I'm a cyborg but that's Ok. Park Chan-wook dans tous ses états !

Publié le par Nostalgic-du-cool

I’m a Cyborg but that’s Ok (Saibogujiman Kwenchana), Park Chan Wook, Corée, 2006.



 

 Enfin ! Enfin j’ai pu voir le dernier et très attendu Park Chan Wook, sortit dans 8 ou 10 salles en France, parisiennes pour leur quasi-intégralité. L’auteur de l’excellente trilogie de la vengeance et qui prépare Evil Line, un film dont le nom parle de lui-même, s’était accordé avec ce film « une bouffé d’oxygène ». Et moi d’ajouter : « sacré bouteille, un beau ballon, une montgolfière, que dis-je un zeppelin ! ».

 L’histoire est simple : Young Goon est persuadée d’être un cyborg, en conséquence de quoi elle ne mange plus, et cherche à remettre à sa grand-mère, internée dans un hôpital psychiatrique pour schizophrénie son dentier. Park Il-sun quand à lui est un camarade d’hôpital de Young Goon, cleptomane (d’objet mais aussi de trait de caractère) à ses heures, et qui se ballade souvent avec un masque de lapin sur la tête. Il va essayer d’aider la jeune femme, dont il tombe amoureux à retrouver une vie normale.




 

 *

 Le résumer est succinct, à dessein puisque le film est étrange au possible, onirique et laisse une grande place à l’imaginaire du spectateur. De prime abord, et en voyant les effets visuels, j’ai eu envie de penser à un film de Gondry (surtout son dernier bien sur, un peu rafistolé). L’histoire est contée tour à tour par les différents protagonistes : la mère de Young Goon, puis la « malade » elle-même, et enfin par Il-Sun. Les points de vues se surexposent, le film prend du volume et de la dimension, de l’incompréhension la plus totale on arrive à un éblouissement intellectuel et émotif. La critique va être courte, je suis encore sous le choc. Les acteurs sont très bon, que ce soit la terrifiante Lim Su-jeong (2 sœurs…) ou le très pop Rain, mais aussi tous les acteurs secondaires, que ce soit les internes de l’hôpital psychiatrique, la mère de Young Goon ou la doctoresse. L’idée de raconter la vie de ce genre d’établissement aurait pu être glauque. Si le film avait été réalisé par Mungiu, j’aurais vomi et pleuré, la critique cahiers-inrock-télérama aurait criée au miracle et le film aurait été primé à Cannes. La j’ai ri, j’ai était ému, la critique en a peu parlé et les festivals l’ont boudés ainsi que les cinémas. C’est vrai qu’une fille qui parle à des distributeurs de boisons ou aux lampes du couloir est moins attrayante et récompensable qu’une actrice mutique et qu’un fœtus dans une serviette. Mais passons. Ce film est magnifique, les images sont très belles, les plans soignés, on retrouve tout l’esthétisme qui caractérise le cinéma coréen, tant est si bien qu’on se croirait parfois dans un film de Ki-Duk (genre Time ou Breath). Les couleurs sont parfaites, la photo lumineuse et précise, on se croirait dans un rêve cotonneux, dans une chanson de Cocoon. L’hôpital est peuplé de malades étranges mais souriant, aux tics marrants et qui meublent l’arrière plan d’un fouillis de chose et d’action comiques qui peuvent refaire voir 10 fois le film d’affilé sans qu’on puisse ne pas découvrir quelque chose de nouveau. On en vient même à raisonner de la même façon que les malades, on se dit : « oh oui les électrochocs bonne idée, ça va la recharger » avant de se rappeler qu’elle n’est cyborg que dans sa tête. Certaines scènes, celles ou Young Goon accompli (en fanstasme) sa mission de tuer tous les White’ones (médecins) avec ses doigts mitraillettes sont purement jouissive et rappelle que Park Chan-wook a réalisé Old Boy.




Le décalage entre la réalité et ce que s’imagine les différents protagonistes, tous plus ou moins atteints de troubles psychologiques est toujours magnifiquement comique, sans que cela s’exprime aux dépends des malades. L’humour est toujours sain, jamais méchant. Les personnages sont entre eux délicats et attentionnés, même si de notre point de vue ils leurs arrivent de se faire des crasses : par exemple voler le talent au ping-pong d’un malade, ou manger les repas d’une autre puisque celle-ci ne se nourrie que de piles ! De plus, les scènes avec un point de vue « réel » se mêlant avec celles filmées de façon subjective, le tout se mélange et donne un joyeux bazar, où les orteils de la cyborg s’allument pour indiquer son niveau de charge, où les docteurs se font fusiller sur place sans ciller, où une femme essaie de léviter grâce à un champs électromagnétique formé à partir de ses chaussettes pour que sa peau ne s’abîme pas ou encore où une autre femme s’entraîne tous les jours à chanter un air suisse pour entrer dans les chœurs de Genève…

 Bref c’est un joyeux délire, qui manque de devenir tragique (j’avoue avoir pressentit un fin à la Miike dans Dead or alive 1) lorsque la jeune femme parvient à reconstituer le dernier message que lui avait délivré sa grand-mère avant de mourir (en fait dans un de ses rêves), ce qui donne : « Le but de ta vie est la fin du monde, tu es une bombe atomique il te faut un million de volt ». La jeune femme et son copain vont alors se planter candidement sous un orage avec une perche métallique à la main, en se demandant si un éclair fait 1 000 000 de volts. On craint le pire mais tout s’arrange, un bel arc en ciel apparaît au matin, l’aurore est magnifique…



 Bref ce film m’a beaucoup plu -ce qui me fait encore plus pester de l’avoir raté au cinéma- par son onirisme, sa naïveté assumée et touchante, sa beauté, ses enfantillages, cette douce folie qui gagne peu à peu le spectateur et l’emmène très très loin des trivialités du monde… Et puis par cette touche de Park Chan-wook, dont on n’attend (message aux distributeurs !) toujours la réédition en dvd de JSA.

Avis aux amateurs de folie, de délire, de beauté et d’innocence !

 

La fiche Imdb.

Le site officiel.

 

 Carcharoth.



Publié dans Corée

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Commenter cet article

KooK 09/09/2009 22:28

A voirJe viens de terminer le visionnage de ce film, il fait vraiment du bien.
Il en faudrait plus des comme ça sur nos écrans.

Carcharoth 27/04/2008 19:46

Oh Oui !