Hanzo the razor, the snare. Masumura et la "japxploitation"

Publié le par Nostalgic-du-cool

cycle 
 
 cinema japonais

 

 the razor : the snare (Goyôkiba: Kamisori Hanzô jigoku zeme), Yasuzo Masumura, japon, 1973.
"Au nom de la loi, j'irais jusqu'au bout, même s'il faut passer sur un ministre"
 

Voici venu le deuxième épisode de la trilogie d’Hanzo, le flic le mieux membré d’Edo ! Et qui de mieux que Masumura pour bien exploiter la filon érotique du film. On connaît en France cet inspirateur de la nouvelle vague japonaise pour ses films auteurisant comme l’ange rouge ou la bête aveugle, où il développait le thème du désir jusqu’à un point encore jamais atteint. Ici, il se voit confier les reines de cette adaptation de manga foutraque. Il montre à l'occasion sa capacité à se renouveler et à coller au genre ainsi qu'au manga. Le personnage reste le même, l'introduction de présentation est bien moins longue, ce qui permet au film de gagner en intensité et en densité. Le cadre des intrigues est toujours le même, sa maison des supplices, son bain, son palan à filet, le commissariat et un pont d'Edo.


  L'histoire, cette fois, tourne autour d'une double affaire. D'un coté, Hanzo retrouve la cadavre d'une fille de petits marchands qui est morte après avoir avorté. De l'autre, une rixe avec le ministre des finances et sa garde l'amène à s'intéresser à ce personnage et aux agissement d'un certain monastère aux pratiques étranges. Pendant ce temps le gouvernement opère de douteuses mutations de monnaie et le peuple grogne et vole. On demande donc, pour l'exemple, à Hanzo d'arrêter le pire d'entre les voleurs, qui projette de voler la banque d'Edo. Le flic accepte, mais il a son idée derrière la tête et voit plus loin que ce simple voleur...


  Rapidement enchainé après le succés du premier épisode, ces aventures d'Hanzo sont confiées, un peu comme Shintaro Katsu avait pu le voir sur le tournage de Zatoichi, à un nouveau réalisateur. Après Misumi, c'est donc au tour de Masumura de s'y coller, avec joie. Tout comme le héros, ce réalisateur a un problème avec les codes, l'étiquette et les coutumes qui oppressent et jugulent le désir. Ils s'intéresse plus particulièrement au sort des femmes d'ailleurs, peut être à cause de son initiation auprès de Mizoguchi dont on sait les combats "féministes". Bref, si Hanzo le "rasoir" reste le héros, il serait intéressant d'étudier la mise en avant des femmes, sujet très important pour ses enquêtes. A cet égard, cet épisode est spécial à au moins un aspect : une bonne partie des femmes que questionne l'inspecteur au braquemart* sont des nonnes, ou des veuves.

Ainsi, il commence par démasquer une avorteuse clandestine qui profite du malheur de pauvres femmes apeurée par la naissance d'un enfant clandestin pour se faire une petit fortune, assaisonnant sa terrible pratique de rites plus ou moins officiels, tissant avec ses patientes des liens étranges. Hanzo tombe ensuite sur une véritable maison close, alliant sado masochisme et voyeurisme dans un très honorable couvent, le tout sous la houlette du ministre des finances lui même. Enfin, il doit surveiller la banque d'Edo, dirigée par une veuve, qu'il aide à combler son manque d'homme pour la rendre plus humaine. Mine de rien, et même si ce n'est pas de la plus belle des façons, les femmes sont mises en avant et défendues par Hanzo, qui les sort de leur carcan lorsqu'elles en valent la peine. Il se montre aussi très compréhensif vis à vis de celles qui sont obligés de se faire avorter, au péril de leur vie. Aucune pitié ou miséricorde pour ceux qui exploitent des prostituées et remplissent le rôle de maquereaux. Encore une fois, Hanzo se montre compréhensif avec la femme qui s'occupait de cela, il cherche à atteindre la tête, l'origine de l'organisation criminelle, et ne s'arrête pas à cette simple exécutante, même s'il la torture et la "viole" pour la faire parler. Comme toujours d'ailleurs, sa séance de torture "paradisiaque" se termine dans son bain, avec un verre de saké, en compagnie de la jeune femme qui fraternise avec lui. Ce coup ci il va jusqu'à la sauver, usant des pièges que nous avions pu admirer dans le premier épisode, des griffes d'horribles ninjas gouvernementaux.


  Hanzo est d'ailleurs toujours aussi insolent, en porte à faux avec l'étiquette et sa hiérarchie. Il ne se gène pas pour attaquer une escorte ministérielle pour capturer deux insignifiants bandits, pour insulter le général du shogun en la présence d'un ministre, pour appeler son supérieur "le serpent" devant un juge d'état, pour entrer dans un monastère, hors de sa juridiction qui plus est. Dans un monde régi par le respect, la règle et l'extrême soumission à la hiérarchie, Hanzo fait figure d'anachronisme et d’exception. Il le montre encore un fois, dès le début du film, en s'écriant à la face de ses deux acolytes qui lui font remarquer que l'affaire se déroule hors de sa zone : "Nous poursuivrons l'injustice jusqu'au bout du monde s'il le faut !". Il n'hésite pas non plus à rappeler au juge sa mission, qu'il n'accomplit pas avec assez de zèle selon lui, et à critiquer devant lui l'action du gouvernement qui baisse la qualité de la monnaie et créé une forte inflation, obligeant les plus pauvres à voler pour survivre. Défenseur du peuple et des honnêtes citoyens, il cherche toujours derrière la petite criminalité une cause plus haute placée. Et il y en a toujours une dans les affaires qu'il traite. La transformation d'un temple en maison close est du au bon vouloir d'un ministre, le vol à la dévaluation de la monnaie par le même haut fonctionnaire, qui au passage se garde une partie de l'or économisé...
En parlant de ça, je me permets un petit délire interprétatif. Ça fait longtemps que je ne l'avais pas fait, alors j'espère que personne ne m'en tiendra rigueur. Anyway, "les spectateurs ne nous regarde plu s..." Donc, comme vous avez pu le remarquer, le film a été réalisé en 1973. *tilt* Année du choc pétrolier, juste après la fin du SMI, et plus particulièrement au Japon, période de forte inflation car depuis deux ans le yen "flotte", ce qui n'est pas sans poser divers problèmes aux ménages et aux entreprises les plus faibles. Le miracle économique avait des pieds d'argiles, la société japonaise n'encaisse pas si bien que ça. Enfin, entre 1972 et 76, c'est l'affaire Tanaka Kakuei: ce ministre est mis en cause dans de nombreux scandales financiers. Il n'est donc pas impossible de faire des rapprochements entre la situation contemporaine à l'écriture du scénario et l'histoire de ce dernier. Par ailleurs, cette situation financière était loin d'être inconnue des japonais du XVIIIème siècle. Bon après j'ignore si ça colle à un épisode du manga ou pas. Ce délire doit donc être tenu pour ce qu'il est.



  On découvre dans ce Hanzo 2 (the snare) un personnage solitaire, dont le père a du se faire seppuku pour avoir... pénétrer sans autorisation dans un sanctuaire. On découvre un Hanzo qui ne tue pas pour rien, qui ne veut pas affronter son adversaire garde du corps du ministre. Celui ci, après le désaveu de son maître à cause de l'enquête du policier, se voit obliger de laver son honneur dans le sang d'Hanzo. Ce dernier le tue, puis le traite d'imbécile, mort pour rien, puisque le policier ne l'a tué qu'a regret, afin de pouvoir continuer sa mission de protection du petit peuple. Sous ses agissements amoraux, se cache en fait un personnage hautement moral. Il démasque l'hypocrisie et le cynisme du pouvoir dans une révolte sanglante et érotique. Son sexe est toujours en action, que ce soit dans celui d'une femme ou dans l'esprit de révolte qui l'anime. Il règle la justice avec lui. Pour autant Hanzo n'est pas un vicieux, un pervers, un obsédé. Il l'est sans doute moins que les autres, comme le montre la scène ou de riches marchands paient une fortune pour pouvoir voir l»un des leur battre une pauvre femme, salivants comme un somalien devant une tropézienne L'utilisant souvent, il a démystifier le sexe, rendu normal. Dans un Japon puritain, cela pouvait (peut) choquer. Aujourd'hui encore, le film est interdit aux moins de 16 ans, même si on ne voit que quelques paires de seins, jamais plus.

  La franchise Hanzo garde donc tout son charme sous la férule de Masumura. Shintaro Katsu, toujours co-producteur joue à merveille ce truculent personnage plein d'un charme très "seventies", tandis que les intrigues prennent de l'ampleur, jouant toujours sur la jouissive corde anti-grands-de-ce-monde-corrompu. Hanzo c'est un révolté, un éternel rebelle, qui refuse de mourir, qui se bat pour ce en quoi il croit avec le plus grand sérieux, mais reste encore déconneur. Un exemple frappant avec la scène du faux seppuku ou il gicle sur son supérieur des morceaux de pseudo-viscères, en fait des pastèques dissimulées sous sa veste...
Le mythe Hanzo continue...






*Si si, son arme favorite est bien une petite épée.



La fiche imdb du film.

Le premier épisode d'Hanzo sur le blog.

Carcharoth.



Publié dans Japon

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Benoît 09/07/2008 12:49

Il faut absolument que je vois ce film !