Le trio magnifique, une étape pas comme une autre dans la filmographie de Chang Cheh.

Publié le par Nostalgic-du-cool

Le Trio Magnifique (Bian cheng san xia / The Magnificent trio), Chang Cheh, HK, 1966.


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Le trio magnifique est officiellement le 4ème film de Chang Cheh, même s’il ne faut en retenir que deux qu’il dirigea vraiment, à savoir The Butterfly Chalice (1965) et Tiger Boy (1966). On sent encore très bien dans ce troisième film les tâtonnements du réalisateur débutant, même s’il était déjà doté d’un sens artistique aigue et qu’on peut déjà voir émerger ses futurs thèmes de prédilections et ses techniques si reconnaissables. En ce milieu des années 60, un nouveau genre apparaît en Chine sous l’impulsion de Run Run Shaw, qui l’importe directement du Japon ou il connaît un franc succès depuis une petite dizaine d’année. Il s’agit du Wu-xia-pian, inspiré du Chambara nippons qui truste les plus hautes places du box office sur l’archipel voisin et quelques prix en occident (Les sept samouraïs (1954), Yojimbo (1961), Zatoïchi (1962), …). Chang Cheh décide donc d’adapter pour la maison de production Honk-hongaise un film d’Hideo Gosha, nouveau maître du genre au Japon. « 3 samouraïs hors la loi » devient donc le trio magnifique, sans même que Chang Cheh ne prenne la peine d’engager un scénariste pour l’adapter, tant il ne change rien au script original, si ce n’est les noms des lieux et des héros, ainsi que la fin. (Je fais pour ces considérations toute confiance en Wildgrounds, qui a, lui, vu le film de Gosha (ce qui n’est pas encore mon cas) et a donc pu établir la comparaison). Ainsi, un an seulement avant son désormais classique « One-armed Swordman », Chang Cheh commençait à créer, un peu maladroitement et sans réelle inventivité (on voit d’ailleurs les progrès du réalisateurs en un an à peine en comparant ce film avec la trilogie du sabreur manchot !) les codes du Wu-xia (au même titre que King Hu et son hirondelle d’or par exemple).


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Le scénario est le suivant : Lu Fang est un chevalier qui arrive tout juste de la frontière, ou il a réussit à briser le siége que tenait les Qing face aux armées impériales. Il entre un soir dans un village, ou il surprend trois hommes en train de séquestrer une jeune fille. Alors qu’il commence à les rudoyer, ces dernier lui explique la situation : elle est la fille du juge impérial qui tient sous un joug très dur, extorquant aux pauvres paysans leurs maigres récoltes. En réaction, ils ont décidé de porter plainte auprès de l’officier impérial supérieur qui passera par le village quelques jours plus tard et de retenir la fille du juge pour que celui-ci ne les en empêche pas. Acculé, et prêt à tout pour conserver son poste, celui-ci libère ses prisonnier, en faisant des mercenaires pour q’ils libèrent la jeune femme et tuent les kidnappeurs. Mais Lu est trop fort pour eux, la plupart meurent et leur opération échoue. Dans le même temps, la juge envoie un autre brigand recruter un groupe de 8 combattants à quelques distances de la. Il apprend par ailleurs que la fille de l’un des villageois qui séquestre la sienne travaille dans une auberge en ville. Il la fait arrêter et l’amène attacher devant le moulin ou sont réfugiés les villageois. Celle-ci, préférant mourir plutôt que e voir son village mourir de faim, se jette sur l’épée d’un officier. Son père va alors pour égorger la descendance du magistrat, lorsque Lu Fang, en noble chevalier, la sauve et la rend à son père, contre la promesse d’un jugement équitable et de la remise des doléances villageoises à l’officier Wei. Il se propose même pour recevoir le châtiment des 100 coups de fouets à la place des villageois. Cependant l’officier, une fois sa fille en sécurité oublie sa promesse, emprisonne le chevalier et envoie ses troupes piller le village et tenter de récupérer la lettre. Mais le naïf Fang peut compter sur Huang Liang et maître Yan, un ancien prisonnier rentré contre son gré au service du juge et qui admire le preux Lu Fang. Ces deux hommes ne tardent pas à entrer en actions, aidant les villageois puis partant en croisade contre le juge qui a fait assassiner la femme de Yan. Il libère Fang, qui encore une fois fait confiance au juge qui jure à nouveau d’attendre sagement l’arrivée du magistrat impérial et de lui remettre lui-même les doléances. Il fait cependant empoisonné le vin, et les deux maîtres ne sont sauvés que par l’intervention de a fille du juge, reconnaissante envers Fang dont elle est amoureuse. Le combat s’engage, le magistrat arrive enfin, sauve les deux amis (Huang Liang meurt pour les sauver un peu plus tôt) et punit le juge. Chacun repart ensuite de son coté, pleurant la perte de l’être cher (que ce soit l’amie de Huang, Yan ou Fang dont l’amante se fait nonne).


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 Le contexte historique est l’ambiance de l’histoire sont donnés d’entrée par le générique, où l’on voit tout d’abord un drapeau Ming brûler et être remplacé par un étendard des Qing, puis les trois acteurs principaux surgissent au travers d’une épaisse fumée noire qui ne présage rien de bon et affrontent une troupe de soldats ennemis. L’arrière plan « fumigéneux » est très coloré, faisant penser à un crépuscule assez onirique. Chang Cheh, pour ses débuts à la Shaw (un an à peine qu’il était vraiment la) respectait donc encore les traditions qui voulaient que le générique soit soigné, chose qu’il ne fera plus systématiquement par la suite, délaissant presque cette étape à la fin de sa carrière, où en tout cas y donnant bien moins d’importance qu’un Liu Chia-Liang par exemple. La suite du film elle aussi est très soignée, dans ses plans, ses cadrages, sa photographie très bien restaurée, même si on ne sent pas encore le réalisateur très assuré. On comprend assez vite pourquoi les fans du Tigre ne considèrent pas ce film comme un classique du maître mais plutôt comme un passage obligé, un jalon dans sa route vers la trilogie du sabreur manchot, qui débute un an plus tard.


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Les séquences de combat, empruntant bien sur au chambara et aux combats de samouraïs sont bien moins efficaces si on les y compare, moins intenses et réalistes, même si les codes créés par Chang Cheh vont perdurer et faire la typicité du cinéma hongkongais : flots de sang, cris stridents des personnages blessés, combats à un deux contre cent, violence de l’image. Malgré quelques problèmes de réalisme, dont de toutes façon Chang Cheh n’a cure, les affrontements sont relativement dense, bien qu’ils soit encore en deçà de ceux que lui offrira Liu Chia-Liang lorsqu’il chorégraphiera ceux de ses films postérieurs.

 Mais l’indulgence l’emporte sur la critique, car on est presque ému d’assister à la (re)naissance d’un genre quasi-mort en Chine depuis les sagas d’avant guerre sur les grands héros du kung-fu. Ce qui est étonnant c’est la transparence d’un Jimmy Wang Yu face à Lo Lieh (maître Yan), au personnage plus complexe, torturé et intéressant que son acolyte tout de blanc vêtu et aux idéaux nobles mais extrêmement naïfs : le nombre de fois ou il se livre pied et poing lié, entraînant dans la tourmente tout le village et offrant au très pragmatique et cynique juge l’occasion e conserver son pouvoir ; est assez impressionnant. Mais il peut compter sur l’honneur et la fraternité de son ami Huang Liang, ainsi que sur Yan, à qui le comportement de Lu Fang sert d’électrochoc et l’aide à sortir de l’influence du juge. De plus, il ne faut surtout pas oublier le rôle des femmes, très important dans ce film. Elles sont les pendants de chacun des membres du trio. Lu Fang a sa princesse, Huang Liang sa villageoise et Yan la prostituée de la taverne dont il est amoureux. Chacune, à sa manière, apporte sa pierre pour la jeter sur le juge, même sa fille (« tu quoque mi filia ! ») par qui les doléances parviennent au fonctionnaire de l’empire Wei. Rare sont les films de Chang Cheh à pouvoir se targuer de posséder autant de personnages secondaire féminins ayant un tel impact sur l’intrigue. Néanmoins le thème de l’amitié (amour ?) viril que se porte les trois hommes est bien plus prégnant, puisqu’ils sont prêts à se sacrifier pour aider les autres. Les valeurs chevaleresques incarnées comme on l’a vu plus haut par Lu Fang sont elle aussi portées au premier plan, puisque ce sont elles qui mènent les trois hommes à se liguer face à la tyrannie du juge et à l’iniquité qu’il fait régner sur son territoire. Elles finissent par l’emporter malgré de nombreuses souffrances. L'idée d'une destinée (fate), d'une histoire déjà tracé revient souvent dans la bouge de Lu Fang.


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 Autres position classique de Chang Cheh : S’il film l’histoire d’un noble (secondé par un soldat et un repris de justice tout de même, les arts martiaux abolissant pour eux les barrières sociales et installant bien plus qu’un respect mutuel), il ne se place pas moins dans le camps des pauvres, des miséreux et de la population civile, spoliée par une administration corrompue et opulente, qui ne cherche que son intérêt propre, quitte à s’allier à tous les bandits de la région, à les payer grassement pour ne pas avoir à subir les revendication pourtant légitimes des populations. Comme tout bon Wu-xia, et comme je l’ai déjà signalé, l’histoire finit bien (ce qui n’était pas le cas de l’œuvre originale de Gosha, plus nihiliste et misanthrope), sur une petite morale, ce qui gâche un peu le ton général du film mais qui somme toute était assez normal dans le contexte de l’époque.


 Malgré des combats un peu lents, un scénario pas assez novateur et une qualité générale en deçà de l’œuvre originale, ce film recèle déjà en lui toutes les qualités ou du moins les recettes que Chang Cheh emploiera dans ses classiques. Le film, pas indispensable, est cependant une curiosité, une étape historique dans l’histoire du film hongkongais qui voit renaître de ses cendres un genre moribond, et ce sous l’influence de la vague des chambara japonais.

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Les fiches Imdb et Hkmdb.

L’article de Wildgrounds.


 Carcharoth.



Publié dans Chine et HK

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Carcharoth 05/05/2008 00:08

20 euro ? ahhaah. Je crois qu'ils vont attendre longtemps le fruit de ma force de travail !

Carcharoth 04/05/2008 19:53

Le problème c'est qu'il est introuvable à part sur le coffret de 4 ou 5 films à 50 euros de HKvidéos... même en anglais ou sur le net. Tu l'as vu comment toi ? Je suppose que tu as la plupart des films de Gosha en DVD, mais si par hasard, tu l'avais dans une autre édition, il faudrai qu'on convienne d'un moyen de communication éhhé.
Et Oui Cheh a fait bien mieux puis pire... une courbe qui va très haut et descend assez bas !

Michael 04/05/2008 19:41

Je conseille de loin l'original de Gosha, qui devrait s'imposer comme une superbe redécouverte de cette histoire de paysans opprimés aidés par d'honorables guerriers. Ayant fait l'inverse, le Gosha puis le Cheh, j'ai trouvé cette version HK longue et sans surprise. Chang Cheh a fait mieux par la suite (et pire aussi, mais plus tard quoi).

;)