Okita le pourfendeur.

Publié le par Nostalgic-du-cool

Yakuza moderne: Okita le pourfendeur, Kinji Fukasaku, 1972. Réalisé en 1972, Okita le pourfendeur se situe au centre de la filmographie de Kinji Fukasaku (qui se clôt avec Battle Royal II, dernier film du réalisateur mort en 2003), entre des oeuvres comme Blackmail is my business et le cimétière de la morale. On y retrouve un de ses acteurs fétiches, Sugawara Bunta. Il incarne Isamu Okita, né le jour de la reddition japonaise en 1945. Né un mauvais jour, d'une mère prostituée, alcoolique qui laisse la rue de l'après guerre l'éduquer. Petit voyou, il fait de la prison. A sa sortie, il reprend ses activité et parvient à se faire une place grâce au parrainage d'un caïd, mais reste aussi impulsif que cinq ans auparavant. Ce qui lui vaudra l'amour d'une prostituée qu'il avait violé, mais aussi bien des ennuis... Fukasaku tient de l'avis de tous une grande place dans l'histoire du film de Yakuza. Il y a un avant et un après Kinji Fukasaku. Encore méconnu en occident, il n'est pas non plus admiré de tous dans son pays comme ont pu l'être ceux que l'ont appelle les grand maitres (Kurosawa, Naruse, Mizoguchi, ...) Cependant les fans du genre reconnaissent en lui le pourfendeur de l'ancien yakuza-eiga. Un peu comme M. Kobayashi a pu l'être pour le film de samouraï avec des oeuvres comme Harakiri ou Rébellion. Si les films pré Fukasaku mettaient en scènes des sortes de héros nobles, fidèles, défenseurs du peuple et surtout romantiques; une sorte de robin des bois, Kinji Fukazaku décrit ce qu'il voit du milieu des yakuzas d'après guerre. Violence, sang, trahison, rapacité, immoralité totale, irrespect des codes d'honneurs, exploitation de tous les filons possibles. Les yakuzas sont des hommes d'affaires comme les autres à ceci prêt qu'ils ne sont refrénés par aucune barrière, aucune loi, aucune morale, aucune police. (on ne voit pas l'ombre d'un képi dans tous le film !) L'argent et le pouvoir rapide, voila ce qui les intéresse. Le yakuza est cynique, violent, sans scrupule. Okita lui, est un chien fou, un loup, il ne reconnait aucune hiérarchie. c'est d'ailleurs pour cela qu'il fait cinq années de taule, ayant voulu assassiner le chef Karasawa. C'est une figure nihiliste, violente, qui s'ennuie dès qu'il n'y a plus bagarre de rue et femmes à l'horizon. Néanmoins son hitoire d'amour-haine avec la jeune prostitué lui donne un air un peu plus humain, même s'il ne cesse de la maltraiter. Tout au long du film il ne cesse de se battre, d'extorquer, de racketter, d'entrer en conflit avec d'autres bandes ou avec ses supérieurs. On aperçoit d'ailleurs une évolution dans le monde des yakuzas. Avant son entrée en prison, la rue est le monde des bandes, des loubards. A sa sortie les grand yakuzas ont fait le ménage, ils règnent sans partage sur la ville. Ils ne sont plus habillés avec les habituels blousons de cuir, mais en homme d'affaire, costard cravate. Mais seule l'apparence a changée... Okita, à l'inverse des grands chef, se mouille, va sur le terrain, et respecte à sa manière certains codes que semblent avoir oubliés les caïds. ces derniers sont devenus de véritables gestionnaires, qui offre un quartier en pature à leurs hommes de main d'un claquement de doigt, décide d'en couper un (de petit doigt !) en un quart de seconde entre deux bouffées de cigares et ne semblent porter aucune responsabilité dans la misère de ceux qu'ils exploitent. Dans la petite introduction que fait Okita pour nous résumer sa vie, on comprend bien que la pauvreté et la misère d'une partie de la population font le jeu des yakuzas, qui règnent en maitre sur ce monde de l'ombre, à l'abri des toutes nouvelles constructions. Ils sont dans les tripots, les bordels, les salles de jeux et de massage, les prisons... et aussi dans les hautes sphéres politiques, même si on n'en voit rien dans ce film. Une oeuvre où s'affronte différentes approches du métier de yakuza, ou la violence est omniprésente, sans concession avec ce milieu cruel. Fukasaku, par sa maestria, son sens du rythme et de la mise en scène donne un souffle terrible à ce film, à ces images crues et fait d'une suite de scènes violentes une oeuvre de grande qualité. L'article de Wildgrounds. Fiche Imdb.

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