Le Royaume des Chats, le Studio Ghibli la fabrique des génies !

Publié le par Nostalgic-du-cool

cycle 
 
 cinema japonais



                       Comme vous devez le savoir ce mois est consacré au cinéma japonais. Je me lance alors dans une profonde introspection et en arrive à cette question quasi existencielle : mais avec quoi rime le nom Japon? Avec animation bien sûr ! La blague est nulle je le concède mais c'est vrai que pour moi le dessin animé c'est essentiellement le Japon. Déjà tout petit j'ai été bercé par les dessins animés de Akira Toriyama avec Dragon Ball, Dragon Ball Z, Docteur Slump... Ensuite je pense que c'est eux qui ont inventé le film d'animation pour adulte lui donnant véritablement ces lettres de noblesse avec des réalisateurs comme Mamoru Oshii et son philosophique Ghost in the Shell, ou Satoshi Kon ( avec le dérangeant Perfect Blue et le dérangé Paprika) ou encore Katsuhiro Otomo (qui nous a offert Akira et Métropolis ). Mais il y a encore mieux il y a ceux qui sont à la jonction entre l'enfant et l'adulte, les merveilleux fabriquants de rêve du Studio Ghibli qui n'ont eu de cesse, les scélérats, de m'emerveiller à chaque fois ! J'ai toujours été en extase devant les réalisations de Hayao Miyazaki, Isao Takahata peut se targuer d'être le seul réalisateur qui a réussit à me faire pleurer devant l'un de ses dessins animés (certes je pleurais à 7 ans devant le Roi Lion mais quand j'ai vu le Tombeau des Lucioles j'en avais 18...), ensuite j'ai été très agréablement surpris par le talent du fils Goro Miyazaki. Desormais à la limite de l'ecoeurement devant tant de talents je dois encore saluer l'élève de Miyazaki père le très bon Hiroyuki Morita.



       Le Royaume des Chats est la première réalisation de cet assez jeune réalisateur né en 1964 qui nous démontre que les deux grands maitres des studios Ghibli ont su passer le flambeau a une plus jeune génération. Mais ici pas de clash entre les jeunes (Goro Miyazaki, Hiroyuki Morita tous deux la quarantaine) et les vieux ( Miyazaki, Isao Takahata) mais une véritable continuité entre influence, cela se retrouve dans le dessin les couleurs, et indépendance avec des thèmes nouveaux. Donc avant de se lancer avec ce film on peut dire que ce dessinateur a fait ses preuves en travaillant pour Miyazaki sur Kiki La Petite Sorcière et surtout avec Takahata sur Mes voisins les Yamada où il va se voir confier diverses animations clés, enfin il a collaboré avec Satoshi Kon sur Perfect Blue. Bref s'il existait des CV réalisateurs le sien serait sans faille et c'est donc assez logiquement que Miyazaki va confier le projet à cet habitué du Studio tout en le supervisant. Il y a vraiment une relation élève senseï (maître) digne des films de kung-fu. Le Royaume des Chats sort en France en 2003 et connait un joli accueil, il faut dire que quand on est estampillé Studio Ghibli on attire l'attention mais on va voir que l'élève ne va pas du tout déshonorer son illustre maitre bien au contraire.



                    Donc ce film d'animation s'il est tiré d'une idée de Miyazaki qui souhaitant encore lancer un film d'aventure avec une jeune fille (on est derrière l'immense succès du sublime Voyage de Chihiro) a l'idée d'adapter la BD Si Tu tends L'oreille autour du thème de la dette qui renvoit evidément à l'idée de parole, d'honneur et non à des considérations fiscales. Mais le jeune réalisateur va tout de même s'affranchir de la patte du maitre déjà au niveau des dessins, il y a certaines différences, on distingue deux styles (voir ci dessous) à la différence du film de Goro, les Contes de Terremer, ou le dessin etait quasi identique. Toutefois évidement il y a des similitudes surtout dans les couleurs toujours aussi variées ou les décors toujours aussi riches. Ensuite au niveau de l'histoire certes c'est l'héroïne classique des films du maitre : jeune fille timide, plutôt mal dans sa peau qui va s'épanouir grâce à ses aventures. Mais le monde de Hiroyuki Morita n'est pas marqué par la mythologie asiatique et japonaise. Le ton est plus léger, il n'y a pas cette gravité particulière et diffuse qu'on trouve toujours chez Miyazaki, toutefois on retrouve la poésie et l'humour du maître. Ici le film est centré sur son héroïne et sur son voyage extraordinaire. Le style ressemble plus à un conte occidental avec sa dose de féerique avec des rois, des sortilèges, des pièges, du romantisme et j'ai trouvé tout cela extremement dépaysant et agréable on dirait du Charles Perrault revu par un japonais. Donc ce film est la révélation d'un nouveau réalisateur et non une simple réplique du style du patron des studios. C'est beau, c'est plein d'humanité, de poésie, ça fait réflechir, ici sur l'enfance et l'adolescence, c'est du rêve c'est bien un film Studio Ghibli !


Le dessin de Hiroyuki Morita

Le style Miyazaki

                      Mais pardon je m'emballe et je me rends compte que je n'ai toujours pas évoqué le film , c'est l'effet Studio Ghibli cela me rend trop expansif. Donc l'histoire est assez typique du film d'apprentissage. On suit le quotidien de Haru une collègienne au caractère joyeux, mais assez timide, paresseuse elle arrive toujours en retard, puis peu sûre d'elle, aimant en secret le beau gosse de service, bref le héros typique dans le dessin animé japonais.Un jour elle sauve un chat d'un accident de la circulation, rien d'extraordinaire mais le matou va se réveler et dans une profonde révérence il affirme avoir une dette envers elle. Il faut dire qu'Haru n'a pas sauvé n'importe qui mais le Prince du Royaume des Chats et cela va avoir des conséquences inattendues. En effet le soir même, en grande pompe, avec cortège et gardes du corps, le Roi des chats en personne vient lui rendre hommage l'invitant dans son Royaume. Ensuite il la couvre de cadeaux étranges, son jardin se retrouve rempli d'herbe à chat, du poisson est déposé dans son casier. Si c'est plaisant pour un chat c'est assez génant pour la jeune fille qui au début honorée de la demande devient sceptique devant les étranges agissements des sujets de ce roi. Rapidement l'invitation impossible à refuser semble tourner à une véritable convocation, les remerciements sont trop pressants la jeune fille ne sait plus comment se dépétrer de ce roi bien loufoque. Heureusement elle entend parler du Ministère des chats chargé des relations diplomatiques avec ce royaume étrange car elle a mis les pieds dans un sacré engrenage. La bas elle va rencontrer Mouta un gros matou taciturne, Toto un corbeau bavard et surtout le très élégant Baron un chat poli et raffiné qui va la fasciner. Ces nouveaux alliés s'engagent à l'aider cependant les serviteurs du roi l'enlève vers ce mystérieux Royaume.



                      Haru va alors découvrir un Royaume tout à fait à part pas si féerique que ça et ce roi loufoque s'avère vite plus despotique que sympathique, l'invitation se dévoile être un mariage arrangé entre la jeune fille et le prince. Le film tord ici le cou à la réprésentation classique du royaume enchanteur, ce royaume idéalisé n'est qu'une façade, une vaste farce orchestrée pour le bon plaisir du roi, un faux royaume des rêves où chacun doit se plier à sa volonté. Rarement des remerciements auront été aussi pernicieux car forcée de se marier Haru commence aussi à se transformer en chat et découvre impuissante la Cour pervertie par le pouvoir de ce roi de pacotille. C'est le pied de nez du film : ce Royaume des Chats que l'on imaginait merveilleux n'est en réalité qu'une bouffonerie grotesque au service d'un roi déjanté et égoïste. On est loin du conte idéalisé de la princesse mais heureusement notre héroïne n'est pas seule et elle peut compter sur Mouta et Baron qui vont venir la délivrer et l'aider à s'enfuir offrant ainsi un déluge de péripéties fracassantes et fantastiques.

                       L'histoire est assez basique, ce n'est pas aussi riche qu'un Miyazaki, d'ailleurs le film est court à peine 1h15 mais le dépaysement est total, car je l'affirme, si l'on sent que ce film vient du Studio Ghibli, il ne ressemble pas aux films du maître, il ne faut pas trop pousser la comparaison et accepter de voir deux univers distincts avec leurs poésies. J'ai pour ma part été totalement happé par ce film et son monde féerique. C'est avec délectation qu'on suit ce voyage initiatique de la jeune fille qui va à travers lui acquérir une certaine sagesse. Pas de dramatisation, pas de considérations métaphysiques, juste de la poésie, du rêve. Un film qui nous fait retrouver notre âme d'enfant, j'ai eu la sensation de retrouver une part de l'emerveillement enfantin que l'on éprouvait devant les contes de notre jeunesse. Le film est extremement bien fait c'est d'une beauté éblouissante, la musique est belle, les personnages sont hauts en couleur et le dosage entre action, féerie, romantisme relève de la plus savante alchimie. Je félicite le réalisateur pour ce talent rare de récréer ce sentiment jubilatoire puisque finalement qu'est ce qu'un adulte si ce n'est un enfant gonflé d'âge comme disait Simone de Beauvoir. Alors j'assume totalement l'emerveillement innocent que l'on éprouve devant ce dessin animé et si dans son film Hiroyuki Morita donne à ses personnnages le pouvoir de se transformer en chat dans la réalité il a le pouvoir de nous transformer en enfant et j'espère qu'il conservera ce don précieux.



                     Je crois que je ne peux que conseiller ce film qui, s'il n'atteint pas la profondeur d'un Voyage de Chihiro, garantie néanmoins un beau dépaysement avec un aspect résolument optimiste qui provoque une tenace bonne humeur, risquant d'aller jusqu'au sourire béat. Heureusement la précieuse forteresse Ghibli reste debout face à toutes les vagues de sinistrose ! Finalement en un mot l'affiche résume tout ce que j'ai essayé confusément de dire : Rêvez ! Bien sûr après on pourra toujours critiquer, dire que c'est trop pour les enfants que cette féerie, cette poésie est sans adéquation avec le monde réel. L'argument est efficace et semble difficile à contrer, et à tous ceux qui s'apprêtent à refuser cet emerveillement pour ce genre de considération je me contenterais de mettre cette belle phrase de Prévert : "Il y a des adultes qui jamais n'ont été des enfants" et ce film pourrait faire un merveilleux antidote à cette triste maladie.

Nostalgic Du Cool





Publié dans Films d'animation

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Platinoch 06/07/2011 13:40

Découvert hier soir en dvd, je suis juste tombé sous le charme de ce très joli D-A, conte initiatique merveilleux doublée d'une gentille fable écolo. En plus, moi qui adore les chats, j'ai été servi;)

kelly 23/10/2009 01:30

merveilleux commentaire ,riche et complet ! film passionnant léger et délicat , à voir ^^