Tetsuo, Shinya Tsukamoto, 1989

Publié le par Nostalgic-du-cool

#10 Tetsuo – the Iron Man (1989), Shinya Tsukamoto


(Pour l'occasion je revisite un vieil article, trop court et peu documenté qui ne me satisfaisait pas pour ouvrir ce Wildground's Tribute!)



 "Quand un film est réalisé entre la vie et la mort, il atteint son paroxysme et ne peut être que violent, et finir dans les larmes et le sang" 

Tsukamoto, entretien avec J.-P. Dionnet


Tetsuo est un mot composé des kanji (caractères) signifiants Fer et Homme (merci à Martin et RKM pour les corrections / précisions !) 






Tetsuo, le premier long métrage de Tsukamoto raconte l'histoire d'une homme, renversé par une voiture qui acquiert suite à ce terrible accident la capacité de contrôler le métal, et ce alors que son corps se transforme petit à petit en machine. Il décide de se venger en faisant subir le même sort à son agresseur, dont la maitresse assiste horrifiée à sa métamorphose.


On le voit, le film est Shinya Tsukamoto n'est pas une œuvre bucolique et contemplative, mais plutôt un métrage horrifique et monstrueux. S'il est connu aujourd'hui c'est que l'unique copie qui circulait hors du Japon a remporté le festival de Rome, devant les yeux hallucinés de Jodorowski, alors même que le film n'était pas traduit. Cela montre bien à quel point Tetsuo prend aux tripes. Les dialogues y sont réduits au minimum, la réflexion est aussi quasi nulle de la part du réalisateur qui avoue sans problème ne pas s'être embarrassé à théoriser ce qu'il voulait montrer à ses éventuels spectateurs. Tsukamoto réalise en effet deux fois le même film dans l'année 1987. La première version, Denchu Kozo est un moyen métrage dont l'histoire est une copie conforme de celle que l'on peux suivre dans Tetsuo. Avec la même équipe très réduite il entreprend de tourner ce dernier qu'il n'achèvera finalement que deux ans plus tard, au bord du découragement et seul. Film indépendant s'il en est, Tetsuo est produit avec des moyens plus que réduits (Tsukamoto travaille alors dans la pub), les acteurs sont amateurs (et jouent dans la troupe de théâtre du réalisateur) et les effets spéciaux sont réalisés images par images !




Tetsuo est donc l'inverse d'un blockbuster, et pourtant ce film a influencé une quantité de réalisateur très connus. Car si Tsukamoto dit s'être inspiré de Blade Runner et de Videodrome (ainsi que du manga d'Otomo « Akira »), ce ne sont pas moins qu'Aronofsky, Tarantino et les frères Wachowski qui considèrent Tetsuo comme un film culte. Gibson, l'écrivain cyber-punk le juge comme le seul film proche de sa mouvance. Il faut aussi, du coté des influences noter Sogo Ishii, réalisateur du début des années 80. Mais si les critiques rattachent Tetsuo au mouvement cyberpunk, Tsukamoto rappelle les origines du film remontent à une époque où le mot même de cyberpunk n'existait pas. Et puis si les écrivains et cinéastes de ce mouvement décrivent comme lui un monde métallique, un peu monstrueux et post-apocalyptique, le réalisateur nippon s'en démarque en considérant ces éléments comme plutôt positifs, comme faisant revivre l'homme par dessus tout. Loin de décrier la ville et ses industries il voit dans les évolutions possibles un regain de vie pour l'homme. Car Tsukamoto pense que pour apprécier la vie il faut avoir goûté la mort, que pour prendre du plaisir il faut aussi savoir souffrir et ne pas chercher -comme il le reproche au Japon contemporain- à se voiler la face, à cacher mort et souffrance.


Dans Tetsuo reprennent place les thèmes fétiches de Tsukamoto, déjà évoqués dans Phantom of a regular size et Denchu Kozo, à savoir l'hybridation homme-machine, la douleur, la mort, la ville et aussi le sexe et plus généralement le corps humain. Il ne faut en effet pas oublier ces deux aspects du film, où la sexualité tient une place importante dans l'évolution et la transformation du héros. Ces thèmes seront d'ailleurs au cœurs de deux films plus tardifs du réalisateur, A snake of June et Vital. Il ne faut pas oublier non plus que Tsukamoto, avant même de citer Cronenberg et Ridley Scott parlait pour ses inspirateurs de photos de nus en noir et blanc et de dessins de corps humain.




Ainsi Tetsuo – the Iron Man est un film plein de sueur, de sang, de métal, de coup de feu, de mutations perverses et d'ébats étranges entre une femme et un homme en pleine hybridation ; c'est un film né des envies et des rêves de Tsukamoto, un film sans véritable but que de donner à ceux qui le regarde une terrible sensation de malaise suivit d'un bien être relatif ensuite. Le choc des images, le montage hyper nerveux et saccadé, les effets spéciaux cheap mais géniaux d'inventivité donne au film un aspect encore très rarement vu. La musique de Chu Ishikawa est elle plutôt du genre jamais entendue. Cet artiste a composé la bande originale de Tetsuo avec un groupe de percussionnistes jouant quasi exclusivement sur des instruments métallique de leur fabrication en pièces de récupération. Cela colle évidemment à merveille avec le thème central du film, et le rythme donne aux images brutes et violentes de Tsukamoto une puissance encore plus phénoménale. Il s'agit de plus de la première collaboration d'un duo qui fonctionne toujours à l'heure actuelle.


Tetsuo est donc une film fou, délirant, qui se ressent plus qu'il ne se comprend tant il n'est qu'une régurgitation magistrale de tout ce qu'a condensé le réalisateur en terme de noir et blanc foutraque, d'effets spéciaux hallucinants, d'érotisme cru et de métamorphose métallique. Mais il peut -et doit- aussi être vu a posteriori comme une clé de lecture des œuvres postérieures de Tsukamoto, de Gemini à Vital en passant par A snake of June ou Nightmare détective. Car dans Tetsuo on peut déjà voir le germe de chacune de ces œuvres. Dans tous les cas le film reste une expérience à vivre au moins une fois !

 

 Carcharoth



L'article original sur le blog (un des premiers !)





Publié dans Japon

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Carcharoth 21/06/2011 14:10

Voila qui est corrigé, merci à vous !

RKM 20/06/2011 20:52

+1 avec Martin

Carcharoth 19/06/2011 18:56

C'est bien possible je ne lis pas les kanjis, je ne fais que répéter ce que je lis ça et la à propos du titre et de son origine !

Martin 19/06/2011 18:27

"Tetsuo se traduit en japonais par canon, tandis que Hô signifie feu."

si je dis pas de bétises; le titre reprend les kanji : Fer + Homme