Eureka, trouvaille superbe du cinéma japonais, 2000

Publié le par Nostalgic-du-cool

Eureka, Shinji Aoyama, 2000





Eureka. Eureka ! Le célèbre cri d'Archimède dans sa baignoire, ou de Tintin dans l'Oreille cassée (selon les références) raisonne aussi dans ce film, mais de façon sourde, puisqu'aucun personnage ne prononce ce mot tout au long des 3h40 que dure Eureka. C'est simplement la réponse à la question que pose ce film métaphysique : What's the meaning of life ? Si les Monty Python y ont répondu à leur façon (sacré British!) avec la machine qui fait « Ping !», le très japonais Aoyama livre une toute autre version.

Qu'est ce que la vie, pourquoi vivre et comment, voilà les questions que dresse face à ses personnages le réalisateur. Pour les obliger à y répondre, il introduit dans son récit un événement destructeur, violent qui servira de déclencheur à la remise en question : une prise d'otage dans un bus par un fou sans réel motif. Le fou se fera tuer mais les survivants seront choqués à vie. Trois du moins : Makoto, le chauffeur, Kazue et Naoki deux frères et sœurs dont les parents ne tarderont pas à mourir, leur laissant une grande maison et une belle assurance vie. Makoto partira un soir à pied avec son sac à dos pour ne revenir que deux ans plus tard, alors que les enfants s'enfermeront dans leur maison pour 'en plus sortir que pour faire les courses à vélo. Makoto à son retour ira vivre chez Kazue et Naoki, leur servant de père pour échapper aux rumeurs le concernant et à la méfiance de sa propre famille. Ils partiront un peu plus tard en voyage en bus, accompagnés du cousin des deux jeunes qui passe ses vacances ici pour veiller un peu sur ses jeunes parents. Un voyage initiatique, une façon de repartir à zéro, de refaire sa vie, de renaître avec une conscience accrue de ce qu'est la vie, de ce qu'elle implique, de sa dureté parfois. Car Kazue et Naoki sont en totale perte de repère, ils ont vécu hors du monde trop lobntemps.

Aoyama filme dans un espèce de noir et blanc sépia très esthétique qui fait ressortir à merveille la mélancolie de son propos. Les dialogues sont ciselés, peu nombreux mais tous nécessaires. Sa mise en scène est impressionnante, puissante, les plans sont lents et beaux mais sans prétentions. Le film dure presque quatre heure parce qu'il doit durer, il doit montrer le cheminement de ces trois (puis quatre) êtres, leur (re)construction après le cataclysme. Aoyama montre la façon la plus courageuse d'affronter la vie par le doute, la question, la recherche permanente qui ne va pas sans heurter et blesser les proches. Mais pour les protagoniste cette quête semble être une nécessité impérieuse. A la fin on sait qu'ils ont compris quelque chose, que leur petit périple les a amenés à une autre étape.

Le ton est mélancolique je l'ai dit, mais ne tombe jamais dans le pathétique ou le misérabiliste, il garde toujours un morceau d'optimisme, de gaieté saupoudrée. Et si le scénario n'est pas emplit de péripéties, de rebondissements, le talent fou d'Aoyama transcende cette linéarité du film (même si on sent bien passer chacune des presque quatre heures) pour offrir un film beau, puissant, métaphysique et qui émeut le spectateur, petit à petit, sans qu'il s'en rende trop compte. Un petit bijou à voir absolument, une leçon de vie !



Carcharoth



Publié dans Japon

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