Violent Virgin, oeuvre choc et étrange de Wakamatsu (1969)

Publié le par Nostalgic-du-cool

Violent Virgin, Wakamatsu, 1969.

 

 

Mille neuf cent soixante-neuf année... prolifique (bien qu'elle soit aussi érotique!) pour Wakamatsu : onze films, dont ce Violent Virgin, tourné peu de temps après Go, go second time virgin, et qui en reprend les thèmes tout en en modifiant le cadre. En effet si celui ci mettait en scène un couple de désespéré sur le toit d'un immeuble en plein cœur de la ville, l'histoire se déroule ici dans un lieu désertique, une plage peut être mais sans mer, un endroit qui n'est pas sans rappeler les décors utilisés par Teshigaharapour sa Femme des sables.




Le scénario est néanmoins assez proche, puisque dans Violent virgin un couple est capturé par un groupe de jeunes hommes et femmes. Ligotés et aveuglés, ils sont étendus sur le sol où ils sont harcelés par les jeunes gens qui attachent la femme à une croix et oblige l'homme à faire l'amour à l'une d'entre eux. Celui ci l'étrangle et s'enfuit, tandis que le reste du groupe prend les gémissement émanant de la tente pour des râles de plaisir. L'évadé court, court, mais n'arrive pas à sortir de cette zone désertique qui ressemble à une prison géante. A la tombé de la nuit il tombe sur un patron de mafia, ses deux escorts girls et ses hommes de main. Ceux ci bien que commanditaires du groupe de jeune qui l'avait enlevé l'accueillent amicalement en récompense de son courage. Il fait même l'amour avec les escorts girl, et tire au fusil à lunette sur son amie crucifiée. Le lendemain il retourne vers le campement des preneurs d'otage, discute un peu avec la femme sur la croix (qui est toujours en vie), puis viole les femmes du groupe qui se font ensuite tuer par leurs propres amis, qui eux même meurent sous les coups réunis du fusil des mafieux et de la batte de l'évadé. Puis, lorsque les mafieux se sont approchés, Xing (l'évadé) surgit de terre et les tue tous. Il brûle ensuite la croix et s'en va, sa bien aimé dans les bras. « Jouez partout » apparaît à l'écran, et c’est la fin.

 

 

Le scénario d'Izuru Deguchi est assez déluré et l'on a parfois du mal à suivre cette histoire ainsi qu'à comprendre les motivations de chacun dans ce jeu assez malsain. D'autant que Wakamatsu introduit des éléments fantasmés et oniriques dans son film, comme par exemple le fait que Xing dise avoir une queue, et que les autres finissent par le croire, le prenant à ce moment pour un démon. Pour ces scènes rêvés, le réalisateur utilise encore la technique de part color, et ce sont les seules à être en couleur, le reste du film étant filmé dans un noir et blanc travaillé et magnifique. Ces quelques épisodes colorés sont des étapes importantes dans la crescendo de violence et de luxure que montre le film, crescendo qui ne peut se terminer que par la mort et la destruction, dans une vision finale apocalyptique où l'unique survivant, nu comme un ver, s'en va vers l'inconnu.

Son [Xing] comportement est assez incompréhensible. Pourquoi, une fois évadé, tuer (et faire d'elle une figure christique, crucifié avec le coté droit en sang) la femme qui l'accompagnait puis revenir boire son sang amoureusement ? Et ensuite tuer tous les tortionnaires ? Pour abréger les souffrances de la jeune femme ? Parce qu'il était dans un moment de délire ? J'avoue ne pas savoir ni avoir d'analyse correcte à proposer...




En dehors de ces aspects érotico-sadico-violent, on voit par contre dans le film un aspect habituel du cinéma de Wakamatsu, c'est à dire le politique : Il y a entre tous les protagonistes des relations de dominations sur trois niveaux qui ne sont pas sans rappeler ce que le monde réel peut proposer : Le Boss, un mafieux détient le pouvoir de vie et de mort sur tous. Sous ses ordres, la bande de jeune détient un pouvoir important sur le couple d'otage qui lui n'a que ses bras liés pour se défendre. Mais malgré cette double domination l'homme parvient à s'enfuir et à se venger de ses tortionnaires, se libérant des contraintes qui pesaient sur lui au début. La queue qu'il prétend avoir n'est sans doute que la métaphore de sa domination, celle que le chien éprouve à l'égard de son maitre ; qui le nourrit mais peut aussi le battre et le faire piquer...

 

A mon humble avis, bien qu'il soit dans la même lignée que Va, va vierge pour la deuxième fois et Running in madness, dying in love, ce film leur est légèrement inférieur ; la faute à un scénario un peu trop étrange où la violence et le sexe on une part trop prépondérante par rapport à celle accordée à la contestation politique. Bien que l'esthétique du film, son caractère hautement provocant et son message sous-jacent fasse partie intégrante de l'évolution de la filmographie de Wakamatsu, Violent Virgin n'est sans doute pas un essentiel de ce réalisateur hors norme, hormis peut être pour les paysages et le cadre, auquel on est loin d'être habitué avec ce réalisateur.

 

Analyse politique du film par Wildgrounds

Analyse plus « mystique » et esthétique sur Pinkscreen

 

Carcharoth




Publié dans Japon

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Carcharoth 17/05/2011 13:16

Salut Martin !
Merci pour tes précisions, je n'ai pas vu la marque du tueur, et j'avoue que pour ma part je préfère le coté politique que la coté mystique de Wakamatsu même si ce film 'a beaucoup intéressé par ce coté justement un peu inhabituel chez Wakamatsu.
Pour le titre français, j'avoue que j'espère que tout le monde arrive à traduire les deux mots en anglais... Sachant que le titre en VF est présent dans 'larticle et dans les tags allociné, je ne pense pas qu'il soit nécessaire de le rajouter au titre de l'article...
Merci en tous cas pour ton commentaire !

Martin 16/05/2011 22:35

"la faute à un scénario un peu trop étrange où la violence et le sexe on une part trop prépondérante par rapport à celle accordée à la contestation politique"

La part d'étrangeté, de mysticisme, est une composante principale du scénariste Atsushi Yamatoya, la teneur politique n'a jamais fait parti de son univers (au contraire du versant politisé de Masao Adachi). Après, je pense pas que ces deux axes puissent être hiérarchisé qualitativement. A t'on reproché à Yamatoya de ne pas avoir introduit d'elements politique la Marque du tueur?

PS: le film est sorti en France, autant indiquer son titre pour aiguiller le lecteur