Le Dernier Repas, Y'a t'il un spectateur pour comprendre le film??

Publié le par Nostalgic-du-cool

                  Voilà en bon Asiaphile qui se respecte, j'essaie de ne jamais laisser passer l'occasion de voir un film asiatique peu importe le style, la durée, ou le réalisateur, la curiosité étant indispensable pour découvrir ce cinéma unique. Ainsi cette fois je suis allé voir le premier long métrage de Roh Gyeong-Tae un réalisateur coréen inconnu avec un style assez particulier, à tel point que je suis encore surpris que ce film soit sorti en France. Toutefois le propos du film dénommé le Dernier Repas (qui en réalité est le nom d'un poème coréen) est alléchant, en effet le film tend à brosser un portrait des classes défavorisées vivant dans la région de la grande capitale Séoul. Si le cinéma coréen a souvent pour héros des losers, de petits cadres, c'est rare qu'il aborde véritablement les ratés de la croissance qui vivent très pauvrement dans les abords de la ville. L'affiche (voir ci dessous) semblait assez barrée bref j'avais un bon a priori je me disais "on va être ébloui par le cinéma underground coréen", puis j'etais confiant, j'avais apprécié des films pas mal abstraits comme Still Life ou les films de Tsukamoto. J'arrive donc fièrement dans la salle persuadé qu'en véritable asiaphile je vais parfaitement me plonger dans le film, je jette un regard dedaigneux aux 3 autres personnes qui courageusement vont occuper la salle avec moi, sentant que seul moi aurais une perception parfaite du film. Et bien je me suis lourdement trompé car le principal problème avec ce film c'est que je n'ai rien compris...



                           Bon déjà pour situer un peu la chose c'est le genre de film totalement underground qui se fait découvrir dans quelques festivals (il a été présenté dans 7 festivals) lui donnant droit à une diffusion limitée (pas plus de 3 salles quand même). D'ailleurs fait unique pour moi ce film contenait à la fois les sous titres en anglais et en français ce qui prouve la piètre diffusion de ce film pour lequel on n'a même pas pris la peine de faire une véritable version en français. Enfin cela avait un certain charme avec le côté pellicule de festival. Hélas ce double sous titrage ne m'a pas permis de mieux appréhender cette oeuvre au moins aussi étrange que le parcours de son réalisateur. En effet ce dernier a été durant des années courtier en bourse jusqu'à ce que une fois la trentaine depassée il se tourne vers le cinéma partant étudier aux Etats Unis, après divers courts métrages il est repéré par le Festival de Toronto. Mais pour son premier long métrage il décide de tourner en Corée avec des acteurs amateurs ou en tout cas inconnus, abordant ces thèmes de prédilection qui sont la pauvreté, l'absurde (là je confirme il y en a une bonne dose) et un certain pessimisme que le réalisateur reconnait lui même : " Je ne crois pas que l'humanité se dirige dans la bonne direction". Bon jusque la on peut se dire c'est un bizarre mais il y en a légion dans le cinéma asiatique avec des idées saugrenues et un cinéma pessimiste mais Roh Gyeong-Tae est vraiment à part je pense.



                    Commençons par un petit synopsis, alors d'habitude je le reprends mais cette fois je vais donner mot pour mot le résumé "officiel", repris par allociné et par les cinémas pour décrire le film et vous montrer le décalage :
L'histoire de deux familles de condition modeste. L'intrigue se déroule autour du père et du fils d'une famille habitant le quartier pauvre de Séoul, et de la mère, de la grand-mère et de la fille de l'autre famille vivant dans la zone rurale proche de la capitale coréenne. A leurs yeux, le monde civilisé, ultradéveloppé, est plutôt étrange. Finalement, ne parvenant pas à s'adapter à la société, ils abandonnent leur vie sur Terre et émigrent sur Mars. Mais avant de partir, ils accomplissent leurs désirs.
                     Voilà maitenant laissez moi vous dire ce que moi, spectateur lambda, ai compris, tout d'abord je n'ai absolument pas remarqué que les personnages avaient des liens entre eux, j'ai d'ailleurs mis un temps fou à les identifier. Bon jusque là on va dire que ce n'est pas terrible comme erreur mais le problème c'est que cela continue. En effet le coup de l'immigration sur Mars faut la comprendre, en réalité, dans le film on voit à 2 moments une publicité farfelue proposant aux "âmes en peine" de partir vivre sur la planète rouge mais sans le synopsis je n'aurais jamais compris que ces deux petites scènes sous tendent toute la trame du récit car les personnages n'evoquent jamais le voyage et l'on ne voit jamais ni l'espace, ni une fusée ni une agence spatiale (bref les symboles et repères classiques du voyage dans l'espace). Enfin les personnages décideraient d'accomplir leurs désirs cette conclusion du synopsis m'a achévé me prouvant définitivement que je n'ai rien compris à ce que trafiquaient ces etranges personnages tout au long du film, quand même pas être foutu de comprendre qu'ils réalisent leurs fantasmes c'est inquiétant... En fait les personnages ont certes des comportements étranges mais ils s'inscrivent si bien dans l'atmosphère minimaliste et conceptuelle de ce film, etrange succession de saynètes absurdes et poétiques sans réels liens entre elles qu'on fait plus gaffe au sens de leurs actes. Finalement je pense que la compréhension du spectateur n'etait pas du tout l'objectif du réalisateur qui a vraiment adopté une démarche artistique sans concession au risque de nous noyer dans l'abstrait le plus total. Et pour ma part j'ai été vite submergé par cette vague sombre, onirique, pessimiste, absurde qui m'a rapidement coulé dans les abysses de l'incompréhension d'ou je n'ai pu remonter malgré des efforts d'attention constament accrus, je suis finalement tombé dans l'ecueil du scepticisme absolu dont je n'ai plus pu me départir...



                      Bon en fait mon problème avec ce film c'est que j'ai eu l'impression d'aller visiter la galerie d'un peintre contemporain car ce film est une succession de tableaux, en effet la caméra est très souvent fixe, les cadres sont très travaillés, avec toujours une lumière sombre, une "obscure clarté" pour parodier Corneille, qui renvoient au propos assez pessimiste du film (du moins de ce que j'en ai compris). Donc ce film est un peu comme une expo, elle a un sujet : la vie miséreuse des populations pauvres coréennes dans la banlieue de Séoul, des thèmes récurrents : un plan sur de la vaisselle brisée qui revient régulièrement et enfin des personnages : dans le film ils sont 5, un escort boy, un type qui va voir des prostituées, une vieille femme, une femme dont l'enfant est décédé, enfin une femme qui prête sa voix pour les "services" fournis par le téléphone rose et ils ont pour point commun de vivre pauvrement. Bon si cette cohérence suffisait pour une expo d'art contemporain c'est un peu lèger pour un film car c'est bien que les choses soient seulement effleurées, suggérées implicites, c'est courageux de sacrifier le sens au profit de la démarche artistique, mais bon il faut avoir des limites là on se retrouve dans le flou complet et le propos perd de sa force dans des tentatives assez vaines de suresthétisation du film. Cette succession hétéroclite passe un temps puis cela devient lassant on veut du sens, on veut un propos, que les personnages aillent quelque part car leurs errements mélancoliques en finissent par devenir agaçants tant le propos certes esthétique en devient vain car au service d'aucun message, ce message s'etant perdu dans un trop plein d'images, de métaphores abstraites.

                            Toutefois il demeure que ce film propose des scènes très fortes, très belles et surtout très sombres, lorqu'on voit un homme hurlant son desespoir dans la rue et dans l'indifférence générale, quand deux femmes se battent pour une place de parking, quand il dépeint la cruauté du quotidien, d'une société qui derrière sa façade lisse cache l'indifférence voire un véritable ostracisme, les anormaux mis aux bans de la société. Le malheur des uns ne suscite que l'indifférence des autres et conduit vite à l'exclusion, c'est un cercle vicieux terrible, la pauvreté mène à la différence qui conduit à l'exclusion, c'est d'ailleurs bien appuyé par l'utilisation judicieuse des médias (radio, télé) qui viennent souligner la vision noire du réalisateur en évoquant les catastrophes écologiques, la cruauté des rapports humains. Mais bon la reflexion se noie dans ce vaste patchwork incompréhensible mélant scènes absurdes : les escort boys effectuent des danses etranges en costumes traditionnels. Moments hermétiques : la majeure partie du film ou durant toute la scène on se demande ce qu'ils sont en train de faire. Passages plus trash : l'escort boy couchant avec la grand mère.



                         Evidement on peut toujours dire que cela fait bien d'apprécier un film auquel on a rien compris, ça fait puriste qui comprend l'artiste torturé. Mais bon moi j'ai eu du mal car sans cohérence, sans éléments pour nourrir la reflexion, la denonciation devient vite assez vide et vaine et s'effondre en un agrégat d'images dépareillées à tendance masturbation intellectuelle, le film se referme sur lui même, sur un paradoxe : une démarche cerébrale depourvue de sens et ainsi il a fermé la porte au spectateur c'est bien dommage il y a avait de l'idée. Finalement s'il est évident que le réalisateur a un regard d'artiste avec un réel talent de photographe (les images issus du film sont belles comme vous pouvez le voir), son talent en tant que cinéaste capable de faire ressentir des choses au spectateur reste à prouver. Ce film prend hélas le mauvais chemin on passe de la surprise, à l'ennui, puis à l'exaspération la démarche inverse eut été mieux.

Nostalgic du Cool


Bon alors il n'y aura pas de note etant donné qu'allociné ne reconnait pas sa propre fiche (accessible ici) et donc ne pouvant saisir le film je ne peux le noter mais sachez que je lui aurais attribué 2 étoiles.



Publié dans Corée

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bz438 15/02/2010 19:34

Temps triplement perdu... !Honnêtement, même si vous avez deux heures à perdre, passez votre chemin.

Et si vous voulez un film qui parle d'une quête vers Mars, allez voir Gattaca !
Même thème mais autrement plus marquant, surtout par le soutien d'une excellente
bande sonore de Michael Nyman.

A mon avis le Yin et le Yan de la quête de Mars ;)

Nostalgic du cool 10/06/2008 14:12

En effet il y a de très belles scènes dans ce film, je ne critique pas la façon de filmer qui est intéressante et surtout maitrisée, on sent le talent du réalisateur. Je ne classe pas ce film dans la catégorie "photographie" je lui reproche d'avoir trop peu de sens pour un film (d'où la comparaison avec une expo ou c'est l'image qui prime) et de devenir une succession de plans plus ou moins beaux mais incohérents et sans finalité. Cela ne me dérange pas qu'un film soit abstrait mais la je trouve que cela va trop loin, l'image ne sous tend aucun propos je ne saurais même pas dire quels sont les thèmes du film. Finalement tout est question de perception et c'est vrai que j'ai trouvé très beau ce poème et peut être que ce film essaie de l'illustrer. En ce sens je comprends votre point de vue et si jamais je retrouve le poème je l'ajouterais dans l'article.

Claire 08/06/2008 23:55

Je suis d'accord avec vous sur le fait qu'il y a un décalage immense entre la présentation officielle du film et le film réellement : je n'ai pas vu de liens familiaux entre les personnages et je n'ai pas vu qu'ils réalisaient leur désir avant de partir pour Mars. C'est un film exigent avec le spectateur et effectivement c'est un film qui ne cherche pas le spectateur. Mais comme on est là, et bien on cavale durant tout le film à tisser nos propres liens, à écrire nos histoires et cette démarche-là est intéressante. Il y a des scènes sublimes : je pense à celle du prisonnier qui se fait étrangler et les plans suivants où les personnages sont dans leur cellule (l'un danse, l'autre prend le soleil) et le corps mort traîné passe devant chacun dans l'indifférence générale. Chacun dans sa bulle.
Le fait qu'il n'y ait pas de mouvements de caméra ne m'a pas particulièrement gêné. On peut faire un film avec des plans fixes et ce sont les personnages et la mise en scène qui font le mouvement. C'est assez beau et pas forcément à classer dans la Photographie ou l'exposition d'Arts plastiques.
J'aimerais bien retrouver le poème final car il me semble que le film est l'illustration exacte du poème. On a l'impression que c'est le poème en images et là il y a un sens au film, il me semble.

Nostalgic du cool 11/05/2008 19:53

Merci, mais attention je pense que la pellicule va pas mal circuler encore alors si tu as un ciné indé prêt de chez toi tu pourras (presque?) aller le voir, d'ailleurs si c'est le cas et que tu as compris le sens n'hésite pas a m'en faire part je suis preneur de toute interprétation.

Anna 11/05/2008 17:59

Loool, très drôle cette critique, on sent bien ta totale perplexité... Ça me donnerait presque envie de le voir ! Mais bon, ça passe pas chez moi, évidemment.