Peppermint Candy, la critique d'Ichimonji.

Publié le par Nostalgic-du-cool

« Peppermint Candy » de Lee Chang-Dong : « La vie est belle » ou le bonbon dur à digérer :

Swift Distribution

 

 

 « Peppermint Candy » est le second film de Lee Chang-Dong réunissant Sol Kyng-Gu (incarnant ici le personnage principal Kim Yongho) et Moon So-Ri (ici Yun Sunim). Ce film est sorti à la date symbolique du 1er Janvier 2000 à 00h00 et est l'oeuvre la plus violente, la plus marquante, la plus extrême et la plus obsédante de son auteur.

 

 Ce film retrace l'histoire de Kim Yongho, dont la vie nous est narrée à rebours, du moment où celui se suicide en se jetant sous un train au printemps 1999, jusqu'en 1979 où celui-ci engagea une idylle amoureuse près de ce même chemin de fer. A travers le récit de la vie de son personnage principal, « Peppermint Candy » retrace toute l'Histoire récente de la Corée du Sud, de la dictature de Park Chung-Hee, en passant par le massacre des étudiants à Kwangju, jusqu'au passage à la démocratie et l'arrivée de la crise économique à la fin des années 1990. Ainsi, Lee Chang-Dong s'explique à propos du film en disant que, alors que le XXI siècle arrivait et que tout le monde était tourné vers l'avenir, il a voulu offrir à la Corée une oeuvre qui rappelle à son peuple d'où il vient, afin de ne pas oublier ce qu'il en a coûté à certains et à désirer faire le point sur le passé de son pays, pour mieux affronter l'avenir qui s'offrait.


 

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 Ainsi, le film revient, avec une certaine crudité et un regard très dur, sur une page sombre de la Corée, et sur les évènements tabous de son passé, sans désir de polémique, de manière la plus simple possible, sans dramatisation ni effets démonstratifs qui auraient pu alourdir de façon intempestive une oeuvre déjà très chargée (tant émotionnellement que sur son fond), intense et douloureuse.

 

 Mais « Peppermint Candy » est aussi, et avant tout, un drame humain, le drame d'une vie, celle de Yongho (incarné par un Sol Kyung-Gu absolument prodigieux et terrifiant) dont la vie s'est résumée à une interminable défaite, une descente aux enfers terrible et violente, une déchéance incessante marquée par les évènements successifs de l'Histoire de la Corée, une victime des temps modernes qui ne pourra échapper à son destin, inévitable (cf. la récurrence dans chaque bloc de temps, d'un plan de chemin de fer, ou d'un train qui passe : sa vie est « posée sur des rails » et il est d'hors et déjà condamné). En effet, l'existence de Yongho n'est qu'une lente dérive vers une inhumanité croissante, une violence constante et omniprésente, un homme qui sera broyé et perverti par la vie, la société et l'histoire et qui, au final, n'aura plus d'espoir et ne croira plus en la vie, où le bonheur est inaccessible et disparu à jamais (à savoir ici la femme qu'il a toujours aimée Yun Sunim), et où l'horreur est omniprésente (cf. ce plan symbolique au début du film, où l'on voit Yongho, allongé par terre sous un pont de chemin de fer. C'est la représentation pure et simple d'un homme détruit par la société).


 

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 « Peppermint Candy » signifie « bonbon à la menthe ». Ce titre fait référence à Yun Sunim, qui travaille dans une usine où elle en emballe chaque jour, et qui en offre un à Yongho, en 1979, alors que ceux-ci viennent de se rencontrer et de tomber amoureux l'un de l'autre. Ces bonbons sont la représentation symbolique de la pureté originelle et de l'innocence de Yongho, qu'il ne cessera d'essayer de retrouver, et de Sunim, femme pure et être bon. Car en effet, Yongho était avant tout un homme bon, un homme qui, au départ, croyait en la vie, en sa beauté, et avait de l'espoir et des rêves. Yongho n'était pas fait pour la violence et n'étais pas né mauvais. C'est d'ailleurs ce que nous montre Lee Chang-Dong avec force par le biais de sa narration originale à rebours (qui ne sert nullement de simple procédé) et qui montre « la façon dont il s'écorche à la vie » (en reprenant les très beaux mots de Bertrand Tavernier au sujet du film).

Ainsi, l'un des grands points forts de ce film, est que Lee Chang-Dong a su trouver un équilibre entre la petite histoire d'un destin individuel, et la grande Histoire,  l'une n'éclipsant jamais l'autre, mais au contraire l'une éclairant continuellement l'autre. Donc, à travers le destin de Yong-Ho, le spectateur prend connaissance et prend conscience de toute l'histoire contemporaine coréenne avec une simplicité exemplaire (contrairement à « La pègre » du grand Im Kwon-Taek dont la narration complexe et la structure faite de nombreuses ellipses rendent parfois difficile la lisibilité des évènenements pour un spectateur totalement étranger à l'histoire coréenne...) et une efficacité renversante.


 

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 Coté mise en scène, Lee Chang-Dong a choisi la simplicité et l'élégance d'une mise en scène sobre et minimaliste où la caméra est souvent fixe (sauf à deux moments où elle est caméra à l'épaule) et décrit de petits mouvements discrets. Surtout, c'est la façon dont celle-ci interagit avec l'action qui est intéressante. En effet, la caméra est ici avant tout spectatrice de l'action qui se déroule (contrairement au dynamisme de la caméra dans « Oasis ») et ne peut agir sur celle-ci, renforçant ainsi l'idée de destin, de fatalité de la vie de Yongho sur laquelle rien ni personne ne peut avoir de prise.  

 

 Cependant ce film est d'une violence extrême et constante de bout en bout, et a un impact émotionnel énorme sur le spectateur et est assez lourd émotionnellement, ce qui peut éventuellement gêner les plus sensibles et c'est sans doute, le seul point qui peut véritablement déplaire dans « Peppermint Candy ». Cependant, et je tiens à le souligner, le film dégage aussi (paradoxalement) une vraie poésie dans certaines scènes touchantes et belles où se dégage toute la sensibilité de son auteur (que l'on aura l'occasion d'admirer également dans ses films suivants).

 

 Le film s'accompagne également d'une réflexion métaphysique sur la vie, l'homme et sa condition, qui complète une oeuvre déjà très riche et puissante.

 

 En définitive, « Peppermint Candy » est véritablement un chef d'oeuvre brut, une oeuvre incroyable, profonde et touchante, maîtrisée sur tous les points et de bout en bout, qui vie en nous et, certes, malheureusement, profondément pessimiste. Dur dur d'avaler ce bonbon....

 

 

 Ichimonji



 

Publié dans Corée

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carcharoth 31/05/2009 16:20

Derien Vince, on sert au moins à qqch de temps en temps éhéh

Vincent 25/05/2009 10:16

Ah cool, je voulais absolument un avis sur le film avant de le voir, quatre étoiles, parfait, merci Asiaphilie !

Carcharoth 29/04/2008 20:48

Comme quoi mes parenthèses historique servent parfois à quelque chose... Et qu'en avez vous penser alors, de cet article sur le Vieux jardin ?

Jean-Pierre Réau 29/04/2008 20:36

Merci de vos commentaires cinématographiques . Voila que je veux absolument aller voir ce film et même d'autres films coréens et asiatiques . Au travers de ce que vous en dites , ils me semblent apporter ce que je recherche en allant au cinéma .
PS : c'est cherchant "massacres de Kwangjiu en 1980" ( dont on ne parle absolument pas en France ) que je suis tombé sur votre site .

Nostalgic du cool 28/04/2008 14:51

Honte à moi je n'ai toujours pas vu ce film et j'avoue que cet article me rappelle bien à quel point c'est inadmissible car d'une j'apprécie beaucoup ce réalisateur et de 2 c'est le genre d'œuvre que j'aimerais assurément la violence ne m'a jamais gêné puis pessimisme et coréen cela relève presque du pléonasme.