L'homme qui vola le Soleil, Kazuhiko Hasagawa, 1979

Publié le par Nostalgic-du-cool


# 6 The man who stole the sun (Taiyo o Nusunda otoko), Kazuhiko Hasagawa, 1979.





L'homme qui avait volé le soleil est un film de Hasagawa, réalisateur peu connu hors du Japon, et pour cause il a peu réalisé : 2 films, le premier en 1976 et le second, que voici, trois ans plus tard. Il a un peu plus travaillé en tant que scénariste et même comme acteur mais son travail reste, hormis ce film, complètement ignoré dans nos lointaines contrées. Deuxième et donc dernier métrage du réalisateur, the Man who stole the sun est un bon film sur le nucléaire, sur les médias, sur la société japonaise en général, où Hasagawa montre un talent certain.

En effet le sujet est délicat, surtout dans un pays comme le Japon, et j'ai presque envie de dire qu'aujourd'hui il est encore plus brûlant (et je jure que je n'ai pas vu ce film pour taper dans l'actualité!). Sujet sensible certes au pays d'Hiroshima, mais après tout ce n'est pas la véritable thématique du film, qui s'articule plutôt autour d'un désir de parler, d'une envie d'écoute, d'échange dans une ville (société?) qui est devenu sourde et muette, malgré ses très nombreux médias, sa haute modernité et sa haute densité de population. On peut donc le dire, l'homme qui vola le soleil est un film intelligent, mais aussi très divertissant ; il est de ces rares long métrages qui arrivent à lier un scénario bien foutu, critique et qui donne à réfléchir avec une mise en scène vivante, dynamique, des personnages hauts en couleurs et une façon de dire les choses qui divertit tout en ne nous lobotomisant pas.



Il faut dire que pour moi le film partait avec un préjugé très positif, puisque j'avais vu que l'un des acteurs principaux était Kenji Sawada, immense star de la pop au Japon et que j'avais adoré dans son rôle du père dans Happiness to the Katakuris, la comédie musicale de Miike. Bref...

 

Makoto Kido est professeur de sciences dans un lycée. Là bas tout les élèves l'appellent « chewing-gum » car il est en permanence en train de faire des bulles avec sa bouche. Il vit seul dans un appartement de banlieue qu'il a presque transformé en laboratoire. Un jour, alors qu'il rentre d'une sortie scolaire avec ses étudiants, son bus est pris en otage pour un homme souhaitant parler avec l'empereur à tous prix. Mais le bus est très vite bloqué par la police qui l'encercle, et ne tarde pas à maîtriser le preneur d'otage grâce au commissaire Yamashita (Bunta Sugawara). Cet événement anodin semble précipiter son projet de cambrioler une centrale nucléaire afin d'y voler du plutonium 239. Une nuit donc il s'introduit dans la bâtiment et dérobe un tube contenant le précieux métal. A partir de ce moment sa seule obsession sera de mettre au point une bombe atomique, ce qu'il réussira à faire en s'exposant à de fortes radiations. Avec cet engin de mort, il entend faire pression sur le gouvernement. Mais il ne sait pas tellement quoi demander. Plus de journal télé au milieu de match de baseball ? Accordé ! Mais ensuite ? Et bien il suffit de demander à « Zéro Sawaï », animatrice de radio, de passer un message sur les ondes et de recueillir les desiderata des auditeurs. La plupart sont inintéressantes, lorsque la journaliste lance une idée : faire venir les Rollings stones au Japon où ils sont interdit pour consommation de stupéfiants. Accordé aussi ! Mais ensuite ? Cette bombe, il faut bien en faire quelque chose...




Le soleil volé c'est bien sur le plutonium qui a potentiellement la puissance de l'astre solaire, mais domestiquée comme le dit Makoto à ses élèves. Et lui c'est « mister A-bomb » (comme dit Zero Sawaï), ou monsieur neuf, comme il se nomme lui même en référence au nombre de pays possédant l'arme nucléaire. Il est en effet la neuvième puissance nucléaire au monde, et la sienne est située en plein cœur d'une ville qui compte des millions d'habitants. Si lorsqu'on voit la scène du vol du plutonium on pense aujourd'hui nécessairement aux événements de Fukushima, à l'époque ce n'est pas cet aspect anti-nucléaire qui était le plus frappant dans le film, mais bien ce que le héros faisait de sa bombe...

Le film s'ouvre, comme bien d'autres, sur une explosion nucléaire et le champignon qui l'accompagne, et se termine sur un bruit d'explosion inquiétant. Entre les deux on assiste aux pérégrinations du plutonium et à la puissance psychologique de l'Atome. Car on ne négocie pas facilement avec un fou possédant une bombe atomique. Et ce même si ces désirs sont triviaux et absurdes. Mais comme je l'ai dit la terreur nucléaire n'est pas le thème principal du film. Il s'agit plutôt de la solitude et de l'individualisme de la société tokyoïte.




En effet Makoto est seul, il a pour seul ami un chat dont il se sert parfois pour faire des expériences. Mais, même si son travail semble lui plaire il n'a pas l'air d'être bien intégré à la société. En fait il lui semble que la plupart des gens sont déjà morts, sont inintéressants et qu'ils ne sont que des insectes, des fourmis du métro-boulot-dodo sans passion in haine et dont l'esprit est étriqué. Ainsi, lorsqu'il demande aux auditeurs de Zero Sawaï des idées, ceux ci se montrent petits et mesquins, à peine une seule souhaite la santé pour tous, tandis que la plupart des autres veulent soit des choses idiotes (un hamburger géant) soit de l'argent ou du pouvoir. Triste tableau, que ne vient pas embellir la presse et les médias, noirs, cyniques et profiteurs dont le seul but est de faire du chiffre. La très belle Kimiko Ikegami qui s'intéresse de près à notre héros est une pin-up un peu surfaite, et même si on s'attache à son personnage on sent bien que son intérêt principal, même si elle embrasse Makoto est de tourner un sujet-scoop sur la course poursuite entre son sujet et le flic qui le poursuit.


Pourtant le film ne sombre jamais dans une dénonciation trop sévère, et c'est le spectateur qui doit de lui même se livrer à ces conclusions, puisque le film dans son ensemble passe d'un sujet à un autre et reste assez enjoué, sur le ton de la comédie même s'il traite de sujets sérieux. Par exemple on est presque heureux pour Makoto lorsqu'il réussit à créer sa propre bombe et danse autour d'elle sur une musique de Bob Marley. Son personnage est d'ailleurs sympathique même s'il menace des millions d'être humains et sa misanthropie ne s'exprime pas assez violemment pour qu'elle nous soit insupportable. On la constate juste. Car pourquoi construire une bombe atomique si ce n'est pour tout faire péter ? Et comme le héros n'a pas l'air d'appartenir à une secte millénariste, on ne peut que soupçonner une haine profonde du genre humain. Dès que la bombe est prête, la film se résume à une course entre Yamashita le flic et Makoto le professeur à la bombe-A ; avec pour arbitre imprévu les rayons qui ont condamnés à mort le héros lors de ma construction de la bombe. Au cours du film on le voit perdre ses cheveux et saigner des gencives, signes avant coureur d'une fin douloureuse. Le final est haletant, digne d'une superproduction américaine, avec maints rebondissements !




La mise en scène est originale, il y a certaines séquences tout à fait géniales, comme l'assaut de la centrale filmée à la façon de La Jetée (Chris Marker, 1962), c'est à dire en incrustant des photos entre les différents plans, où lorsque le protagoniste construit sa bombe dans la plus grande excitation, sensation que le réalisateur nous transmet très bien. Et puis il y a la musique, basée sur une thème très simple, que l'on retient facilement et qui petit à petit se développe en même temps que l'histoire. Portée par deux très bons acteurs (Bunta Sugawara a joué entre autre pour Fukasaku dans Okita le pourfendeur), ce film assez long de 2h35 passe admirablement bien et offre au spectateur une bonne comédie-thriller, avec tous les codes du genre et même un peu plus !



 Carcharoth


L'article de Wildgrounds




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