Duo Mortel pour un film qui l'est moins.

Publié le par Nostalgic-du-cool

Duo Mortel (Deadly Duo / Shuang Xia), Chang Cheh, Hong Kong, 1971.

 

 

 

Chang Cheh était un réalisateur prolifique, Du début de sa carrière en 1945 jusqu'à sa mort en 2003, il aura réalisé quatre-vingt dix neuf films, dont six pour la seule année 1971 (et 80 entre 1970 et 1983, période hautement productive), parmi lesquel le désormais culte « La rage du Tigre », qui est aujourd'hui inscrit au panthéon des films de kung-fu aux cotés de la trilogie « Shaolin » de Liu Chia Liang. On comprendra alors pourquoi certains de ses films sont un peu en deça du reste, où ne font que répéter certains schémas déjà usés par le réalisateur taiwanais. Duo Mortel est de ceux la. Vous sentez la déception arrivée, vous qui vous attendiez encore à une

critique dithyrambique ? Hum vous avez raison, mais ce film n’est pas non plus dénué de qualités, et on peut en tirer quelques enseignements sur Chang Cheh et ses acteurs fétiches, Ti Lung et

David Chiang.

Shaw Brothers

 

L’histoire se déroule au temps de la chute de la dynastie des Song du Nord, dont décidément il est beaucoup question dans les films de la Shaw. Renversés par les Jin (mongols du nord qui ont commencés par annihilés les tribus auxquelles l’empire chinois payait un « impôt de paix » avant de s’en prendre aux Song), la famille impériale est menacée, puisque les empereurs potentiels ont été tué, et qu’il ne reste plus que le prince Kang. Ce dernier est retenu prisonnier par le dirigeant Jin, futur gestionnaire de la Chine du Nord. Quelques hommes essaient de le libérer pour le faire fuir vers le Sud, dans les territoires tenus par les tenants de l’empire. Le seul moyen pour y parvenir avec si peu d’hommes (la majorité ayant été tué dans diverses embuscades tendues par les champions des Jin, ils ne sont plus que 6) semble d’emprunter un vieux pont qui surplombe un

précipice à l’arrière du manoir ou est détenu le prince. Malheureusement le pont est vermoulu, et

seul un homme pratiquant un bon kung fu de l’envol peut le franchir. Un des hommes se met alors en route pour convaincre une de ses connaissances pratiquant cette discipline de les y aider. Il arrive au moment où l’envoyé des Jin tente lui aussi une approche, alors que l’homme est surveillé par son condisciple, chargé par leur maître de l’empêcher de commettre des crimes.



Shaw Brothers


Superposition d’intérêt qui aboutit à la mort de l’homme et de l’envoyé Jin. Hache-divine, le partisan des Song convainc alors Chauve-souris, le condisciple de l’aider dans sa tâche. Celui-ci accepte avec joie et ils se mettent en route. Arrivés au pont, ils se rendent compte que 3 des camarades laissés sur place sont morts en voulant essayer de franchir le pont. Chauve souris y parvient en se servant des pilier du pont et aide les autres à le rejoindre avec une corde. Mais à peine arrivés sur la terre ferme, les voila agressés par les démons terre et bois, gardien de l’entrée. Ils sont vite mis en charpie, mais les 5 hommes ne peuvent pénétrer dans l’enceinte ou des archers se sont massés, secondés par le général de la garnison. Chauve souris échafaude alors un plan classique dans ce genre de situation. Inconnu du chef Jin, il lui amène enchainé Hache Divine en se servant de l’insigne impériale qu’il avait volé à l’envoyé qu’il avait tué lors de

sa rencontre avec hache-divine. Il parvient de cette manière a se faire amener devant le général, seul capable d’identifier hache-divine pour l’avoir de maintes fois combattu. Mais à ce moment, les deux hommes entament le combat, prennent en otage le chef Jin, et libèrent le Prince Kang. Mais leur retraite est génée par une blessure de Chauve-souris et l’attaque par l’arrière du dernier champion des Jin. Chauve souris est alors obligé de se sacrifier pour permettre au prince et à son ami de fuir. Le film se conclut sur cette phrase : « Si les Song possèdent de tels héros, comment allons nous pouvoir les envahir ? », alors que Chauve-souris bloque le pont, encore debout même mort et criblé de flèches…

Shaw Brothers

*

Signalons d’abord quelques paramètres techniques importants : Ce film est court, 1h17 seulement. Non pas que les métrages de la Shaw durent habituellement 3h, mais cela influe tout de même sur les caractéristiques que nos allons développées plus tard. On y retrouve Ti Lung et David Chiang, les deux acteurs fétiches de Chang Cheh, ainsi que Feng KU (la guerre des clans, la légende du lac, …) et bien d’autres acteurs dont le nom m’échappe mais que j’ai déjà eu l’occasion de voir dans bien des films de cette époque. Un bon casting donc, uniquement des hommes, comme très souvent chez Chang Cheh et plus généralement dans les films de kung fu, où la gente féminine est la plupart du temps reléguée au second si ce n’est au troisième plan… Et qui dit présence exclusivement masculine dit multiples combats. Et en fait la c’est ce qu’on pourrait appeler un pur film d’action. Les batailles et duels s’enchaînent sans arrêt, on laisse à peine le temps à l’histoire de se mettre en place, que déjà les héros se mettent sur la figure et s’entre tue dans des gerbes de sang rouge vifs et des râles d’agonie. En fait ce film pourrait par son genre se rapprocher des films d’action américain des années 80, couramment appelés nanards par les initiés et ou le scénario se limitait à quelques feuilles de papier avec le nom des ennemis et l’endroit ou le héros devait les massacrer, suivis de brèves explications justifiant plus ou moins ledit carnage. Ici, c’est un peu pareil, avec en plus un appui historique, nationaliste et tout de même une mise en scène de bien meilleure qualité et des dialogues bien moins ridicule. Le principal défaut, inhérent au genre il est vrai, est donc le fait que les personnages ne sont presque pas développés. On sait dans quel camps ils se situent, et leur qualités respectives, mais c’est tout. Plusieurs pistes sont pourtant lancées, des liens entre les personnages opposés sont évoqués, mais jamais approfondies. L’aspect historique lui-même est à peine un prétexte pour opposer deux camps très manichéens. Les Jin, mongols sont des barbares, des chiens, des bandits. Alors que les Song et leurs partisans sont des héros, des braves, des résistants. Ont retrouve ainsi la même idéologie sacrificielle que dans les 14 amazones. Dans la scène du pont vermoulu (pont humain dans les 14 amazones, pont-cimetière dans la Rage du Tigre), ce ne sont pas moins de trois hommes qui testent tour à tour et tragiquement la solidité des planches. De même, dans la scène finale, pour permettre au prince de fuir, Chauve souris combat jusqu’au bout, et avec une rage indomptable les soldats des Jin, et ce malgré les flèches qui perforent sa chair. On retrouve d’ailleurs là la bonne vieille opposition (depuis les guerres médiques !) entre archers/lâches/mal et guerriers/héros/bien. Et ce alors que le chef Jin essaie jusqu’au dernier moment de soudoyer le héros, lui promettant la clémence, de l’or, un grade élevé dans l’armée, etc…

 Shaw Brothers

 Autre défaut du film, la mise en scène parfois un peu tape à l’œil, qui a mal vieilli contrairement à celle de la Rage du Tigre ou de la Légende du Lac que j’avais trouvé encore très bonne. Celle-ci pêche surtout au début par des effets de style éculés et un flash back explicatif qui à l’air de ne servir qu’a combler un vide pour qu’il n’y ait pas QUE des combats… Mais ceci passer, le réalisateur retrouve ses réflexes et ses talents, enchaînant avec aisance les scènes d’actions, sans trop de heurs… Et pour cause, la chorégraphe desdits combats est Liu Chia Liang en personne !

 

 Pour finir, on ne peut donc nier le talent de Chang Cheh et de ses acteurs, mais ce film est loin de rentrer dans l’histoire et de valoir la moitié des autres films du réalisateur, ou de ceux de celui qui de chorégraphe passera brillamment à la réalisation, sans doute bien formé par le maître Cheh… Il reste bien en deçà du chef d’œuvre que sont la Rage du Tigre ou Five Venoms. Ce n’est en fait qu’un film d’action musclé, appuyé maladroitement sur l’Histoire mais servit par des acteurs efficaces. A voir, pour les fans du genre et du réalisateurs. A éviter pour découvrir le cinéma de kung-fu, la Shaw et Chang Cheh, sans quoi on risque de s’en faire une bien piètre image. Ce film est regardable pour toute personne cherchant à se faire une opinion générale basée sur des exemples précis de la filmographie de Chang Cheh et de cette époque en Chine.


 

La fiche IMdb.

Une critique un peu plus acerbe ici, par le Dr Orlof.


 

Les autres films de Chang Cheh sur le blog :

-La rage du tigre (publication à venir), La légende du lac, Les 14 amazones, Les 5 venins, Un seul bras les tua tous.


 Carcharoth.



Publié dans Chine et HK

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Albert dorvil 18/08/2018 15:46

I am very proud of those kind movies ,i was enjoying movies like that ,when i was age 13.