Trois Royaumes, fresque épique de John Woo (2008-2009)

Publié le par Carcharoth

Les Trois Royaumes (Red cliff), John Woo, 2008

 

 

 

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L'histoire chinoise regorge d'épisodes glorieux, héroïques et fondateurs. Aussi les réalisateurs peuvent-ils sans se marcher sur les pieds réaliser chacun un ou plusieurs métrages historiques, souvent blockbuster. Et quoi de mieux pour John Woo qu'un bon film historique pour revenir sur le marché chinois, qu'il avait quitté depuis 1992. Seize ans où il aura conquit le marché américain et ses films à d'actions à gros budget. Seize années où l'industrie de spectacle chinoise s'est elle aussi beaucoup développée. Lorsque le réalisateur prépare son film, il dispose du plus gros budget de tous les temps pour un film asiatique et réalisera le meilleur score au box office dans cette même région, dépassant Titanic.

 

Fort de sa double culture, il disait déjà à Charles Tesson (L'Asie à Hollywood) en 2000 vouloir retravailler en Chine. Le projet alors annoncé était celui d'un film sur les travailleurs chinois du rail américain. Finalement son film de retour sera un Wu-Xia, genre assez conventionnel et sur de remporter un beau succès, surtout avec le casting réuni. Jugez plutôt : Tony Leung, Takeshi Kanashiro, Whei Zhao, Chen Chang, Fengyi Zhang et j'en passe...

Images de synthèses, batailles monstres, sites grandioses, armées de 800 000 hommes, flottes pléthoriques, combats époustouflants, John Woo a mis tout le monde d'accord ; il a fait plus gros, plus beau, plus fort, plus nombreux que tous les autres (réunis?), a su rassembler les talents autour de lui pour livrer une fresque de 4h35 divisée en deux parties assez inéquitables je trouve (le film ne s'y prête pas, même si je comprend que distribuer un film de cette longueur soit une gageure). A voir si possible d'une traite donc. Cela passe assez bien.

 

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Re-situons un peu l'histoire. Les Trois royaumes est justement le nom d'une période de l'histoire chinoise (220-280ap.) qui survient tout de suite après celle de Han (206av.-220ap.). Après une période de trouble sous la dynastie Han, trois empires auto-proclamés se détaches et ne seront réunis qu'après de nouveaux combats. C'est donc à cette période de délitement que Woo situe son film, alors que le dernier empereur est un fantôme et que ce sont les seigneurs de guerres qui s'affrontent pour le contrôle du pays. Nord contre Sud. Et pour contrôler le Sud il faut contrôler le Yangtze et ses falaises rouges. C'est à cet endroit que Cao Cao affrontera Liu Bei et Sun Quan, alliés pour l'occasion.

 

Voilà donc très brièvement ce que raconte en plus de quatre heures Red Cliff (Trois Royaumes en France). Déclaration de guerre, premières défaites de Liu Bei, alliance avec Sun Quan, préparation de la bataille et divers épisodes de celle-ci. Autant dire que le réalisateur a le temps approfondir chacun de ses personnages, de leur donner une dimension intéressante pour le spectateur ; il a aussi le temps de bien détailler les prémices des affrontements, les tractations, les stratagèmes des deux camps, de faire apparaître l'humain dans les batailles, de montrer la différence entre une amrée se battant pour sa dignité et une autre mercenaire se battant pour l'ambition d'un homme. Et ce même si Cao Cao est loin d'être diabolisé, car le film est étrangement assez peu manichéen, il montre bien que ce seigneur de guerre cynique et impitoyable se bat aussi pour autre chose, pour une obsession, une femme qu'il n'a vu qu'une fois et qu'il sait aussi parler à ses soldats, les apprécier à leur juste valeur. Il en va de même des alliés qui savent très bien que demain ils peuvent sur un champ de bataille se retrouver face à face. Voilà donc un point positif, le film se dégage du ton héroïque qu'ont souvent les Wu Xia, où les gentils sont les gentils, et les méchants vraiment horribles. Ici on sent le pragmatisme, on voit que les stratèges ont lu Sun Tzu et son art de la guerre (puisque Machiavel naitra treize siècles plus tard) puisqu'ils y font explicitement référence. Seule manifestation -peut être involontaire ou au contraire en hommage, du style vieux wuxia, le sang rouge vif jaillissant des blessures.

 

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Que dire, que dire ? Trois Royaume est énorme, épique (même si comme je l'ai dit il ne tombe pas dans tous les poncifs du genre), les acteurs sont très bons, les combats assez réalistes sauf quand il s'agit de ceux mettant en scène les fabuleux généraux de Liu Bei et les meneurs de Sun Quan qui affrontent sans broncher des centaines de soldats à décident à eux seul du sort d'une bataille. Homère n'est pas loin, on croite voir Achille, Diomède, les deux Ajax et Hector, tandis qu'Ulysse se serait glissé dans la peau du fin stratège. Car nous ne sommes pas loin de l'Illiade, Cao Cao poursuivant lui aussi comme je l'ai dit une femme, la plus belle et distinguée de toutes. La référence est osée et place la barre très haut, j'en ai conscience, mais c'et pour mieux donner le ton et l'ampleur du film. Si Woo ne se livre pas à l'énumération des équipages de son armada à l'inverse du vieil Homère, c'est que la sienne compte deux cents milles mats. Restons en Grèce puisque nous  y sommes. L'armée des deux alliés fait un peu penser aux spartiates des Thermopyles face à celle de Darius. Elle protège un point stratégique avec un petit nombre d'homme, alors que Cao Cao dispose de 800 000 hommes en face.

John Woo est un très bon réalisateur, il filme très bien et les combats et les scènes bien plus calmes, de discussions stratégiques. Toujours en mouvement sa caméra ,e donne pas pour autant le tournis et s'il semble adorer le fondu-enchainé il sait aussi le rendre discret en l'intégrant habilement dans ses plans. La musique n'est pas fabuleuse, le générique de fin est sympa et illustre la philosophie générale du film, pour le reste ce sont surtout des effets d'ambiance qui servent le film mais qu'on écoutera pas pour eux même.

Les quatre heures des deux parties passent bien, et regarder les deux à un an d'intervalle a du être assez frustrant à ceux qui ont découvert le film ainsi, puisque à l'a fin du premier opus il ne s'est presque rien passé si ce n'est qu'une alliance s'est nouée entre les deux cibles de Cao Cao. Le second raconte la bataille de la Falaise Rouge en intégrant le point de vue des deux parties. Réflexion, action. Voilà comment se résume chacun des deux morceaux. Vus à la suite ils donnent une relative impression d'homogénéité et d'équilibre, mais lorsque commence le premier générique on est un peu désappointé.

 

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Le film dans son ensemble est à mon sens une réussite, on sait ou sont passés les millions et on apprécie le retour de Woo dans sa terre natale. Son talent ne s'est pas amoindrit aux USA et il a su s'entourer de tous ceux qui compte aujourd'hui en Chine. Son Wu xia est maitrisé, puissant, il s'en dégage un souffle assez épique tout en comportant une réflexion politique assez fine et pointue. Les quelques présences féminines apportent la touche de calme, de douceur et d'humour sans lesquelles un film serait mauvais et sont pour une bonne partie dans la qualité du film.

 

Concernant John Woo, on ne lui prête actuellement aucun projet en cours de réalisation, et la question se pose de savoir s'il va regagner Hollywood ou s'établir pour quelques temps à Hong-Kong pour y réaliser des films. L'avenir seul nous le dira, mais je gagerais sur la dernière hypothèse...

 

 

 

Carcharoth

Publié dans Chine et HK

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le loup celeste 08/01/2012 11:27

Mon avis:

Film en langue chinoise le plus cher de toute l'histoire (80 millions de dollars), cette adaptation de "L'Histoire des Trois Royaumes", un roman historique qui raconte la bataille légendaire de la
Falaise Rouge qui a eu lieu en 208 après J.-C., nous arrive en Europe et aux USA dans un montage de 2h30 alors qu'il dure 4h en Chine et qu'il est diffusé en deux films distincts. Mais pas de
panique car c'est un choix propre au cinéaste.

Portée par un casting exemplaire, cette reconstitution historique éblouissante (costumes, décors, accessoires) et intelligente (les maîtres de guerre qui utilisaient les éléments de la nature dans
leurs stratégies) au rythme trépidant alternant batailles titanesques, romance et réflexion est soulignée par une superbe B.O martiale et par une réalisation inspirée.

Intense et hautement spectaculaire, "Les 3 Royaumes" est une sublime fresque épique à posséder de toute urgence.