Les Contes De Terremer après Isao et Hayao voici Goro la nouvelle pépite du studio Ghibli

Publié le par Nostalgic-du-cool

     Les Contes de Terremer est le dernier film d'animation du Studio Ghibli qui est le producteur par excellence de ce qui se fait de mieux dans le monde du dessins animés nippons. Le studio repose sur deux immenses piliers que sont Hayao Miyazaki et Isao Takahata. A eux deux ils ont profondément influencé le film d'animation en démontrant qu'un dessin animé peut s'adresser à un autre public que des enfants. Ces deux hommes qui ont été profondement marqués dans leur jeunesse par l'horreur de la deuxième guerre mondiale ont créé un genre nouveau abordant des thèmes durs ou militants comme la guerre ou l'écologie. Leurs génies ont conduit le studio à son apogée et desormais apparait une nouvelle génération dirigée par Hiroyuki Morita (Le Royaume des Chats) et Goro Miyazaki, le fils du maître et réalisateur du film.

 

A gauche le logo du Studio Ghibli, au centre Hayao Miyazaki et ses personnages et à droite Isao Takahata.

       En tant que fan des productions du Studio Ghibli c'est avec impatience et appréhension que j'attendais leur nouveau film d'animation. Impatience car le film semblait prometteur, mais aussi appréhension car je me demandais comment s'en sortirait le fils du génie Hayao Miyazaki, s'il reussirait à être à la hauteur de son père et sincèrement je dois dire que le résultat ne m'a pas déçu, loin de là.

            Né le 21 janvier 1967 à Tokyo, Goro Miyazaki ne semblait pas destiné à embrasser la même carrière que son père, en effet il débute sa carrière en tant qu'architecte paysagiste. C'est ainsi lui qui en 1998 a entrepris la conception du Musée Ghibli. C'est par le biais de ce travail qu'il va rencontrer Toshio Suzuki, producteur de la plupart des films du studio. Ce dernier va lui proposer de réaliser le story board du prochain film, adaptation du livre d'Ursula K Le Guin : "Tales from Earthsea", c'est une référence dans les livres de Fantasy. Le producteur convaincu du travail, et malgré les réticences du père, confie la réalisation à Goro Miyazaki qui à 40 ans commence une carrière de réalisateur. Par conséquent il ne faut pas croire que l'idée de faire du cinéma soit venu naturellement, par mimétisme, c'est le fruit d'un parcours original dans lequel il n'a pas reçu de soutien de sa famille. D'ailleurs le réalisateur explique qu'il a eu beaucoup de mal à convaincre sa mère qui l'a toujours dissuadé de suivre la voie paternelle! 

                                                                         

 Photos de Goro Miyazaki et d'Ursula K Le Guin.

         Toutefois si le réalisateur n'a pas eu un soutien véritable de son père il a pu compter sur les autres membres du Studio Ghibli. En particulier il a été assisté par deux fidèles collaborateurs de son père que sont Akihiko Yamashita et Yôji Takeshige et qui sont respectivement directeur de l'animation et directeur artistique. Il faut ajouter à cette équipe une volonté du réalisateur de rester fidèle au style de dessin du studio, qui rend les films de chez Ghibli uniques et reconnaissables entre tous. Au final, sur le plan formel, le dessin, les décors ressemblent beaucoup au style des films de son père, le réalisateur explique qu'il a voulu plutôt se concentrer sur le fond, sur l'intrigue et la psychologie des personnages.

          Ainsi, avec ce choix de conserver le style classique, la "griffe" du studio, le réalisateur nous offre un régal pour les yeux. Comme toujours les décors sont d'une finesse et d'une beauté éblouissante, avec une abondance de détails impressionnante. La palette de couleurs est toujours aussi riche et vive. Le trait des personnages est toujours aussi travaillé et précis, l'animation est impeccable et fluide. D'ailleurs certains personnages ressemblent à s'y méprendre à  des personnages des films de Hayao Miyazaki, ainsi le revendeur de drogue de Terremer ressemble beaucoup à Jiko-Bô, le chasseur de prime dans Princesse Mononoké. Aussi le personnage du chasseur d'esclaves a quasiment la même tête que celle du bras droit de la reine qui attaque le royaume de Nausicaa dans Nausicaa de la Vallée du Vent, de plus les deux personnages sont tout autant antipathiques dans leurs rôles de méchants froussards.

      A gauche le vendeur de drogue de Terremer et à droite son "jumeau" de Princesse Mononoké (si on enlève au second son nez rouge et sa petite moustache ils sont identiques, jusqu'à la verrue à côté du nez!)

       Bon jusque là nous ne sommes pas entrés dans le vif du sujet, je  me suis contenté d'effleurer la forme splendide du film qui dénote tout le génie et l'Art des dessinateurs de chez Ghibli. Comme souvent dans les films du studio l'intrigue se situe dans un univers fantastico-médiéval où se côtoient magie et traditions japonaises. L'histoire débute par une scène inhabituelle dans un film d'animation, à savoir un parricide. En effet le jeune prince Arren poignarde son propre père, le roi, et prend la fuite. Dans sa course éperdue pour échapper à son ancienne vie et sa culpabilité, il va rencontrer un mage nommé Epervier. Ce dernier parcourt le monde à la recherche de la source des troubles et catastrophes qui accablent le monde de Terremer. Ensemble ils vont chercher des réponses à leurs questions mais aussi à leurs angoisses. Tous deux cherchent un sens à leur destin, il va leur être révéle par cette quête initiatique où ils vont croiser deux femmes : Tenar une fermière qui a connu Epervier et Therru, une jeune fille agressive au passé assez trouble qui va fasciner Arren. On trouve ici des thèmes classiques recurrents dans le film du père, à savoir un déséquilibre dans le monde, le voyage initiatique d'un jeune homme avec en filigrane une histoire d'amour naissante et le thème de l'écologie.

      Cependant, comme nous l'avons dit plus haut le réalisateur va axer son approche sur le fond du film. Ici on peut observer un réel travail sur la personnalité, sur la psychologie des personnages et en particulier sur celle d'Arren. En effet ce dernier est à la fois rempli de terreur et de colère face aux bouleversements de ce monde. Il est tenaillé par une peur profonde de la mort, du temps qui passe et sur lequel il n'a aucun contrôle et tout cela le conduit finalement à avoir peur de la vie elle même.  Le réalisateur explique que son personnage est sous une tension permanente qui risque de le faire exploser a tout moment. Arren semble avoir beaucoup de difficultés à se contrôler car il semble ne pas réussir à appréhender ce monde si sombre et en même temps magnifique qui l'entoure.  Goro Miyazaki compare son personnage à sa génération, une génération en conflit avec ses aînés (d'où le parricide), avec le monde qu'ils ont crée. Finalement Arren est à la fois bourreau, car il a tué son père et victime car c'est un être rongé de culpabilité dans un monde sur lequel il a l'impression de n'avoir aucune prise. Heureusement la sagesse de certains et l'amitié d'autres vont lui permettre d'ouvrir un regard nouveau sur le monde.

       Le film aborde plusieurs thèmes qui cette fois ci sont propres au réalisateur. Il évoque avec justesse la peur de la mort et du temps qui passe, il tente d'explorer certains aspects ambigus voir paradoxaux de la nature humaine. L'homme est à la fois épris de liberté et profondément matérialiste, il sait que le sens de la vie vient du fait qu'elle est ephémère et pourtant il désire l'immortalité. Aussi à travers la description de la cité d'Horteville il évoque la drogue et le fait que desormais on a l'impression que tout s'achète même les vies (c'est une ville qui pratique le commerce d'esclaves). La mise en scène est plutôt lente mais élégante, les personnages mystérieux à la personnalité complexe et dense sont des instruments que le réalisateur utilise pour créer une atmosphère quelque peu onirique et sombre. J'ai d'ailleurs trouvé que ce film était plus triste, plus noir que les films de son père. Enfin  Goro Miyazaki innove sur le plan musical en introduisant des chansons dans son film, il estime qu'une chanson peut exprimer avec force et justesse la vie d'un personnage (ici c'est Therru qui chante). Il fait appel à Tamiya Terajima qui nous offre une belle BO avec des rythmes celtiques.

     Pour conclure, selon moi, Goro Miyazaki réalise un bon film, en réussissant à s'affranchir de l'influence de son père il nous offre une oeuvre personnelle et belle. Je pense que la relève est asurée il n'atteint pas le génie de Hayao Miyazaki mais révèle un fort potentiel. Le père qui est un homme plutôt timide et réservé n'évoque pas le film devant son fils mais il a laissé entendre qu'il a apprécié le film pour son honnêteté. Cela nous change de certains parents acteurs qui  font une pub incroyable pour les tentatives artisiques de leurs rejettons. Enfin L'auteur Ursula K Le Guin, quelque peu déçue par l'adaptation a dit au réalisateur :   " Ce n'est pas mon livre. C'est votre film. C'est un bon film."     En tout cas le Studio Ghibli tord encore le cou à une des nombreuses idées reçues que beaucoup ont à son égard (la pire étant ceux qui disent que c'est du cinéma uniquement pour enfant) en démontrant qu'il réussit toujours à renouveller son genre et que de jeunes réalisateurs peuvent percer entre les deux piliers (Miyazaki et Takahata) du studio.

            Nostalgic Du Cool

 



Publié dans Films d'animation

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Horus-Djer 13/06/2008 00:58

Je n'ai pas vraiment apprécié ce film. Peut-être est-ce parce que je ne l'ai pas compris. Enfin toujours est-il que je ne comprends pas pourquoi le personnage principal a tué son père et que cela ne semble pas être si grave que ça.

Tik&Gra 11/04/2007 01:18

Beaucoup aimé ton analyse et tout ce que tu explique autour du film, d'autant plus que j'ai été décue de voir beaucoup de critiques négatives (que je ne partage pas) et si peu d'articles dans les blogs. J'ai également fait la mienne...si tu veux passer la voir et me dire ce que tu en penses. @ bientôt.

Dawoud 10/04/2007 12:07

je cite : "(...) et que de jeunes réalisateurs peuvent percer entre les deux piliers (Miyazaki et Takahata) du studio". C'est vrai mais d'un autre côté ce jeune réalisateur est tout de même le fils de Miyazaki, je pense que ça aide pour pousser la porte du studio Ghibli :).
Cependant, le reste votre critique est pertinente et je vous en félicite.