Memories of Murder, un polar génial que l'on garde longtemps en tête...

Publié le par Nostalgic-du-cool

Nouveau (04/08): Le point de vue extérieur de Anne en fin de critique !

MemoriesOfMurder

1986. Le monde (zoom), la Corée (zoom), région de Gyunggi, (zoom), un petit village, le corps d'une femme, presque nu, un passant, un cri...

Plus tard, les policiers, le jovial inspecteur Park. Son adjoint : "C'est quoi chef ?". La femme est morte, lacéré. Ce n'est pas un fait divers comme on a l'habitude d'en voir ici. Ici, c'est la campagne, et Park se retrouve face à un tueur froid et consciencieux. Mais revenons un peu en arrière...

1986... La Corée. A sa tête, Chun Do-Hwan, dictateur autoritaire à la tête d'une junte militaire, dirige le pays et le maintien dans la peur permanente d'une guerre avec son voisin du Nord. L'état s'occidentalise, s'industrialise, mais les campagnes restent à la traîne. C'est dans ce cadre que la police découvre, un matin, le corps d'une femme, violée et mutilée. Ceci est la réalité de la Corée à cette date. En 4 ans, le premier serial killer de l'histoire du pays viola et tua 10 femmes, âgées de 13 à 71 ans. Il court toujours.

Le film se base donc sur des faits réels. Pour son deuxième film, Bong Joon-Ho se lance dans le polar noir, et il est aidé par une palette d'acteurs impressionnante : Song Kang-Ho (récemment the host, Sympathy for mister vengeance), Kim Sang-Kyung, Kim Roe-Ha, Song Jae-Ho... Ce premier est vraiment parfait et il s'affirme ici comme l'un des meilleurs de sa génération. Son interprétation du flic joufflu et vantard est somptueuse de profondeur et de finesse. Tous les seconds rôles sont tenus par des acteurs connus et de qualité, ou au pire, bons.

memoreismurder  L'histoire peut se résumer exhaustivement de façon rapide : Après le premier meurtre déjà décrit ci dessus, on découvre un deuxième cadavre. Encore une femme, violée et attachée avec le même modus operandi que la précédente. La chose est claire dans l'esprit des enquêteurs, il s'agit du même homme. Devant leur inexpérience et la gravité de l'affaire, la police, qui a fort à faire pour maintenir l'ordre dans le pays (révoltes estudiantines dans les viles, etc...) dépêche un jeune inspecteur formé avec les nouvelles méthodes américaines : Seo (Kim Sang-Kyung). Il est inexpérimenté et beau, rien pour plaire aux yeux de l'inspecteur Park (Song Kang-Ho). La confrontation de leurs méthodes fait des étincelles : Park, vieux routier, mène l'enquête à sa manière. Il se fie à son flair, dévisage les gens (persuadé de pouvoir reconnaître le coupable à son regard et/ou faciès), ne s'encombre pas de papier ou de déontologie : quand il tient un suspect, ce dernier est prié de fournir lui même les preuves manquantes, avec l'aide de l'adjoint de Park, Koo (Kim Roe-Ha), et de sa chaussure (qu'il recouvre soigneusement d'une chaussette pour ne pas l'abîmer : un homme consciencieux donc !). Seo, lui, est tout frais moulu, il sort de l'école, et avance de façon rationnelle et en suivant les instructions. Chaque document, chaque pièce à conviction en plus est une piste pour lui, c'est un "rat d'administration", qui répugne à user de violence envers les suspects et qui ne les présentent pas comme coupables alors que toutes les preuves ne sont pas sures...

Leur non coopération porte ses fruits : alors que Park a annoncé l'arrestation du coupable, un jeune idiot, un troisième meurtre est commis, déjouant leurs calculs. Alors que le suspect va leur révéler l'identité du tueur, qu'il a vu agir (c'est d'ailleurs à cause de cela qu'il est arrêter, car il connait de nombreux détails troublants), il se fait écraser par un train. Devant cette avalanche de coups dur, les deux hommes décident de s'unir, mais leur désespoir est tel qu'ils sautent sur la moindre pistes : Un homme qui porte des culottes à dentelles et se masturbe sur le site des meurtres, une chanson qui passe à la radio lors des meurtres, un jeune homme sans alibi très étrange...

Les pistes se closent les unes après les autres, les déceptions se succèdent et la presse ne leur fait pas de cadeaux, alors que les meurtres continuent à leur rythme, comme si les policiers n'existaient pas. Même les tests ADN, que l'on fait faire par un laboratoire étranger ne permettent pas de démasquer le coupable...

Quelques années plus tard, le commissaire a quitté la police pour se marier avec une infirmière, et il retourne dans la région ou il a mené infructueusement son enquête. La, un jeune enfant le relance sur une piste autrefois écartée car elle ne menait nulle part...

 

 

Autant vous le dire tout de suite, ce film n'a pas de fin. Au sujet des diverses hypothèses que l'on peut soulever au sujet du meurtrier et leur crédibilité, je laisse le soin à Nostalgic (et peut être à moi même) de rédiger un article à part. En effet, les débats et possibilités sont très vastes.

Pas de fin... Pas de dénouement pour être plus précis. En effet, devant l'absence de pistes et de coupables, les inspecteurs abandonnent plus ou moins l'enquête, surtout après que le meurtrier ait cessé de frapper, au bout de 5 ans et de 10 meurtres...

Encore une chose que je voudrais annoncer dès le départ : ce film est une merveille. Du coté de l'interprétation, je l'ai déjà souligné, aussi je vais maintenant m'attarder un peu sur la réalisation et le scénario...

 

Comme déjà exposé, c'est le deuxième film de Bong Joon-Ho. Seulement le deuxième film. Et déjà, on peut dire qu"il a un classique à son actif. On a ainsi souvent dit de ce film, après qu'il ait remporté 4 prix au festival de cognac 2004, que c'était le meilleur film de ce genre depuis Se7en de Fincher. N'étant pas un fan absolu de polar je ne peux qu'accepter cet éloge comme il vient, sans réel esprit critique. Il me parait néanmoins juste, vu la qualité du film en tous points. La réalisation est sobre, sans effets inutiles (pas de démonstration de virtuosité sans but) mais toujours efficace et juste (Lorsque le réalisateur prend la peine de rajouter quelque chose, c'est que l'histoire ou le film le demande. Chaque chose a un but précis).

 

Filmé de manière très réaliste, l'enquête met en avant tour à tour l'inefficacité des méthodes policières et leur inadéquation, puis s'attarde sur les personnages tout en montrant les espoirs vite déçus des enquêteurs. Le rythme s'accélère à chaque début de piste, puis retombe avec son abandon. Bong Joon adopte un regard très réaliste, aux couleurs pastels, dans cette campagne coréenne, et décrit (ou décrypte ?) divers aspects de la société des années 80. Le grain un peu suranné nous plonge tout de suite dans le passé. On se croirait bien plus loin qu'en 1986. Le réalisateur rappelle ainsi le fabuleux take-off du pays après la chute du régime, qui a amené la Corée à un niveau comparable au notre en l'espace de 15 ans. (un peu comme ce fut le cas pour l'Espagne de Franco ou le Japon du lointain après guerre: Miracle japonais). Il rappelle aussi la dictature et ses dérives : Inégalités de la croissance (toujours perceptibles aujourd'hui), répressions policières, démocratie bafouée, etc... Le portrait des deux policiers"traditionnel" et de leurs méthodes est assez éloquent : torture, fabrication de preuves, bâclage des enquêtes, nécessité du résultat rapide et de chiffres dictés par la hiérarchie...

 

 

 

Memories of Murder 2003 Salinui chueok 2

 

Après avoir décortiqué et critiqué la société coréenne des années 80 (ce que fait aussi, en centrant bien plus sur l'aspect politique, les film Président last bang (qui revient sur l'assasinat du président en 79) et Le vieux jardin (qui revient sur la révolte de Kwangju: voir le site des Gras)), le réalisateur s'attaque de plus près aux portraits des différents personnages hauts en couleurs qui peuplent son film. Park, qui semble au départ simplement incompétent et sur de lui se révèle en fait être un être sensible, capable d'émotion, et bien plus fin qu'il n'y parait. Idem pour son adjoint, que l'on méprise assez rapidement à cause de ses méthodes dignes des interrogatoires français pendant la guerre d'Algérie. La pitié et la compassion prennent le relais dès qu'il se fait frapper à la jambe par l'idiot du village... Le jeune Seo, arrogant et supérieur, perd de sa superbe et devient humain très vite, dès que les pistes s'amenuisent, que ses méthodes ne donnent pas mieux que celles des "vieux" flics, et qu'il commence à respecter ses collègues... Un regard plein de nuances sur l'être humain et sur la condition policière, qui démontre que le jugement catégorique établi de prime abord est bien souvent trompeur.

 

 

Complétant cette mise en scène "documentariste", une bonne dose d'humour (noir évidemment) qui permet au film de prendre encore une dimension supplémentaire et de sortir un peu du pessimisme et du glauque dans lesquels sombrent parfois les enquêteurs et le film.

Pour preuve du souci de réalisme néanmoins toujours présent: Le tournage a été réalisé sur les lieux même ou se sont déroulés les incidents. Il a nécessité plus d'un an d'enquête auprès des policiers locaux et des différents médias qui suivirent l'affaire à l'époque. (Source: CinéAsie).

Pour résumer, un nouveau chef d'oeuvre Coréen dans un genre pourtant dominé par les productions à gros budget américaines ou européennes. Des acteurs hors du commun, une réalisation juste et efficace, une intrigue a coupé le souffle qui, loin de nous laisser sur notre faim, nourri encore notre imaginaire et nous fait réfléchir des nuits durant... A voir absolument !

 

 

 

 

Carcharoth

 

Critique d'Anne (04/2008).

 

Critique de Memories of Murder

de Joon-Ho Bong

2003



N'est-ce qu'un hasard si, sortant de l'institut Lumière et de la séance de Memories of Murder, une pluie diluvienne m'accueille, alors que la nuit est tombée, déjà ? Pluie-surprise, qui m'accompagne jusque chez moi, et qui ne peut que me rappeller celle qui annonce la venue d'un meurtre...



Corée du Sud, 1986. Dans une région reculée du pays, un premier meurtre est commis, celui d'une jeune femme vêtue de rouge; il est bientôt suivi par un autre dont la victime présente des caractérisiques similaires. Mais la police du coin peine à établir des diagnostics et semble peu motivée à trouver le véritable coupable de ces meurtres en série... Arrive alors un agent venu spécialement de Séoul dont les méthodes diffèrent radicalement de celles des policiers du village, qui préfèrent accuser l'idiot du coin et se débarasser du problème, bien que les meurtres continuent d'être perpétrés, de plus en plus fréquemment. Commence alors la traque de celui qui tue la nuit, par temps de pluie torentielle, en écoutant une certaine chanson désuète à la radio, « lettre triste »...

 

C'est le second film que je vois dans lequel joue Song Kang-Ho (après Foul King) et je dois dire qu'il est toujours aussi bon. Il incarne ici un personnage un peu dans la lignée du joueur de catch, c'est-à-dire un peu bourru, drôle à ses dépend et sacrément maladroit. Bref, un simple flic de province, qui n'a jamais été confronté à un pareil cas de figure... C'est un personnage qui évolue beaucoup durant le film, notamment au contact de son homologue de Séoul. Au départ méfiant, voire carrément en conflit avec lui, il apprendra à réviser ses jugements hâtifs et ses conclusions d'enquête quelque peu hasardeuses grâce à lui. Malgré quelques passages où il paraît menaçant et cruel, par exemple avec le jeune simplet, c'est un homme plutôt optimiste, qui a un certain sens de l'humour que son collègue ne possède pas. Bref, un personnage sympathique, la petite touche positive du film, les scènes drôles du film étant les siennes. L'acteur incarne très bien ce personnage ambigü, entre rudesse et simplicité.

 

Quant au scénario lui-même, il part d'un thème relativement courant dans le cinéma occidental, mais plutôt rare en Corée: un thriller sur un serial killer de jeunes femmes jolies.

Il est dit que la Corée n'a jamais connu, avant cet épisode tragique mais bien réel (le film se base sur la réalité) une telle sorte de tuerie. Cela explique pourquoi la façon dont le thème est traité paraît à la fois « déjà-vue » et originale. On sent bien que tous les protagonistes sont dépassés par les évènements et peinent à trouver des preuves, rassembler des éléments. Policiers qui n'arrivement même pas à établir un périmètre de sécurité (permettant au tracteur qui passait par là d'écraser la seule empreinte disponible)... qui accusent injustement le coupable idéal, un jeune idiot qui se soumet facilement aux menaces les plus absurdes...bref une équipe désarçonnée par la façon d'agir du meurtrier. A travers cette « dénonciation » des méthodes cavalières des policiers, on perçoit le constat mi-amer mi-amusé du réalisateur sur la société Coréenne, plus ou moins corrompue et désintéréssée. Jusqu'à l'arrivée du policier de Séoul, l'enquête est au point mort, ou presque. Mais celui-ci ne représente pas plus l'idéal justicier du réalisateur: si au début, tout semble pencher en sa faveur (son honnêteté, son ardeur au travail, sa confiance infaillible dans les documents), le constat final est qu'il s'est peut-être trompé... ou peut-être pas. Mais c'est dans la collaboration et le travail commun que les recherches fructifient: entre les deux méthodes, seule l'union fonctionne, seules elles ne valent rien l'une et l'autre.En tandem, les deux hommes s'influencent mutuellement pour le bien de l'enquête.

 

memories-of-murder-2003-19-g

 

A propos de la genèse donc, c'est peut-être un scénario à priori banal, mais dans les faits le film est vraiment original. Certes, ce fonctionnement binaire de deux personnalités antagonistes a déjà connu son heure de gloire, mais il marche ici très bien, puisque les deux acteurs apportent une présence crédible et pas du tout caricaturale. L'aspect léger de leur association contraste avec la gravité du sujet et la beauté sombre des images. De la première scène, qui s'ouvre sur une mer dorée de blé balayée par le vent, à celles de la course-poursuite dans le village, ou les scènes de nuit, lorsque le prédateur sort de sa tanière, un même sens esthétique agit très efficacement. Le suspense est lui aussi présent, accompagné d'une musique bien choisie, qui fait irruption à la manière du tueur qui se jette sur sa vicitime. Sans prévenir, la tension apparaît brusquement, autant pour nous que pour les personnages; la scène où les trois policiers se lancent à la poursuite du pervers à la culotte à froufrous roses (ceux qui ont vu le film comprendront !) illsutre parfaitement ce que je viens de dire.

A vrai dire, l'histoire est plutôt macabre, et très sombre. Des petites jeunes filles se font violer de façon atroce par un homme qui possède assez de sang-froid pour les attendre parfois de longues heures sous la pluie battante, dans la campagne lugure Coréenne, qui les attache avec leurs propres sous-vêtements et les tue froidement.

Mais malgré cet aspect typique du thriller, attendu dans un tel film, c'est autre chose qui fait la qualité de ce film. L'alliance réussie entre la part obscure des personnages, en particulier le jeune homme qui reste à la fin du film le présumé tueur le plus probant, et les couleurs lumineuses des décors; entre la légèreté de certains dialogues et la gravité des scènes de meurtres ou de tension; enfin entre l'alternance des rebondissements et des périodes de stagnation de l'enquête, bien gerée, donnent à ce film sa qualité particulière.

Par ailleurs, la fin du film, qui respecte le dénouement réel (on ne retrouve pas le meurtrier) ne nous laisse pas du tout sur notre faim. Chaque spectateur se fait son idée sur des éléments qu'il a pu appréhender de telle ou telle façon; rien n'est tranché, et à l'image du personnage principal dans la dernière scène, le spectateur reste dans une sensation globale de malaise et d'incompréhension. Bref, il sait ou croit savoir qui a tué, mais ne peut le prouver... et manque toujours d'un cheveu le meurtrier, même lorsqu'il ne le cherche pas.

 

En résumé, un film policier d'une grande qualité, qui ranime le genre et lui redonne ses lettres de noblesse (si tant est qu'il en ait jamais eu) en présentant des acteurs formidables et convaincants, et comme d'habitude dans le cinéma Coréen, un grand sens esthétique, même dans les scènes les plus violentes.

Publié dans Corée

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Carcharoth 22/05/2011 14:27

Salut !
Merci à toi pour tous ces compliments que nous ne méritons sans doute qu'à moitié !
Ce blog est encore très incomplet et de toutes façon ne sera jamais exhaustif.
Sur que le cinéma coréen recèle quelques belles pépites, quoiqu'en ce moment il me semble qu'il baisse un peu de régime...
En tous cas si tu peux découvrir quelques merveille grace a ce blog, il a remplit sa mission et j'en suis heureux !
Bon vent et à bientot pour de nouveaux commentaires ! (au fait tu as pensé quoi de Memories of murder ?)

Ben 22/05/2011 11:13

Je crois que c'est mon premier commentaire sur ce blog. Alors je vais en profiter pour dire à quel point j'apprécie votre blog, je commence depuis cette année à voir de plus en plus de film asiatiques ( surtout coréens en fait ) et je suis vraiment extasier par cette fraicheur que ce cinéma là nous apporte. En parcourant ce blog cela me permet aussi de voir tout ce qui me reste à voir, et ça en fait un paquet, mais quel plaisir de découvrir un nouveau point de vue. Je vous félicite donc pour ce blog très complet, très bien écrit qui a le mérite de faire découvrir un cinéma qui en vaut la peine !

Chris 27/02/2009 16:08

Très bon film. Je viens de le voir et j'ai laissé une petite critique sur mon blog. Je fais un petit cycle sur le cinéma coréen, et un aussi sur Bollywood.
Je découvre ton blog par ce biais : excellent ! Je reviendrai souvent car je suis fan de cinéma aisatique !