Foul King ou comment le catch peut changer votre vie!

Publié le par Nostalgic-du-cool

                     Me voilà enfin de retour après un long silence provoqué par cette étrange période que les étudiants nomment partiels. Je reviens pour évoquer Foul King un film assez exceptionnel car c'est une comédie coréenne. En effet au début je pensais que l'expression "comédie coréenne" était oxymorique tant les deux termes semblaient opposés. Mais c'était sans compter sur Kim Jee-Woon qui a réussi à me prouver le contraire avec cette comédie loufoque et déjantée sur un sujet improbable : le catch. Toutefois, comme souvent dans le cinéma coréen, ce qui fait l'atout majeur de ce film est qu'il sait habilement mêler les genres entre gag et comédie dramatique réussissant à aborder des thèmes de société tout en conservant un ton léger. Au final on obtient quelque chose d'assez indéfinissable, un OVNI cinématographique évoquant la thérapie par le catch d'un "loser", petit employé de bureau.

       

              Kim Jee-Woon est ce qu'on peut appeler une personne éclectique, né à Séoul en 1964, ce réalisateur est considéré comme l'un des symboles du nouveau cinéma coréen un peu comme Bong Joon-Ho. A la différence de beaucoup de réalisateurs qui imaginent d'abord une histoire, qui ensuite va venir s'inscrire dans un genre particulier, ce dernier explique pour sa part aimer confronter sa sensibilité à un genre et il commence souvent à penser son histoire dans un genre particulier. Ainsi si l'on regarde sa filmographie on s'aperçoit qu'il s'est frotté au film d'horreur ( 2 soeurs ) à la comédie ( Foul King ) et récemment au film d'action sombre ( A Bittersweet Life ). Mais si l'on regarde d'encore plus près on se rend compte que ses films sont toujours des oeuvres hybrides mélangeant les genres, les styles. C'est ce qui fait la particularité de ce réalisateur qui sous l'apparence d'un certain formalisme livre toujours des films personnels, affranchis de tous les codes du film de genre. Foul King ne déroge pas à la règle, et sous ses allures de comédie burlesque, se trouve en filigrane une critique du monde du travail coréen, un univers oppressant et agressif fait de stress et d'humiliations récurrentes.

 

              Eclaircissons tout de suite un point, certes le film évoque le catch, c'est ce qui fait, en partie, son charme, toutefois ce n'est pas un film sur le monde catch, mais sur la vie de Dae-Ho petit employé discret et timide, qui va se révéler, s'accomplir par ce "sport" peu conventionnel. Le catch est le cadre à travers lequel le personnage va se developper, tantôt défouloir, tantôt école de vie, il va permettre au personnage de prendre confiance en lui. Cependant je rassure les amateurs, il y a des scènes de catch souvent parodiques, parfois absurdes, mais toujours réalistes et savoureuses, en particulier le final, un match entre notre petit employé et un catcheur convaincu qui est époustouflant. Les connaisseurs pourront se régaler de certaines chorégraphies de combat particulierement réussies, avec des figures fameuses telles les cordes à linge, le cobra twist et même une pierre tombale si je me souviens bien (et oui j'ai honte de l'avouer mais j'ai été fan de catch dans ma jeunesse). Enfin le film retranscrit à merveille l'atmosphère un peu kitsch et surfaite du catch avec les costumes ridicules aux couleurs voyantes tels les collants bien moulants en matière synthétique, ou l'indétronable slip qui donne toute sa superbe au catcheur. Aussi on retrouve les attitudes, mimiques assez pathétiques et exagérés des catcheurs lorsque ces derniers feintent la douleur ( et oui les catcheurs sont des simulateurs, les matchs sont truqués ce fut aussi l'une des désillusions de ma jeunesse ).

 

                     Bon revenons en à l'histoire qui comme je l'ai dit n'est pas que le catch. Dae-Ho (interprété par l'impeccable, l'excellent, l'incroyable Song Kang-Ho ) est un petit employé de banque sans envergure, qui en plus d'être peu efficace dans son travail trouve toujours le moyen d'arriver en retard ce qui lui vaut d'être constament humilié par son patron, un petit homme sec et cruel. Si côté vie professionnelle ce n'est pas reluisant ce n'est pas mieux côté vie privée, personne discrète et effacée qui vit toujours chez son père qui le considère comme un bon à rien il est totalement ignoré par sa collègue de bureau dont il est éperduement amoureux, en secret bien sûr. En fait Dae-Ho est ce qu'on peut appeller un loser, cependant Song Kang-Ho réussit tout de suite à  faire de ce personnage maladroit un être attachant et très humain auquel on s'identifie facilement tant il semble être le col blanc lambda. Ainsi l'histoire de départ ne semble pas être le cadre le plus propice à la comédie, d'ailleurs l'élement declencheur du film est des plus surprenants. En effet, comme nous l'avons déjà dit plus haut Dae-Ho est le souffre douleur de son boss qui régulierement  l'humilie moralement devant ses collègues et même physiquement en immobilisant ce dernier avec une clé de tête (voir ci dessous). C'est une technique dont il est difficile de se dégager et ainsi Dae-Ho est obligé de se rabaisser à supplier son chef de le lâcher ce qui permet à ce dernier de lui demontrer à quel point les faibles n'ont pas leur place dans la société. C'est la clé de tête qui va donc tout déclencher, Dae-Ho voulant résister à son chef va décider de s'inscire dans un club de catch avec pour objectif de parer à la terrible technique.

                  Cependant le catch va apporter bien plus à Dae-Ho que ce qu'il pouvait imaginer, cela va lui permettre de se revéler, de se faire confiance et même cela va l'aider à affronter la réalité. Après des débuts maladroits des plus cocasses Dae-Ho va s'avérer être un  sacré catcheur, en fait c'est un catcheur tricheur, vicieux, spécialiste des coups bas (là aussi on retrouve l'aspect théâtral du catch avec les rôles que les combattants se donnent, il y en a toujours des honnêtes se battant loyalement et des mauvais, attaquant dans le dos, utilisant des armes...). Sur le ring, lorsqu'il revêt son masque il devient le Foul King, un personnage confiant et sûr de lui qui provoque son adversaire et excite les foules par sa bassesse. C'est d'ailleurs un aspect drôle du film car Dae-Ho ne se dévoile pas en entrant dans la peau d'un héros mais dans celle d'un  lâche fourbe. Cependant ce "lâche" a du repondant, il ne se laisse pas marcher sur les pieds.  Ainsi pour la première fois de sa vie il est bon dans quelque chose, cela va lui permettre de se libérer, de découvrir son véritable potentiel et l'homme timide va décider de prendre sa vie en main.

                    Progressivement Foul King, son personnage de ring, prend de plus en plus d'importance dans la vie de Dae-Ho qui desormais ose relever la tête. Ce changement est bien materialisé à travers deux scènes identiques auxquelles est confronté notre héros avant puis après qu'il ait débuté le catch. Dans la première il aperçoit un groupe de voyous (dont le chef est interprété par le très bon Shin Ha-Kyun) maltraitant un jeune homme, Dae-Ho tente de s'interposer mais en danger face à ses jeunes qu'il n'intimide pas du tout il est forcé de fuir. Puis la seconde fois qu'il les croise, tandis que les jeunes commencent à se moquer de lui, ce dernier enfile son masque, symbole de sa double personnalité, et cette fois corrige facilement ces délinquants grâce à diverses prises de catch. Tel un Peter Parker enfilant sa combinaison de spiderman, Dae-Ho devient un autre homme lorsqu'il revêt son costume, son masque : tous deux evoluent dans leur vie privée avec la force que leur donne le personnage du costume. Mais Dae-Ho n'arrive pas toujours à bien dissocier ces deux personnages et pour avoir le courage d'affronter son père ou de dévoiler son amour il a besoin de son masque, il ne peut être le Dae-Ho confiant sans son costume et cela donne lieu à des scènes à la fois émouvantes par la sincérité de leur propos et amusantes par la réaction des personnages. Mais lors du combat final le masque tombe arraché et Dae-Ho devra prendre le pas sur Foul King, parachevant sa conversion.

 

               Ainsi le film réussit toujours à osciller entre humour et tendresse. Ce personnage bien souvent ridicule n'en est pas moins terriblement attendrissant et émouvant. Le réalisateur nous surprend toujours en instillant de l'émotion dans des scènes d'apparence comiques. La mise en scène est impeccable Kim Jee-Woon effectue un savant dosage entre scènes de lutte, le déroulement de la trame principale et l'évolution de son personnage principal vers la reconnaissance, l'affirmation de soi. Le film est très drôle avec un humour très burlesque assez absurde jouant souvent sur le ridicule de la situation et des personnages, bref un comique de situation excellemment servi par des acteurs géniaux qui évitent toujours de tomber dans la surenchère, dans l'exagération. Pourtant le ton comique n'empêche par le réalisateur d'aborder des sujets sérieux comme les relations familiales, l'amour, la société coréenne. Le film dresse un portrait angoissant du monde du travail coréen, univers assez inhumain et vexatoire, qui n'est pas sans rappeler le livre Amélie Nothomb Stupeur et Tremblements (qui a été adapté en film d'ailleurs) et qui décrit le quotidien dans une entreprise nippone.D'ailleurs le film ne nous livre pas un happy end hollywoodien, confondant de mièvrerie, montrant un personnage totalement transformé par son expérience mais une fin plus réaliste et nuancée le catch a changé sa personnalité mais n'a pas pour autant révolutionné sa vie. Foul King est donc un film plus intelligent qu'il n'y parait qui réussit à faire refléchir en conservant toujours un ton léger. Enfin le film est accompagné d'une BO entrainante et rafraîchissante composée de morceaux de divers styles musicaux (jazz, dance) interpretés en coréen.

            

                     Enfin il est impensable d'évoquer Foul King sans parler de l'excellentissime interprétation de Song Kang-Ho (photo ci dessus à gauche). C'est le véritable moteur du film sa prestation à elle seule vaut le détour, son air rêveur et lunaire donne toute la mélancolie, la sincérité à son personnage, l'acteur rend son personnage si pathétique mais tellement humain qu'on s'y identifie facilement. Il réussit à camper de manière impeccable le rôle de loser maladroit, il le rend pathétique et drôle mais jamais au sens péjoratif du terme. Il réussit toujours à conserver une certaine dignité même dans les scènes de burlesque, ou les situations ridicules. Personnellement il m'a fait penser à de grands comiques comme Charlie Chaplin ou Buster Keaton en ce sens que comme eux il sait être ridicule tout en restant digne, sans jamais perdre son côté émouvant et touchant. Le comédien sait varier son jeu d'acteur et est tantôt minable et effacé lorsqu'il joue Dae-Ho, tantôt charismatique et dejanté lorsqu'il est Foul King. Song Kang-Ho réussit tout de même l'exploit a être convaincant dans son rôle de catcheur car comme le montre la photo il n'est pas bâti comme un catcheur classique débordant de muscles, à la différence du catcheur/acteur The Rock (photo ci dessus à droite). Toutefois ce dernier s'est réellement entrainé pour ce film et il a effectué lui même toutes les cascades. Comme quoi ce n'est pas parce qu'on a le physique qu'on a le talent car s'il est indéniable que The Rock était un fameux catcheur ( d'ailleurs pour les connaisseurs j'ai appris que The Rock était le cousin du gros catcheur samoan Rikishi!) on ne peut dire au vue de sa filmographie qu'il soit un fameux acteur car tout de même Doom ou le Roi Scorpion malgré leur importante portée reflexive et la trace indélibile qu'ils ont laissée dans le monde du cinéma n'ont pas permis à l'acteur de crever l'écran. Les autres acteurs du film bien que peu connus sont eux aussi très bons et je donne une mention spéciale à Song Young-Chang qui est génial dans son rôle de patron sadique. 

 

                 Pour conclure je dirais que ce petit film, qui a eu une sortie discrète en France malgré un réel succès en Corée, vaut vraiment le détour. Tout d'abord pour voir un film coréen qui fait rire, ensuite pour voir un film sur le catch (ce qui est rare) qui fait preuve d'intelligence (ce qui est encore plus rare) ou, enfin juste pour que Song Kang-Ho vous en mette plein la vue. Pour avoir un petit échantillon de l'humour assez particulier du film je vous conseille de regarder cette vidéo ( Ultraviolence ca ne fait pas peur malgré le titre!) au style absurde et ridicule assez équivalent au film, personnellement dés que je la regarde ça me fait rire même si c'est stupide. Bref Foul King est un film pour ceux qui assument, que ce soit un humour débile, un amour pour les films déjantés, ou un interêt pour le catch!

              Nostalgic Du Cool



Publié dans Corée

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

siri 20/10/2008 19:09

enorme!! ça faisait longtemps que je n'avais pas autant rigole! je l'ai vu avec ma copine dans un cine du centre de bogota et elle aussi pleurait de rire. en plus c'est vrai que c'est un excellent film, critique sur la societe coreenne et le monde du travail. une des dernieres fois ou j'ai autant rigole, c'etait avec "chicken and duck talk", un film de hong kong.
la critique est tres bien, merci!

slimdods 12/07/2007 10:39

Une perle de plaisir, une énorme surprise (je m'attendias vraiment pas à du lourd comme ça).

La petite crtitque que j'avais faite à l'époque sur le forum d'hkmania (et qui arrive sur le blog)

The Foul King de Kim Ji-Woon

Pourri dans son entreprise, renié de son père qu’il héberge encore, un homme d’une trentaine d’année voit sa vie complètement déboussolée par l’apparition d’un facteur nouveau : le catch.
Un scénario plutôt bizarre non ? me direz vous. Mine de rien, ce film qui démarre curieusement se révèle tout simplement excellent.

Tout d’abord, on peut commencer par un des facteurs de réussite de ce film : son acteur principal. Song Kang Ho, vu notamment dans les bombes « The Host » ou encore « Memories of murder », il signe encore et toujours une prestation de très haut vol. Sa prestation est d’autant plus physique que théâtrale. Il n’hésite pas à donner de sa personne pour les phases de combats en réalisant des prises de catch tout aussi impressionnantes que ce que la WWF nous propose. Mais à coté de tout ce bruit et cette fureur émanant des rings, il y a homme, souvent blessé, souvent maladroit mais jamais vaincu. Un homme qui change du tout au tout pendant le film, un homme qui arrive à revivre, loin de toute cette honte emmagasiné au boulot en face d’un patron tyrannique.
Le film se veut un mélange de plusieurs genres, de la comédie sportif et social ou encore film de combat. Et le mélange se révèle détonnant et maîtrisé. On ne tombe jamais dans le ringard, ni dans l’ennui, on reste motivé par l’histoire et son héros des temps modernes, par ces farces légères qui parsèmes tout le film à l’impact plus ou moins éloquent. Voir notre héros fournir ces premiers efforts sur le ring prête toujours à sourire, tout comme sa maladresse relationnel et ses deux mains gauches qui apparaissent durant tout le film. Autant de passage et de situation qui permet au film de ne jamais sombrer dans la mauvaise série B. Et que dire de la séquence de fin, tout simplement énormes, ou un simple combat de catch se transforme en une véritable bataille pour la gloire. On assiste, a base de quelques ralentit ultra léchés et une violence visuelle, à une sorte d’apothéose en live, au combat d’une vie, à la victoire magnifique de notre héros. Géant.
Le réalisateur (qui à signé par la suite A Bittersweet Life : excellent exercice de style) nous pond un film visuellement très réussi, avec une photographie teinté de réalisme la plupart du temps. Sa mise en scène se veut simple et limpide, avec des angles de caméra comme on les aime, et le réalisateur se permet de pimenter le tout pendant les matchs avec une alternance de plans intérieur – extérieur du ring des plus probants.

Alors voila, j’ai adoré ce film qui partait sans la moindre prétention, on prend notre pied du début à la fin de par le délire du scénario et l’interprétation géante de ce héros des temps modernes.

Note : 9/10

cya 21/06/2007 15:31

"Même ma soeur a aimé c'est vous dire"... merci bien ! Je ne suis pas fermée au cinéma asiatique, la preuve c'est que j'ai aimé "in the mood for love" !
Tu n'as qu'à me montrer des films qui ne parlent ni d'hara kiri ni d'hommes robots (les deux dernières japoniaiseries que j'ai vues) et tu verras que je saurai apprécier le cinéma asiatique !
na !

Carcharoth 21/06/2007 11:44

Aha tu ose critiquer Doom ? et le roi scorpion, mais oui une réflexion profonde sur.... la nature profonde de l'inscte, l'humanisatino de cette bete haïe alors qu'elle ne demande qu'a discuter... moué non.
bon. très bon. Suis birn d'accord avec toi ! Même ma soeur a aimé c'est vous dire ! Tout le monde peut aimer, même les hermétiques a Kim Ki Duk.