Le sabre de la bête (Sword of the Beast), pépite du chambara par Hideo Gosha. I'll see you back in hell !

Publié le par Nostalgic-du-cool

Le sabre de la bête (Sword of beast / Kedamono no ken), Hideo Gosha, Japon, 1965.


  Ah ! Que ça fait plaisir de relancer un peu le blog, de revenir aux bonnes vieilles valeurs, de se jeter dans un film dont on sait par avance qu'il sera génial. Un Hideo Gosha, rendez vous compte ! Un des rois du chambara, genrede premier ordre dans les années 60-70 où il tenait la dragée haute à tous les autres réunis, pour le plus grand plaisir des contemporains et du notre aujourd'hui ! Je dis roi du chambara, je devrais peut être dire un sire noir, ou un fou du roi, car loin des canons du genre, il développe un style bien à lui, et surtout une vision du monde des samouraï très spéciale et décalée. J'ai lu en passant l'article du clan Takeda et la phrase d'accroche m'a un peu géné: "Littéralement "le sabre de la bête", « Kedamono no Ken » est un film superbe et absolument jubilatoire, dans la plus pure tradition chambara." (Je met en italique). "Plus pure tradition" ? Non, au contraire, il s'y oppose et s'éloigne de l'académisme du genre. Par la suite évidemment l'auteur montre qu'il a tout compris au film, mais alors pourquoi commencer par cette phrase bateau ? Enfin bref, pas besoin d'épiloguer, l'article est très bon, et c'est bienla son seul défaut, il commence mal. Il y a aussi l' article d'Eigagogo, qui lui boude un peu son plaisir un voulant replacer ce film dans la maturation de Gosha, et qui le voit donc comme une simple étape. Voila pour le point articlographique, pour ceux que ça intéresserait de croiser les points de vue.
  Dans la filmographie du réalisateur Hideo Gosha ce film est le plus ancien que j'ai vu, puisque Three outlaw samurai, son premier, ne se trouve pas (plus !). J'avais déja parléde Goyokin, que je considère comme son cehf d'oeuvre (et je ne suis pas le seul), et des deux "Kiba le loup enragé", puis d'Hitokiri (Tenchu !), son film culte. Celui ci se rapproche bien plus, chronologiquement et stylistiquement des Kiba, ne serait ce que parce qu'ils sont tous trois en noir et blanc. Entre 1964 et 1969, Gosha tourne 8 films, à raisonde un puis deux par année, tous sur le même thème, les samourais à la fin de l'ère Tokugawa - début Meiji (en gros 1850-1875), tous très bons (pour ce que j'en ai vu, la moitié, et de ce que j'en ai entendu) et qui donnèrent au genre une nouvelle dimension, et lui offrire quelques années de sursis auprès d'un public qui commencait à se lasser.
  Gosha fait d'ailleurs sans doute parti de ses amateurs de cinéma qui ont été nourris aux films de sabre durant leur enfance-formation (il est né en 1929 et avait donc 36 ans lors de la sortie de ce film) et qui en ont eu marre de toujours voir la même chose. C'est donc bien naturel qu'il apporte un souffle nouveau et une vision novatrice à ce genre, auquel par la suite il ne s'est pas cantonné, dévoilant d'autres talents.

  L'histoire du film est assez simple, un pauvre serviteur tue le chancelier de son clan pour permettre l'accession à sa tête d'un homme qui se dit réformateur, comme lui. Hors le traitre se révèle être juste un opportuniste qui a profité de sa candeur. Le pauvre serviteur, Gennosuke se voit donc obligé de fuir continuellement la fille de l'ancien chancelier et son fiancé, qui ont jurés de le venger, en vertu des règles du bushido. Accompagnés d'un maître d'arme et d'une petite escorte, les vengeurs traquent sans relache le rônin, qui échappe plusieurs fois de justesse à leurs guet-apent. Il fait la connaissance dans un village d'un petit bandit qui cherche à gagner une montagne pleine de gisements aurifères qui excite de nombreuses convoitises. Il s'adjoint donc habilement les services du bretteur qui voit la une double occasion; fuir ses poursuivants et se faire de l'argent pour payer sa future vie dans l'ombre... Arrivée au couer de la montagne, il rencontre un couple, lui aussi caché pour extraire de l'or pour sauver son clan, et qui tue tout ceux qui le croise... Le théatre est parfait pour le final, puisque vient s'ajouter à cette situation déjà tendue une groupe de bandits qui veulent voler l'or du couple. Les vengeurs arrivent, les bandits sont en embuscade, le clan du couple vient récupérer son or et remercier ses valeureux membres, Gennosuke essaie de ne pas devenir une bête sans coeur... Les affrontements sont inévitables.

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  Pour illustrer son propos révolutionnaire dans le chambara, Hideo Gosha se sert d'archétypes, d'exemples flagrants. Yamane (l'homme du couple de la montagne) est ainsi le pzrfait serviteur de son clan, qui le fait passer avant tout, même avant sa femme, il est l'individu qui se sacrifie pour le groupe auquel il appartient, qui réprime tout sentiment et toute humanité pour mieux le servir. Il le dit à un moment à sa femme, qui cherche auprès de lui un peu de réconfort "Pendant notre mission je ne m'occupe plus d'aucune affaire humaine". Et alors qu'elle lui répond timidement qu'elle à besoin d'un peu d'affection et de motivation, il lui rétorque "Servir ton clan n'est il pas une assez grande motivation ?". Il ira même jusqu'à accepter de la sacrifier plutot que de donner son or aux bandits, qui sont héberlués de voir un homme si avare. Pourtant il aime sa femme, mais son clan occupe le devant la scène et est sa priorité absolu, son devoir ultime. Gennosuke est quand à lui un ancien naïf devenu cynique, un samourai qui a perdu son rang pour avoir trop fait confiance à son camps. Son expérience servira à Yamane et Taka, qui eux aussi sont trahis par leur clan qu'ils ont pourtant servit fidèlement. Gennosuke est le personnage central, qui rattache l'histoire à un contexte historique donné, assez faible dans ce film. il s'agit de l'époque ou le japon se divise entre réformateurs et traditionnalistes. Au milieu se glisse des opportunistes, comme l'homme qui demande à Gennosuke de tuer son chambellan, ou Daizaburo, le fiancé de Misa, la fille du chambellan qui souhaite obtenir la dot de sa future. A l'aide de ces quelques portraits, et en ne citant qu'un seul évènement phare (l'arrivée de Perry et de son armada), Hideo Gosha parvient à cerner l'époque, à rendre compte des troubles qui la parcoure et des différents types d'homme qu'on pouvait y croiser. Contrairement à beaucoup d'autres chambara il ne s'intéresse pas qu'à la caste des samouraïs et des seigneurs. Même si c'est elle qui occupe le devant de la scène (samourais comprend rônin), le bas peuple est intégré à l'histoire et l'on voit les changements de l'ère Meiji se profiler pour eux, prendre déjà forme au travers des bandits ou petirs malfrats que l'on croise. Ils sentent le vent tourner et veulent s'en sortir, s'enrichir, ne pas pourrir dans leur trou à servir des seigneurs qui n'en sont plus vraiment.
  Misa quand à elle est la personnification des valeurs du samouraï. Petit clin d'oeil et pique de Gosha, c'est une femme ! Mais c'est elle qui paradoxalement pour ce monde patriarcal, représente le mieux le respect du bushido, elle aussi qui montre à la fin le plus de compréhension et le plus bel espoir de changement.

  Loin de tous les lieux communs, Gosha dévoile donc un monde sclérosé, une caste repliée sur elle même qui se décompose de l'intérieur, consciente de ses faiblesses et de sa fin prochaine, mais qui ne veut pas s'ouvrir et se renouveller. Même si l'on see situe dans une aristocratie plutot provinciale, le schéma est le même qu'a Kyoto, de jeunes loups idéalistes ou opportunistes servent les desseins de chefs de clan ambitieux et qui n'ont de rapport avec le code d'honneur de leur rang que l'apparence. Ceux qui illustre cet état de fait sont les deux chefs de clan que l'on rencontre dans le film, l'un au tout début et l'autre à la fin: tout deux exploitent le sens de l'honneur véritable de leurs serviteur pour arriver à leurs fin, puis les éliminent lachement. J'intègre ici une citation imdb du film. Elle se situe au moment ou Gennosuke va tuer le ministre du clan de Yamane qui vient de mourir, trahi par les siens:
"Minister: Wait! We're not connected at all. Why kill me?
Yuuki Gennosuke: No, we *are* connected because I'll see you in hell. "
  Hideo Gosha détruit ainsi l'image de grands chefs valeureux et vertueux. Il ne voit la vertue qu'en quelques serviteurs qui inévitablement se font avoir. Et encore décrit il cette vertue comme vieillotte, inadaptée au monde et sans lendemain, héritage d'une société du passé. Le constat est noir, pessimiste, cynique, il ne frole pas encore le nihilisme qui transpirera de certains de ses films postérieurs. Le film se clôt même sur une note d'espoir, c'est vous dire ! Une note d'espoir et de nombreux cadavres, les cadavres du passé. Mais Gennosuke, Misa et son fiancé eux aussi sont des cadavres, sur pate, encore vivants mais déjà mort pour le monde, eux aussi appartenant au passé.


  Il n'en faut pas beaucoup plus pour décrire ce film et j'espère, vous donner l'envie de le voir, même s'il est difficile d'accès. C'est une petite perle, qui a mon sens mérite mieux que de n'être vu que comme une étape mineure dans l'accomplissement de cet immense réalisateur qu'est Hideo Gosha. Pour citer Wildgrounds, cette période durant laquelle il s'attaque au chamabara est centrale pour lui, d'une importance capitale et tous ses films d'une grande qualité. Les acteurs sont peut être dans leur ensemble un peu moins connus que ceux qui tourneront plus tard avec le réalisateur devenu célèbre, mais ils sont très bon, et même si le protagoniste n'a ni les yeux furieux ni le jeux frénétique d'un Tatsuya Nakadai, il fait mieux que tenir son rôle ! Pour les amoureux du genre, et les curieux ! Comme tous les bons films de genre, il le transcende et le dépasse, semble ne traiter qu'un aspect de la société mais la décrit en fait dans son entier. Superbe !



Fiche Imdb de sword of beast.

Carcharoth

Publié dans Japon

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