Exilés, Johnnie To au sommet, où le prolongement d'Election 1&2.

Publié le par Nostalgic-du-cool

Exilés (Fong juk), Johnnie To, Honk-hong, 2006.


 Exilés: La suite ocre sang des « Elections »?


 

 Depuis PTU, succès international qui l’a réellement fait connaître, nous avons droit à presque deux films de Johnnie To par an. Deux bons films : Breaking news, Yesterday once more, Election 1&2, et l’an dernier, exilés. Son talent de réalisateur et sa patte sont aujourd’hui reconnus et admirés un peu partout. Ses longs plans séquences et ses acteurs fétiches ont fait le tour des écoles de cinéma. Son nom résonne dès que l’on parle de cinéma et de HK, et encore plus si l’on évoque la rétrocession. Grand thème, grande « peur » ou inquiétude du réalisateur, la rétrocession est au centre de ses derniers films. Pour ne citer que ceux dont on a déjà parlé dans ce blog, Breaking news, et surtout les deux « Elections » qui exploraient par la voie mafieuse les conséquences de cet événement politique majeur. Les triades étant pour J. To un microcosme dont le climat est révélateur de celui du reste de la société. Restant dans ce domaine, et avec les même acteurs, il transpose son intrigue et son film à Macao, ville état elle aussi rétrocédé à la chine en 1999 (deux ans après HK donc) par le Portugal. Comme bien des fois (pour ne pas dire toujours), l’article va se décomposer en trois grandes parties : résumé, analyses (avec rappels historiques) et critique rapide.

Francis Ng et Anthony Wong. ARP Sélection

 {SPOILERS} L’histoire, donc, est celle de Wo, ancien membre de la triade de Faï, qui apparemment s’était enfuit après une tentative d’assassinat ratée, et qui revient à Macao pour y vivre, avec sa femme et son jeune fils de un mois. Les meubles ne sont pas encore arrivés devant la porte de l’appartement que déjà deux groupes de deux tueurs se présente à la jeune femme qui attend son mari et son mobilier. L’un des groupes entend protéger Wo, l’autre est chargé par Faï de le tuer. A son arrivée, les deux chefs des groupes rentrent avec lui dans le salon, le laisse sortir une arme et la charger, gardant le même nombre de balles que lui dans leurs chargeurs. Après un bref regard, chacun met en joue l’autre et fait feu, vidant son chargeur, plongeant à terre, etc… Le tout pendant que la jeune femme (Jin) donne le sein à son fils. Bien sur, aucun des trois hommes ne meurt, même pas celui qui en avait deux contre lui, puisqu’il portait un gilet pare-balle. Ils font monter leurs deux comparses et discutent, boivent, mangent après avoir aidé Wo à emménager. Dis comme ça cela pourrait paraître étrange, mais il se trouve en fait qu’on apprend assez vite que les cinq hommes sont amis depuis leur enfance, qu’ils ont appartenue au même gang, mais que leur loyauté les place en ce moment face à face… Après le repas et la nuit, une solution s’impose : ne pouvant tuer Wo, et ne pouvant désobéir à Faï sans risquer la mort, il faut fuir. Et pour fuir, il faut de l’argent. Et pour trouver de l’argent, il faut aller voir Jeff, dans son hôtel. Jeff (prononcé jéèfou à la chinoise, assez marrant) est un intermédiaire entre tueur à gage et pourvoyeurs de contrat. Or voici justement que dans le cadre de son implantation à Macao, Faï cherche à éliminer le parrain local. Il passe par oncle Fortune qui lui-même transmet le contrat à Jeff, qui bien sur le répercute auprès des cinq tueurs en quête d’argent. D’autres contrats s’offrent à eux, dont le vol d’une tonne d’or issu de la corruption, mais ne sont pas assez rapide pour ces hommes pressés de fuir que sont Blaze, Tai, Wo, Cat et Fat. Ils optent donc pour l’assassinat de Keung, le parrain Macanais. Evidement, l’exécution qui devait avoir lieu dans un restaurant tourne mal, puisque Fai apparaît en plein milieu pour négocier directement avec son concurrent, et s’apercevant de la présence de ses tueurs et de Wo, lance une fusillade digne de ce nom, durant laquelle il est blessé, ainsi que Wo, qui fuit avec ses amis vers une clinique clandestine pour y être soigné. La plaie n’est pas encore recousue, que déjà surgissent Fai et ses hommes, pour la même raison que lui, à croire qu’il n’y a qu’une seule clinique clandestine à Macao… Il met quelques minutes à reconnaître Wo sur le lit d’opération lorsque celui ci se réveille (ses amis tueurs sont cachés un peu partout dans les recoins de la pièce. Re-belotte, fusillade, les quatre tueurs fuient à nouveau, mais Wo se fait prendre, est défenestré et se prend plusieurs balles sous les yeux de ses amis, qui retournent avec lui et en voiture volée dans son appartement, ou il meurt sous les yeux de sa femme. Cette dernière disjoncte momentanément ouvre le feu sur les quatre hommes qu’elle juge sans doute responsable de la mort de son mari (ce qui n’est pas totalement faux, même si tous se sont à présent rangé à ses cotés) et les fait fuir. Complètements désorientés, ils tirent à pile ou face leur destination à chaque croisement, et se retrouve un peu perdu dans des chemins pas très carrossables, entre forêt et savane.




Leur véhicule finit par tomber en panne, et les voila à pied, agenouillé devant une mare, s’abreuvant bruyamment. Devant eux se dresse la montagne de bouddha, par laquelle passe le chargement d’or d’une tonne. S’en suit un débat hilarant sur le poids d’une tonne (100 kilos ? 100 millions de kilos ?), et la décision à pile ou face de l’attaque du convoi : le verdict : non. Mi-dépités mi-rassurés, ils reprennent leur marche dans un sous bois. Quant au beau milieu d’un délire de Fat (qui effectivement est assez lourd) sur les différence entre une tonne de nichon et d’amour, des coups de feu se font entendre : le convoi est attaqué par une autre bande, bientôt décimé par le dernier policier aidé par les quatre tueurs. L’or est à eux, puisqu’ils arrivent assez vite à convaincre le flic de partager avec eux la tonne (qui, comme il le leur apprend, pèsent 2200 livres, qui elle-même représente 12 onces, qui se vend elle-même 300$...). Alors qu’ils vont embarquer pour l’étranger, un coup de fil de Faï brise leurs projets d’avenir (un bordel pour Fat, une armurerie pour Cat, …) : il a capturé Jin, la femme de Wo qui arpentait avec son enfant les hôtel pour les retrouver. Et les voila de retour dans l’hôtel de Jeff (car c’est lui qui a vendu la mèche au parrain), avec armes et bagages. Ces derniers sont remplis d’or, monnaie d’échange qu’ils offrent contre la femme et son bébé. Fai acceptent, mais veut garder Blaze, son ancien tueur qui l’a trahit et duquel il veut bien sur se venger…

Tai offre alors la clé de sa voiture à Jin, lui indiquant le lieu ou le bateau et l’or l’attende, ferme la porte de l’hôtel et déclenche les hostilités : pas question en effet pour les quatres amis de se séparer, même pour une tonne d’or !

Pan ! Pan ! On est tous mort… Sauf la prostituée de l’hôtel, qui se carapate avec quelques lingots…

 Voila pour le film, histoire somme toute classique mais traitée dans un style particulier que je décrirais dans les paragraphes suivants. Pour commencer, quelques éléments de l’histoire de Macao qui peuvent être utiles pour bien comprendre le film et certaines allusions faites par les personnages. Pour commencer le fait que Macao est une ancienne colonie Portugaise, établie dès 1513 sur l’embouchure de la rivière des perles (voir carte), ce qui en fait le plus ancien point d’attache occidental en Asie. La ville servira surtout d’entrepôt et de relais entre les marchands occidentaux et les marchés chinois et japonais, mais aussi un laboratoire pour l’évangélisation (prodigué par les jésuites) et une terre de refuge pour tous les malvenus…




Contrairement à Honk-hong, sa voisine, elle ne connut pas sous l’impulsion occidentale un fort développement économique, puisque son économie était (et est toujours) basé sur le jeu et le tourisme (pour la période actuelle surtout bien sur). Par contre, les mentalités et les mœurs ont été plus fortement qu’ailleurs modifiés par la présence lusophone (sans doute à cause de la très longue occupation). La langue portugaise est une des langues officielles, l’architecture du centre historique ressemble plus à celle de Rio qu’à celle de Pékin et on peut voir de nombreuses églises ou bâtiments officiel dans ce style typiquement colonial d’habitude réservé à l’Amérique latine. Les mentalités étaient plus ouvertes, l’éducation de l’élite plus poussée que dans la chine continentale grâce à la présence portugaise, tolérée par la Chine, puis imposée par la communauté internationale après la révolution maoïste (1949). Ce n’est qu’en 1987 que les deux pays parviennent à un accord formalisant la rétrocession dans un délai de douze ans, sur le même schéma que celle de Honk-hong, c'est-à-dire sur la formule « d’un pays, deux systèmes » et le maintient de la ville et de son territoire en Région Administrative Spéciale (RAS). Autrement dit la ville garde son indépendance sauf en matière de politique extérieure et militaire. En matière d’autogestion d’ailleurs, il faut signaler que la ville n’avait jamais connue la moindre esquisse de démocratie, le pouvoir étant basée sur la force et la violence, s’appuyant ou au mieux s’accommodant sur la pègre locale fortement liée à l’économie du jeu et donc à la plus importante source de revenu de l’île (des 3 îles en fait).


Exemple d'architecture Portugaise, au fond, la chapelle St Paul




Aussi la décision de Pékin de placer des unités de l'Armée populaire de libération, pour faire le ménage à Macao, fut bien accueillie. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Les crimes violents ont baissé de 70 % en 2000 et de 45 % en 2001. Cet assainissement a eu un effet bénéfique autant auprès de la population que sur la crédibilité de la ville. (Dixit Wikipédia).

 Voila, aujourd’hui la population vit toujours sous ce régime un peu spécial de semi indépendance qui permet à la ville de garder ses avantages matériels sur le continent mais qui le sert aussi par la vitrine qu’elle offre et les capitaux qu’elle attire, puisque la ville est devenu le nouveau Las Vegas ou toute les nouveaux riches chinois, taïwanais, hongkongais (et plus largement de tout le Sud-Est asiatique) viennent pour se distraire.

 Pour la période précise ou se situe le film, on peut supposer que c’est juste avant ou juste après la rétrocession, en tous cas dans cette période de trouble où les triades ont pas mal perdues de leur énorme influence (et ou la corruption, à l’image du convoi d’or, fuit l’île).


 Petite chose qui m’a faite rire aussi, l’esprit tolérant et ouvert des macanais que plusieurs sites vantaient, alors que dans le film l’une des premières chose que dit le parrain local à propos de Fai, Hongkongais, c’est qu’il ne traitera pas avec ce simple chinois, ce continental, montrant ainsi tout son mépris et son racisme ! (Alors que Honk-hong est à quelques encablures de Macao, une navette fait d’ailleurs la liaison en permanence entre les deux villes). Enfin voila, esprit très spécial des triades ou mensonge, je ne sait trop qui croire, sans doute la réalité est–elle un peu entre les deux.

  Autre fait qui peur faire sourire : Macao s'est développé à cause des pirates japonais qui clouaient les marchands chinois à quai. Dans le film, ce serait plutôt les "pirates modernes" qui bloqueraient le développement de la cité-état.


*

 

 Rentrons à présent dans le film lui-même. Autant le dire tout de suite, ceux qui ont aimé Election 1&2 aimeront, adorerons même Exilé, ceux qui n’avaient pas accrochés ont peu de chance d’aimer celui-ci. Quoique, le doute est permis, puisque j’ai mieux aimé Exilé que le diptyque précédent, il est plus rythmé, plus rapide, avec un peu plus d’action et moins de discussion, il repose plus sur les bonnes vieilles valeurs de camaraderie, de loyauté, de bravoure, et puis la figure mythique des tueurs à gage est toujours attirante… Il y a en effet dans ce film un peu toutes les figures archétypiques de ce genre de film : la femme aimante et vengeresse, la pute, les cinq amis que la vie a séparé, l’homme à l’harmonica, le grand méchant, le traître, le représentant de l’ordre couard mais rigolo. A l’intérieur même du quintet de tueur il y a tout ce qu’il faut. Pour commencer, j’ai envie de citer Suet Lam, acteur qui présage toujours des scènes drôles, et qui e failli pas à sa réputation. Il incarne Fat, et est en effet un peu enveloppé, avec l’esprit qui va avec (dans les films bien sur, pas de généralisation hâtives les amis !), lourd mais drôle, un peu pataud mais toujours prêt à aider et servir. Il est en effet le second de Blaze, qui représente le bon ami qui a préféré à un moment la loyauté à l’amitié, même si c’est lui qui avait monté le coup contre Fai avec Wo à l’époque.

Tai, au contraire représente la camaraderie absolue, épaulé par Cat, l’as du pistolet, solide, franc, un peu bourrin peut être. Face à eux, le boss Fai, interprété par Simon Yam, est le mafieux ambitieux qui n’a pas oublié le passé, et attend toujours sa vengeance. Machiavélique, intelligent, il va au bout de ses idées et est prêt à tout pour parvenir à ses fins. En face (ou plutôt de loin derrière un abris) se trouve le sergent Shan, à 3 jours de la retraite et qui n’attend que ça : il refuse ainsi toute compromission dans n’importe quelle affaire, passant à coté en faisant mine de ne rien voir. Le jour J, minuit arrivé et pendant que les mafieux s’entre-tuent, lui prend sa retraite et va sa rendre sa plaque tranquillement au commissariat. (En parlant de lui, symbole ou pas de la police locale, il a le numéro de Faï sur son portable, et n'hésite pas à se vendre pour sauver sa peau: la corruption est toujours la, même s'il représente sans doute l'ancienne police, bien différente de la nouvelle !)




Je reviendrais à l’occasion sur certains personnages pour éclairer un aspect du film, mais venons-en maintenant à la mise en scène :

 Comme je l’ai dit dès le départ, elle est rythmée et rapide. Plus que dans les Elections et encore plus que dans Breaking News et son plan séquence interminable. Néanmoins la patte est encore les, et mêmes si toutes les scènes passent très bien et sans longueurs, on remarque encore cette faculté à s’attarder sur des scènes (voir la scène du truel (duel à trois ?) à la fin de l’article) ou des instants qui auraient été coupés par n’importe qui, à les rendre captivant, à créer avec eux une ambiance très spéciale que l’on ne retrouve que chez lui, et que les mots ne peuvent décrirent. Cette espèce de sensation que la moitié du film est tourné au ralentit tout en voyant s’enchaîner sous nos yeux les scènes d’actions les unes derrière les autres, sans jamais reprendre son souffle. Ce que fait en fait le mieux J. To c'est filmer ce qui précède l'action, ces instants de tension, et qui font toute la qualité de ce qui suit. Johnnie To, c'est l'homme qui filme la mer d'huile avant que les vagues ne reprennent leurs droits. On a parfois nous même l’impression de flotter un peu au dessus de la réalité, de laisser le film défiler sans trop y accrocher, alors qu’en fait on est en plein dedans. Bien sur, pour ne pas rester dans le monochrome (on reparlera tout à l’heure de couleur), To a insérer dans son film une bonne dose de comique, notamment dans les personnes du policier en quasi-retraite (qui arrive toujours au mauvais moment, avec sa mimique) et de Fat, aux questions toujours hilarantes…

 En gros bonus esthétique il y a Ellen Chan, prostituée de luxe dans l’hôtel de Jeff, qui nous gratifie de quelques belles images…




Ellen Chan et sa sulfureuse beauté, photo très soft comparé à ce que l'ami G**gle propose !


Plans courts pour scènes assez longues, bâties sur un scénario simple qui tient la route même s’il aurait pu être un brin plus développé, le tout interprété par les acteurs fétiches de J. To : Francis Ng, Anthony Wong, Simon Yam, Suet Lam… Toujours aussi bon, tous autant qu’ils sont. Yam reconduit dans son rôle de parrain qu’il jouait déjà avec brio dans les « Elections » garde un peu la même personnalité, le même style de jeu, sobre mais parfois excentrique, pervers tout en demandant une très grand loyauté, froid et calculateur. A l’opposé Suet Lam est lui aussi re-casté dans un personnage comique, sa grande spécialité il faut dire. Néanmoins son personnage ne se résume pas à trois blagues potaches et à une attitude marrante, puisque Fat est fidèle, loyal, bon ami et aussi tueur à gage, même si on a tendance à l’oublier. Aussi son coté « Gras » ne ressort-il que de temps en temps, entre deux épisodes « sérieux ».

 

 Pour le film dans son ensemble, on peut le voir comme dans la continuité des deux Elections, comme je ne cesse de le répéter, dans la mesure ou il s’inscrit encore une fois dans l’univers des Triades, bien que cette fois ce soit « par le bas », alors qu’Election voyait ce monde « par le haut », par les chefs, à la manière d’un parrain. On y voit donc cinq tueurs (puis quatre), dont un ne l’est plus vraiment puisqu’il s’est retiré et a fondé une famille, dans une ville très particulière qui « subit » le même sort que Honk-hong, et il en va de même pour les triades, qui ont-elles aussi quelques problèmes. Quoique dans le film la police ne semble pas encore avoir lancé sa grande offensive contre l’économie parallèle mafieuse, bien que les parrains la redoute proche. En gros, J. To a voulu donner une nouvelle dimension à sa réflexion sur la vie dans les triades pendant la rétrocession, reproduisant le même schéma que dans ses deux précédents films, exprimant sans doute par la ses doutes, ses angoisses quant à l’avenir des villes états au sein de l’immensité chinoise. Et le problème se pose encore plus pour Macao, dont la culture et l’économie sont assez différentes de celle de Honk-hong et de la Chine, ce qui n’a pas été sans soulevé de nombreuses questions et craintes avant la rétrocession, on peut d’ailleurs encore en trouver des traces sur le web. Ce qui est certain, c’est que le Milieu a été rudoyé comme à HK après la rétrocession, et que le monde dont parle Johnnie To en 2006 n’existe plus, ou à une échelle moindre, les triades ne sont plus un monde parallèle, tout un plus un état microscopique dans la ville. C’est donc à moitié nostalgique que l’on peut ressentir ce film, qui décrit la fin d’un monde qui avait des valeurs différentes de celle des petits voyou qui vont petit à petit le remplacer : Loyauté, fraternité, un certain code même dans les affrontements, etc… On sent aussi néanmoins qu’il ne regrette pas la fin de ces violences et de ces organisations tout de même criminelles.




Le coté nostalgique étant renforcé par les couleurs, la photo du film. Pour en donner une comparaison rapide, ce sont un les même que celle du blog : ocre, rouge, orange, jaune, des teintes pastels sans énorme contrastes omniprésentes (sauf la nuit, forcément, et lors de l’épisode dans la « jungle »). Les images sont vraiment belles, la photo maîtrisée dans tous ses aspects, rappelle le western et les sierras, aidée par la musique, elle aussi très apparenté au genre spaghetti. J’ai parlé plus haut d’un homme à l’harmonica, faisant référence à « Il était une fois dans l’ouest » (voir d’ailleurs à ce propos le récent et très bon article de Yasss dans CinéPassion) et au personnage de Bronson. Dans Exilés, ce n’est pas un vengeur musicien, juste un flic rallié à la cause des triades qui veut changer de vie, et qui accompagne leur départ vers l’ultime fusillade d’un air triste d’harmonica. Puisqu’on est dans les références, comment ne pas parler de celle faite à un autre western (elles seraient innombrables si l’on se mettait sérieusement à toutes les relever), « pour quelques dollars de plus », ou Clint eastwood et Lee van Cliff s’affronte en tirant sur leurs chapeau, de façon à les faire voler de plus en plus loin, rivalisant d’adresse avec leur arme (vidéo à voir ici). Ici c’est Cat, qui se charge non pas de faire voltiger un couvre chef, mais une canette, pour impressionner le sergent Shan, à chaque fois qu’il le voit apparaître dans son voiture de patrouille… (C’est en plus assez marrant de voir les rôles inversés, en effet dans le scène du western, un pauvre domestique chinois manque de devenir fou à cause des ordres contradictoire donné par les deux… chasseurs de prime !). Vous l’aurez compris, entre les duels, les teintes ocres, le sable et les références multiple, le film se veut un hommage, ou mieux un western moderne, utilisant pour cela les derniers hommes capable de jouer dedans : des tueurs à gage et des bandits. Le cycle semble clôt d’ailleurs, puisque {SPOILER} lors de la dernière scène tous sont mort, une époque se termine, place à la « modernité ».{Fin des Spoilers}

 Autre chose intéressante, et que je n’avais pas relevé dans les autres films de To que j’ai vu, c’est l’espèce de destin, de fatum que semble reconnaître les tueurs après la mort de Wo, qui les désarçonne. Avant, ce sont des hommes décidés qui cherchent des solutions rationnelles. Ensuite, ayant un peu perdu leur raison de combattre, ils se fient à une pièce pour jouer toutes leurs décisions à pile ou face. Et la chance, le destin, les guides vers une tonne d’or, qui au début semblait leur être refusé par cette même « entité ». Ils ne pourront pas en profiter, la faute à leur conscience et à leur sens du devoir, qui les appelle au secours de la veuve et de l’orphelin, comme un aimant attire un morceau de fer. Encore une fois on est dans le registre du western un peu épique, où les bons vont tuer les méchants et se sacrifient pour les femmes et les enfants. Peut être aussi sont ils conscient, lorsqu’ils décide de jeter la pièce à l’eau et de ne pas tirer quelque chose d’aussi important au sort, que leur monde s’écroule, qu’ils n’ont plus leur place dans cette vie, et que la dernière chose pour laquelle ils seront utile est d’offrir l’or à Jin et de débarrasser Macao de Fai, accomplissant ainsi leur « destinée ».

 Pour conclure, j’enjoindrais tout le monde à aller voir ce film, à le louer, à l’acheter en dvd, à ne pas le rater sur le câble, à en parler, car c’est pour moi le meilleur Johnnie To, qui laisse augurer de très bons films pour la suite. Celui-ci s’approche du chef d’œuvre, avec une musique convaincante, un scénario bien ancré dans son genre, -rempli de référence, d’humour, pas bien innovant et simple (-iste ?) mais très efficace, qui dresse un portrait attachant de ces hommes rejetés par une ville en pleine mutation, qui elle-même se pose des questions- ; et surtout des acteurs énormes mis en valeur par la mise en scène fulgurante de Johnnie To, la magnifique photo et des décors parfaits. Le réalisateur s'affirme encore une fois comme un maitre dans l'art de magnifier la simplicité et les scènes de vie routinières.



Carcharoth


PS: Ouatch dire que j'allais oublier un des trucs principaux de ce film, même si en fait j'en est déjà un peu parlé: le dilemme entre loyauté et amitié, entre fidélité à la triade ou à ses amis d'enfance. Lien primordial dans le film, puisqu'il fait outre passer leur droit "famillieux" (et oui le parrain est "l'oncle", un peu comme dans les yakuzas ou le chef est le "grand frère") dans la triade. Voila, une belle réflexion qu'ouvre la Johnnie To, peut être le sujet d'un de ses prochains films ?



Publié dans Chine et HK

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lits 16/06/2010 18:25

Wow, très bon blog, je vous remercie de partager vos conseils et je suis pleinement d\'accord avec vous ! Permettez-moi d\'insister, votre site est excellent, je viens de twitter ce billet (en espérant que ça vous aide). Habituellement je ne commente jamais les blogs, même si leur contenu est de bonne qualité, mais là le vôtre méritait pleinement mes compliments !

Carcharoth 16/12/2007 13:20

Ba faut se vendre hein ! Je fais pas une fac de marketing mais ça empeche pas d'en connaitre les bases looool !
En tout cas merci les gars, ça fait plaisir.....
Je veux juste essayer de faire découvrir aux gens ce film génial, donc je décris, je décris, toutes les qualités, d'ou une certaine longueur...

slimdods 16/12/2007 11:23

yahoooomême réaction que Yass, quel article de fou ! Un article permettant l'éxile intellectuel...
J'adore ce côté racolleur aussi .... ;)
Yop Pi Up !
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Carcharoth 15/12/2007 15:54

ahah on est d'accord hein, elle vaut Cardinale non ?
Dans un autre genre, mais ça se vaut, en plus, c'est notre époque... notre génération quoi...
Ellen, si tu nous entends.... voici mon adresse: ****

yasss 15/12/2007 11:27

waf... quel article !!

je l'ai vu la semaine derniere ce Exilé et j'en ai eu le coup de foudre !! et du coup je vais me tapper le plus possible de Johnnie To.

PS : merci pour le lien, et le compliment ^^
ah oui... et j'ai pas pu m'empecher de jeter un coup d'oeil sur google concernant la ravissante Ellen Chan... ahhhhhhhh