs très libre dans leur jeu) une comédie familiale satirique dans laquelle les hommes serait débridés, comme les motos lorsqu'elles le sont, ils foncent vers leur instincts, leurs bas instincts, redécouvre la vie, la vrai (j'ai était publiciste dans une autre vie). Mais enfin, avant de vraiment tenté une sorte d'analyse, parlons du film et de sa trame scénaristique, si tant est qu'il y en est une (j'entend d'ici les mauvaises langues...).  

 

 

Comme déjà dit auparavant, le film raconte l'histoire d'une famille japonaise typique : Un mari, une femme, un fils et une fille déjà partie du foyer familial. Mais la normalité s'arrête la. Car tous les problèmes que rencontre la société nipponne ont été concentrés dans ce foyer, tout ce qu'un japonais moyen peut entendre ou lire dans les journaux à la rubrique fait divers : Le père, un apprenti reporter raté qui tente de monter un documentaire, couche avec sa propre fille qui est devenue prostitué pour pouvoir vivre. Il filme leurs ébats, pourtant peu glorieux. Sa femme, elle, se fait battre par son fils, adolescent d'une quinzaine d'année, qui reporte la haine et la frustration qu'il accumule lors de ses multiples brimades sur sa mère. Cette dernière, pour oublier cette désastreuse situation se drogue. Ne travaillant pas, et sniffant à l'insu (du plein gré) de son mari, elle se prostitue (elle aussi) pour payer ses doses. Ou comment une famille (qui aurait pu être normale si le film avait réalisé par n’importe qui d'autre) se retrouve tout en bas de ce que l'on pourrait appeler l'échelle de l'humain, de la dignité ou de la respectabilité humaine. Pour ne citer qu'un exemple: Le père a une assistante qui l'aide à réaliser et à filmer son documentaire sur la violence juvénile. Alors qu'elle interviewe une bande de jeunes hommes, ils commencent à la violer. Loin d'intervenir, le père laisse faire et filme la scène qui lui semble très intéressante pour son film. Il va jusqu'à l'achever car elle n'agit pas comme il le souhaiterait....

 

 

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Mais tout ce joli monde va se trouver bouleverser par l'arrivé du visiteur. Visiteur totalement inconnu, qui frappe violement le père (Kiyoshi) à la tête à l'aide d'une pierre, et qui ensuite est incité par ce dernier à venir vivre dans sa maison. Il fera redécouvrir à la femme (Keiko) ses sensations sexuelles, depuis longtemps perdues, et aidera le garçon à retrouver sa dignité.

Complètement muet, cet homme énigmatique qui "frappe à la tête" doit être pris au plan symbolique surtout, comme l'élément déclencheur du "redressement" de la famille.

Keiko, comme on l'a dit, va retrouver des sensations, et avec l'aide de son hôte aura de nombreuses poussées de lactations jouissives, le tout dans une tenue étrange... Le père, lui, violera son assistante après l'avoir tuée, et filmera la scène. Pensant lui donner du plaisir même après sa mort, il se rendra compte avec énervement que le liquide qu'il sent est fécal... Puis, voulant trop faire durer le plaisir, restera bloqué en elle à cause de la rigidité cadavérique...

L'aide de sa femme, symbole du resserrement familial sera décisive, puisque cette dernière ira dévaliser les supermarchés afin de remplir sa baignoire de vinaigre. La réussite du "désencrassement" (Polanyi l'avait prédit !) du mari provoquera la joie de toute la maisonnée.

Pour clôturer le film, les voyous qui harcèlent son fils (allant jusqu'a envoyer des fusées dans la chambre du fils, sans que le père ose intervenir) seront repoussés à coup de scie, tournevis et autre objets de bricolages dans l'allégresse générale, scellant la réconciliation et la solidarité familiale.

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Dans ce film dont l’histoire pourrait sembler inintéressante à souhait, le génie de Miike (ou sa folie, allez savoir !) rend l’atmosphère et la trame presque logique et plaisante. Le gore et le ton corrosif passent bien mieux que l’on pourrait s’y attendre et on peut même apprécier un certain humour, très noir il est vrai. Il est possible de voir dans ce film, ou plutôt d’aller y chercher une satire du Japon et de sa société actuelle, ou du moins de son évolution. Certains on fait remarquer, avec raison, que l’on pouvait aussi très bien prendre ce film au premier degrés, comme d’ailleurs l’a sans doute fait le réalisateur. Filmé dans un format presque documentaire, en cinq jours et avec un budget microscopique (on peut d’ailleurs comparé le tournage du film à la façon de faire du père de famille…), l’œuvre tient plus de l’autopsie familiale malsaine que de la critique fouillée de tout un pays et de ses mœurs, même s’il y a bien sur un peu de ça. On sait en effet, si l’on a déjà vu des films de ce réalisateur tant commenté ici, qu’il n’apprécie pas vraiment le Japon du moment. Ce n’est pas pour autant qu’il essaie de développer ses idées et appréciations sur son pays dans tous ses films. La critique est bien plus souterraine qu’on ne pourrait le croire, et trop nombreux sont les « intellectuels » qui voient bien trop dans ses films. Il s’agit peut être ici seulement d’une comédie très banale sur une famille hospitalière vu par Miike. Dans une autre optique, on pourrait y voir une téléréalité orchestrée par le réalisateur.

Bref, ce film est barré, fou, déjanté, a-normal, atypique, bourré d’humour très noir et d’une dose certaine de satire, il se regarde très bien d’un œil innocent, d’entomologiste, de voyeur ou de curieux, et il suscite de nombreuses réaction, ce qui est le but premier de ce film.

 

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Au sujet de la notation, je met 4 par principe, mais vous aurez compris que l'appréciation de ce film est impossible car bien trop subjective et relative du moment même ou on le voit.

Coté inspiration, Visitor Q est un peu un Teoremo inversé. Dans le film de Pasolini, qu ise déroule dans une famille romaine, un visiteur vient détruire et destructuré cette famille italienne très bien construite, du moins selon les normes catholiques et traditionelles. Ici, Q vient reconstruire la famille qui pourtant semble normale de l'extérieur. Miike n'a jamais caché s'être inspiré de ce livre et film de Pasolini.

 

Tient je me rend compte que je n'ai presque pas parlé des acteurs. Voila un casting (imdb):

 

 

Kenichi Endo ... Kiyoshi Yamazaki/Father
  Shungiku Uchida ... Keiko Yamazaki/Mother
  Kazushi Watanabe ... The visitor
  Jun Mutô ... Takuya Yamazaki/Son
  Fujiko ... Miki Yamazaki/Daughter
  Shôko Nakahara ... Asako Murata
  Ikko Suzuki

...

Sasaoka

 

 

 

A noter, l'aide du père qu'il viole ensuite est la belle soeur de Tsukamoto...

 

 

 

 

Carcharoth

 

 

 

 

 

 

 

 

Bon voila, petite nouveauté, comme c'est elle qui m'a donné l'idée d'écrire un article sur ce film, je lui est proposé d'écrire aussi quelquechose sur Visitor Q. Elle a eu le courage de le faire, donc je publie son article. Voici donc, en exclusivité prime time direct sans trucage-toute-ressemblance-avec-des-evenements-existants-ou-des-personnages-réels-serait-purement-fourtuite, la vision de Dwier.

 

   

 

 

"Bon, Visitor Q de Takashi Miike… Jusqu’ici tu es (euh Carcharoth) le seul à m’en avoir parlé, assez élogieusement, et j’ai pu voir combien il peut être apprécié…. J’ai aussi lu sur Asiaphilie qu’on le surnommait « le fou filmant » et que le film que j’ai vu de lui, Visitor Q, était son plus trash et inexplicable. Ailleurs, que sans une bonne expérience du cinéma asiatique, on avait du mal à se faire à ce cinéaste. Sur un autre site, que ce n’était pas un film à mettre entre toutes les mains, seulement pour public averti et surtout pour les fans et/ou connaisseurs de Miike. Du coup moi avec mon petit Dead Or Alive visionné dans un état de semi conscience, je me sens un peu mal barrée et hors tout… Mais bon ! Finalement je l’ai vu, et je suis peut-être immorale mais je ne l’ai pas trouvé si trash ou choquant, par contre très fortement dégénéré, quoique je pense vraiment que sa réussite vienne de cette folie. Pour décrire mon impression générale j’utiliserais bien une phrase du film, celle du père de famille en train de filmer les jeunes tortureurs de son fils dévaster l’intérieur de sa maison, tout exalté et qui s’écrie : «  mais qu’est-ce que je suis censé éprouver ? » En fait personnellement le seul passage qui m’a « psychologiquement » dérangé c’est celui de la mère battue par son fils au début du film. Tout le reste contenait trop d’humour, trop de dérision ou d’exagération pour m’être vraiment dérangeant. En plus le tout me plaisait beaucoup…Mais tout de même je me sentais partagée entre l’envie d’adorer et la petite voix qui me disait « hé, non mais tu te sens pas mal ? » Il faut dire que Miike (en même temps il parait que c’est souvent comme ça chez lui) n’y va pas de main morte : une mère toxico battue par un fils légèrement oedipien, un père qui couche avec sa jeune prostituée de fille, le même père qui se fait agresser, subit une violence sexuelle mais semble accro à la capture de ces « horreurs » sur caméra, un démolisseur fou de crânes, un quelques meurtres bien sordides, bref le bonheur. Beaucoup de transgressions, beaucoup de virtuosité aussi, pour arriver à ne pas tomber dans le graveleux ou le film exercice, là pour choquer et sans autre intérêt.

 

 

 

 

 

Dès le début, on est lancés : « avez-vous déjà couché avec votre père ? »  - merci de prévenir du contenu, j’éloigne l’écran de tout œil vertueux… Les annonces sont originales, c’est plutôt accrocheur, bon début. Donc première scène, scène d’amour entre le père et sa fille, bien faite. René Girard disait parait il que rien fondamentalement empêche l’inceste, même pas sa prétendue immoralité, si ce n’est qu’il ne jetterait les familles dans le chaos, ce que l’homme vit mal. Ici, la famille est déjà détruite donc après tout pourquoi pas. Puis introduction de tous les autres personnages…. Jusqu’à la deuxième partie du film, que j’ai vraiment adoré, parce qu’on tombe dans de la pure hilarité, une espèce de folie bien jouissive et totalement délirante. Des répliques poilantes qui jaillissent comme le lait de la mère : « découpons la en morceaux ! », «  mais tu pues ! », jusqu’à la grande et ridicule tuerie des parents sur les jeunes voyous, il n’y a que du bon. En tant qu’ignare du Takashi et de ce cinéma en général, si tout était comme ça, j’en redemanderais franchement. J’ai trouvé que le personnage de la mère est le plus fort, et celui autour duquel tout s’organise. Tout semble se renverser quand le visiteur lui fait découvrir que sa poitrine contient encore du lait maternel. Bon il était un peu tard, tout le monde est déjà largement barré à ce moment là, mais elle reprend alors en main toute sa folle famille, et on assiste à un surprenant happy ending. Tout en faisant jaillir des flots de lait maternel (scène sympa), elle s’écrie notamment « je ne suis ni différente ni pitoyable, je suis une femme ordinaire ! », phrase marquante. Quant au mystérieux visiteur lui-même c’est l’élément déclencheur, celui qui fera tout exploser. A la fin du film, le fils, baignant dans le lait de sa mère, le remercie d’être venu détruire la famille. A mon sens tout ça n’était que l’histoire, un peu barje c’est vrai, d’une famille dévastée qui cherchait à retrouver sa cohésion, chacun à sa place et tout va bien. Ici, pas de psys pour y parvenir, pas de thérapie de famille, juste une de choc, celle que leur inflige le fameux visiteur. Celui-ci remet la mère à sa place de mère, et tout le monde se range derrière elle. Ca avait simplement un prix, et ça aura demandé quelques meurtres, tentative de viol, nécrologie, adultères, incestes et coups bien sentis pour que la famille soit réunie, comme elle le souhaitait au fond. Après tout, c’est un peu comme dans la vraie vie, non ?  "

 

 

 

 

 

 

 

Dwier



Publié dans Japon

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Ballbreaker 17/08/2007 15:27

Sacré film...Je l'ai vu par hasard, après avoir entendu les pires âneries à son sujet. Pour ma part, encore un peu néophyte en "Miike" je ne connaissais que Dead or Alive 1 (les autres ne devraient plus tarder), Ichi the killer (l'incontournable à voir si tu veux pas passer pour un con) et One missed call, ainsi que "Three box". Bon, j'ai été surpris de voir jusqu'où un metteur en scène était capable d'aller dans le grotesque volontaire... Grotesque au sens noble du terme puisque tel un Tsui Hark, dans le domaine de l'action pure, en furie, Miike démonte un à un les codes du genre qu'il attaque sans retenue. Il fait de l'absurde, comme s'il savait qu'au fond, tout les spectateurs sont avant tout des voyeurs avides des pires absurdités. Il y a un côté "Je fais ce que je veux et je vous emmerde" dans ces films, ça me plait.

Quand à l'article et bien comme d'hab, c'est un plaisir à lire :D

@+

iftol 14/04/2007 12:51

oups...evidemment ce commentaire va à memories of murder...je suis pas encore reveillé moi !

iftol 14/04/2007 12:49

film excelletissime...je me souviens avoir penché pour Memories of Murder plutôt que Infernal Affairs, sorti tous deux en même temps en DVD...un pur dilemne.