Chapeau bas pour Sha Po Lang ou le retour du film d'action à la sauce Hong Kong

Publié le par Nostalgic-du-cool

           Voilà un petit film qui n'a pas beaucoup fait de bruit, malgré sa qualité, en effet inédit en salle, il est directement sorti en DVD, personnellement c'est grâce à une fameuse chaîne cryptée que j'ai découvert cette très bonne surprise. Sha Po Lang a été contracté en SPL pour rendre le titre plus accessible à un public d'occidentaux. Ce film marque le retour du cinéma de Hong Kong au  film d'action, au vrai avec des scènes de combat virtuoses, des duels époustouflants, bref ce que l'on appelle communément de la "grosse baston". Certes il existe un cinéma d'action made in Hong Kong avec de grands maitres comme Johnnie To (c'est d'ailleurs un des modèles du réalisateur de SPL) mais, actuellement ce cinéma privilégie plutôt les gunfights au détriment des scènes de bagarre.

 

                C'est cet aspect qui fait selon moi toute la fraîcheur du film. Il m'a fait un peu penser à l'âge d'or de Jackie Chan lorsqu'il tournait encore à Hong Kong au début des années 80 dans des films d'action survitaminés remplis de scènes de combat jouissives et inventives. C'était un cinéma qui mêlait action et humour, et où le scénario importait bien moins que les scènes de combat. Sur ce dernier point SPL s'éloigne du genre car à l'instar des films actuels d'Hong Kong, c'est un polar noir et dur qui s'accompagne d'un scénario classique mais efficace et plus profond qu'il n'y parait au premier abord. Bref un film sur le fil du rasoir entre rupture et continuité. 

         SPL est le dernier film de Wilson Yip, mais c'est son film d'action le plus abouti et de loin. Auparavant il a réalisé plusieurs films fantastiques avec des zombies comme Bio Zombie, puis il a accèdé à une relative notoriété avec deux drames : Bullets Over Summer et Juliet In Love. C'est un réalisateur assez éccléctique qui aime donner de la profondeur à ses films, il aborde toujours des thèmes en arrière plan quel que soit le genre. Dans une interview donnée pour Cinéasie (pour la lire cliquez ici) il explique :   "Les valeurs familiales et les émotions humaines sont les sujets que je veux évoquer dans mon travail."    

     

              Le scénario est relativement simple, la signification du titre résume assez bien l'intrigue. En effet les trois termes composant le titre Sha Po Lang désigne chacun une étoile dans l'astrologie chinoise qui respectivement signifie mort, élimination, cupidité. Leur conjonction peut determiner le destin d'une personne. Ici trois étoiles pour trois personnages (interprétés par des acteurs excellentissimes) au coeur d'un polar sombre et survolté. L'inspecteur Chan (Simon Yam) tient absolument à coincer Po (Sammo Hung), un parrain local de la Triade depuis que ce dernier a commandité l'assassinat d'un témoin et de sa famille, dont Chan était chargé de la protection. A la veille de sa retraite Chan et son équipe, toujours animés d'un désir de vengeance, continuent de harceler sans relâche le meurtrier. Dans leur poursuite ils vont obtenir l'aide du futur remplaçant de Chan : Ma (Donnie Yen), un flic brutal, maître du combat au corps à corps. A travers cette course à la vengeance le réalisateur réussit à distiller des éléments de la personnalité des personnages et au fur et à mesure que le film avance la frontière entre le "Bien" et le "Mal" s'estompe.

           L'équipe de Chan s'enfonce progressivement dans l'illégalité et la violence afin de piéger Po qui de son côté se montre de plus en plus cruel et machiavélique. Ainsi les policiers n'hésitent pas à maquiller des preuves et même vont jusqu'à tuer le bras droit de Po, afin de l'empêcher de témoigner en faveur de son chef. Cette attitude ne fait qu'amplifier la fureur du parrain qui va faire appel à un tueur froid et sadique afin d'éliminer les co-équipiers de Chan. Enfin au milieu de ce conflit qui le dépasse se trouve Ma, tiraillé entre le rejet de l'attitude brutale de ses futurs collègues qui lui rappelle ses anciens démons et une haine naissante pour Po. Ainsi au fur et à mesure que la fureur des personnages s'amplifie leurs carapaces s'effritent, on les découvre sous un visage humain et fragile.

 

Photo de gauche Donnie Yen et à son côté Simon Yam. Photo de droite Chan et son équipe.

       Ainsi Chan est atteint d'une tumeur au cerveau qui le condamne à une mort prochaine. Il demeure traumatisé par le meurtre de ce témoin, à tel point qu'il a adopté la fille de ce dernier qui a survécu au massacre de sa famille. il est très attaché à cette enfant. L'épée de Damoclès qui est suspendu au dessus du personnage lui donne à la fois une grande mélancolie et paradoxalement affûte son désir de vengeance, on comprend qu'il veuille se venger pour l'enfant et pour faire disparaitre son sentiment de culpabilité. L'interprétation de  Simon Yam est comme toujours impeccable. On découvre aussi un homme très attaché à son équipe qui est, en fait, sa famille. Une  équipe qui lui rend bien cette affection, et qui pour sa retraite et pour l'aider à élever la petite, a dérobé l'argent d'une commande de drogue destinée à Po. Comme nous l'avons dit plus haut  Wilson Yip aime évoquer le thème de la famille. Ici en filigrane le réalisateur nous montre les liens unissant cette équipe, mais aussi il dévoile des morceaux de leurs vies. On découvre que l'un des membres a coupé les liens avec sa famille, ce qu'il regrette, et qu'un autre trop absorbé par son boulot n'a pas vu grandir sa fille désormais adulte.

         Aussi on apprend que Ma était un flic plutôt fougeux, qui usait facilement des poings dans sa jeunesse. Puis on découvre qu'à la suite d'une arrestation très musclée il a rendu handicapé mental un suspect. Alors sous la carapace de dur on découvre un homme encore profondément meurtri par son geste, il entretient d'ailleurs des liens assez forts et émouvants avec cette personne qu'il a blessée. Cette tendresse mêlée de peine est très bien rendue dans une scène où les deux personnages jouent à un jeu vidéo de combat. Ma fait toujours exprès de perdre ce qui fait dire à l'autre "il faut que tu apprennes à te battre". Ainsi en une phrase, en une expression du visage, on s'aperçoit à quel point la culpabilté de Ma demeure vive. Donnie Yen réussit à donner de la profondeur à son personnage, ses performances d'acteur martial sont époustouflantes, et il confirme un talent qu'on avait pu apercevoir dans des Wu Xia Pian comme Hero ou Seven Swords.

     Enfin, sous ses apparences de Parrain violent et sans pitié on découvre que Po est en réalité un homme éperdument amoureux de sa femme avec laquelle il essaie déséspérement d'avoir un enfant. En sa présence il est un homme doux et attentif. En fait, la plus grande joie de ce parrain infâme est d'avoir enfin réussi à avoir un enfant. Personnellement c'est la prestation de Sammo Hung qui m'a le plus bluffé, il y joue à merveille un vrai méchant dans toute sa grandeur, manipulateur, froid, vicieux, violent et sans pitié. J'avais du mal à m'imaginer le sympathique héros à l'allure débonnaire de la série le Flic de Shangai dans un tel rôle, et là, en tout cas, il a largement depassé mes espérances!

 

         On ne peut pas honnêtement aborder ce film sans traiter les scènes de combat qui sont sublimes. Elles ont été chorégraphiées par Donnie Yen, il leur a donné une brutalité inouïe, mais aussi un réalisme et une authenticité qui nous change des scènes surréalistes du Wu Xia. Les combats qu'il soient à mains nues ou à l'arme blanche sont magnifiés par une très bonne mise en scène et une photographie impeccable, tout en contraste. La maîtrise de Wilson Yip sur tous les plans techniques nous offre un spectacle grandiose.  Il n'y a rien à redire sur la performance martiale des acteurs que ce soit Donnie Yen, Jackie Wu Jing, qui interprète le tueur personnel de Po et qui est toujours armé d'un poignard (voir les deux photos ci dessus et son arme ci dessous) il est d'ailleurs considéré par certains comme le successeur de Jet Li. Enfin Sammo Hung est comme toujours hallucinant de souplesse et d'habilité, alors qu'il fait quand même 120 kilos et qu'il a plus de 50 ans! Le dernier combat est tout particulièrement bien fait et il se termine dans un final ahurissant et tragique qui nous laisse sans voix. Cette fin terrible, que je ne devoilerai pas, tant elle est surprenante, est la marque de fabrique du cinéma asiatique, il est certain que si le film avait été une production américaine, la fin eut été plus heureuse avec un beau Happy End.

Cette arme m'a fait personnellement penser au Wakizachi, sorte de Katana (sabre japonais) court que portait les samouraïs japonais. Sinon, pour donner une référence cinématographique c'est le même type de sabre que porte Gogo Yubari (photo ci dessus) la garde du corps personnelle de  O-Ren Ishii dans Kill Bill.

          Bref Sha Po Lang est un film décomplexé qui redonne ses lettres de noblesse à un genre moribond : le cinéma d'action/baston de Hong Kong. Un casting impeccable, un vrai scénario, un réalisateur inventif, des combats géniaux et par moment une douce poésie mélancolique sont les ingrédients d'un film à ne pas manquer!

   Nostalgic Du Cool



Publié dans Chine et HK

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Reznik 06/04/2008 15:23

Inégal mais intéressant.SPL est un assez bon polar, dans la veine de ce que fait M.Mann sans en égaler la qualité.
Le film de Yip regorge de bon moments mais qui ressemble plus à un patchwork qu'à un vrai film tenu et maîtrisé. la petite touche "auteuriste" est sympa mais bien légère.
Par contre les combats envoient du lourd, d'avantage grâce aux combattants qu'a la mise en scène. (6/10)


ps: je regrette que le tueur au couteau de Wang Po ne soit pas plus présent et approfondi. En l'état, j'ai pas grand chose à dire dessus sur mon site.

Sissie 20/01/2008 14:03

Compliment pour le film intitulé SPLBonjour à touis! Je suis une Malgache qui n'a jamais vécu à l'étranger et pourtant, étant une métisse de mon grand père, j'admire tout ce qui est "chinois" et personnellement, ce film m'a vraiment impréssioné.
Il n'y a pas à dire mais c'est excéllent c'est pourquoi je tiens à féliciter tout un chacun ayant contribué à ce film. Grand bravo