La ballade de Narayama, une palme qui nage vers des sommets dorés et enneigés...

Publié le par Nostalgic-du-cool

narayama

 

 

La ballade de Narayama est un chef d'oeuvre d'Imamura, un réalisateur dont on a pas encore vraiment parlé ici. Une fiche biographique viendra un de ces jours. Il a obtenu la palme d'or à Cannes en 1983. On peut y voir Ken Ogata, qui a joué dans un des épisodes de Zatoïchi et dans une cinquantaine de films plus ou moins connus ici...; ainsi que Sumiko Sakamoto, qui a tourné dans "de l'eau tiède sous un pont rouge" (Imamura) et "la forêt oubliée".

 

Ce réalisateur n'est pas très prolifique, est chacun de ces film est donc particulièrement travaillé: La vengeance est à moi et Eijanaika sont deux de ses plus beaux films, qui annonce par leur style et leur qualité celui que nous allons commenter ici.

La ballade de Narayama (Narayama Bushîko en japonais) raconte la vie campagnarde d'un village, et d'une famille en particulier: Orin, un vieille femme, attend que son fils trouve une femme, et que sa puisse bru la remplacer, pour aller mourir au sommet de la montagne, comme la coutume le veut.

narayama-1982-05-g  Ode à la campagne, aux paysans, souvent délaissés par les films et les réalisateurs, qui leur préfèrent les samouraïs(Rebellion, Rashomon, etc...), les intrigues de cours(Samouraï), la vie de la ville (les bas fonds), (et quand ils sont évoqués dans les sept samouraïs, ils ne sont pas toujours à l'honneur...) Narayama est un film très beau, assez fluide: la vie d'un village, il y a longtemps: la vie des paysans, avec ses particularités mais bien sur aussi ses touches d'humour, ses larmes et ses tragédies qui sont universelles...

Le film montre sans voyeurisme ou condescendance la violence de la vie du ce japon médiéval, de ses traditions et des réactions parfois inimaginables pour nous, êtres par trop policés et normalisés. En 1860, en effet (comme déjà expliqué auparavant, mais bon, je vous évite une relecture de 45 articles), le Japon est encore fermé sur lui même, vivant en autarcie. Et même si à Edo, l'influence occidentale se fait sentir chez les élites, la France et Voltaire sont inconnus chez les paysans du Japon... Ce qui ne les empêche pas de vivre heureux et en paix relative, même si les techniques rudimentaires et la faible quantité de terre ne les mettent pas toutes les années à l'abri de disettes.

 

Narayama (1)  Dans ce contexte particulier, que l'on pourrait rapprocher de celui de l'Europe du XIIème siècle (ou du XVIIème, les techniques ont peu évoluées...), on ne s'étonnera plus de la dureté (apparente) des caractères et des hommes. La vieille Orin a donc presque atteint ses 70 hivers, et elle se sent devenir une charge pour sa famille. Elle s'inquiète néanmoins de voir son fils Tatsuhei, âgé de 45 ans, ne pas trouver de femme. Dans le village voisin, un homme meurt, laissant une veuve de... 45 ans ! Le mariage est vite arrangé, Orin découvre une femme intelligente et serviable, Tatsuhei se met à l'aimer, tout va pour le mieux.

Mais Orin persiste, elle veut qu'il l'emmène la haut, elle se sent prête pour son dernier voyage, et ne souhaite plus être un charge... Elle va jusqu'a se casser les dents pour le décider...

Pendant ce temps la vie villageoise continue, avec ces rites, ces petites histoires, sans intérêt particulier et qui nous prennent pourtant dans un tourbillon, sans qu'on s'ennuie jamais !

 

Les derniers instant sont terribles, un ultime rebondissement, puis un grand vide, un grand blanc, de la neige.... Sans pathos aucun, Imamura filme la mort prochaine d'un femme en pleine santé, aimée par son fils... Et pourtant il ne critique pas, ne juge pas (autant que cela est possible bien sur...), et nous laisse apprécier la "beauté" du moment, l'ampleur du geste. Cela est d'autant plus puissant en Europe, que nos société n'ont pas développés depuis fort longtemps de traditions de ce genre. Excellent exercice anti ethnocentrisme, ce film est un grand bol d'étranger, d'autre, d'ailleurs, de ce quelque chose que l'on recherche lorsque l'on va voir un film asiatique.

Un palme amplement méritée, et qui n'est que sa première (L'Anguille par la suite), ce qui fait de lui un des réalisateurs les plus appréciés et connu en occident. A juste raison.

 

NB: le film est tiré d'un roman de Shichiro Fukuzawa, qui avait d'ailleurs déjà été adapté au cinéma par Keisuke Kinoshita en 1958...

 

narayama2

 

Un article sur le livre dont est inspiré ce merveilleux film.

 

 

Carcharoth

 

 



Publié dans Japon

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ClashDoherty 20/08/2007 11:49

Et une Palme d'Or méritée, une !!
Un excellent film, et meme plus : exceptionnel.

Carcharoth 23/02/2007 20:40

Merci beaucoup ! Mais dis plutot "notre" blog, car nous sommes deux.

g2rard ROCHER 23/02/2007 20:33

Une merveille !!Que dire de ce film si ce n'est qu'il s'agit d'un véritable chef-d'oeuvre qui nous tire vers la tendresse, latristesse, puis le fatalisme. Toue une philosophie d l'aboutissement de la vie dépeinte dans la sobrété et la pudeur. Bouleversant. Dans mon blog, je fais la critque de quelques films asiatiques comme celui-ci et entre-autre "L'ile nue" ou Ivre de femms et de peinture" qui pour moi sont incontournables. Mais il y a yant à dire sur ce cinéma très riche!!! A bientôtcar ton blog est parfait,
Gérard