Afro Samurai quand le Chambara japonais rencontre la culture noire américaine, un cocktail détonnant !

Publié le par Nostalgic-du-cool

                      Attention chose rare Asiaphilie va évoquer un manga ce qui n'a jamais encore était fait en ce temple du cinéma asiatique et cela n'aura pas lieu très souvent. En effet si on aime le cinéma asiatique on est pas forcément fan de tout ce qui vient de la région et en général si j'apprécie assez les mangas (ou plutôt animes c'est à dire les mangas adaptés en dessins animés) c'est rare que ça me captive. Mais la c'est différent car un manga, ou anime pour les puristes, comme Afro Samuraï j'en avais jamais vu et j'ai totalement accroché. L'idée du manga a germé dans l'esprit fertile de Takashi Okazaki, fan de hip hop et de soul et passionné par la culture japonaise et les samouraïs il a l'idée de mixer le tout pour faire naître un Samouraï noir qui loin d'être un choc des cultures est la symbiose entre l'art du sabre japonais et les symboles de la culture noire américaine (style, musique, façon de parler). D'ailleurs quand on y pense on s'aperçoit que quelqu'un avait déjà rapproché ces deux univers c'était Jim Jarmusch dans le brillant Ghost Dog : The Way of The Samuraï avec l'immense Forest Whitaker qui y incarne un jeune noir, tueur à gage, issu d'un ghetto américain, qui suit à la lettre le code moral des samouraïs.



                   Rapidement le manga rencontre un certain succès et réussit à traverser l'Atlantique jusqu'aux Etats Unis ou il suscite l'engouement. Ainsi des producteurs américains décident en collaboration avec des japonais d'adapter le manga en mini série de 5 épisodes (et oui on est loin de certains animes et de leurs centaines d'épisodes !). Il confie le projet à Fuminori Kizaki du Studio japonais Gonzo qui va s'occuper de la partie animation, design. Mais des américains participent au projet et pas des moindres d'abord il y a Monsieur Samuel L. Jackson qui produit la série et qui prête sa voix à Afro le personnage principal. En effet l'anime est tourné en anglais ce qui a une classe indéniable quand on connait la voix de Samuel L. Jackson, ensuite c'est Ron Perlman ( Hellboy ) qui vient prêter sa voix grave et gutturale à Justice le "méchant" de l'histoire, ensuite la touche féminine est apportée par Kelly Hu ( Le flic de Shangaï, X Men 2 )qui donne sa voix sensuelle à Okiku, le seul personnage féminin. Enfin la B.O est confié à un des grands maîtres du hip hop j'ai nommé the RZA leader du groupe Wu Tang Clan, fasciné par les films d'arts martiaux (en particulier ceux de la Shaw Brothers d'ou le nom de son groupe Wu Tang Clan) et les vieux chambaras qui ont influencé son univers musical. Mais cette fois c'est l'univers hip hop qui inspire le manga, donc le choix De RZA semblait s'imposer de lui même. D'autant qu'il a déjà une solide expérience comme compositeurs de bandes originales, signant les B.O des Kill Bill et de Ghost Dog entre autres. Bref avec un budget de 1 million de dollar par épisode et un casting de haute volée très racé si j'ose dire, très classieux, d'avance cela apportait un certain crédit à cette série qui en général n'a pas déçu les attentes.


                  Comme je le disais au dessus Afro Samuraï a largement était à la hauteur de l'energie investie, je n'avais jamais vu un manga aussi noir, amoral, brutal, sanglant je n'avais jamais vu une réalisation aussi saisissante avec des scènes de combats sans concession virevoltantes, fluides, surréalistes et bourrés d'hémoglobine mais aussi des scènes, des gestes s'inscrivant dans la plus pure tradition chambara (film de sabre japonais). Le design est simplement impeccable, très stylisé à la fois simple et sophistiqué il n'est pas sans rappeller le style utilisé dans le court passage d'animation sur Oren Ichii dans Kill Bill. Enfin je n'avais jamais vu une galerie de personnages aussi cool et originaux, totalement décalés par rapport aux personnages qu'ils sont censés incarner ainsi au lieu d'honorables vieux moines on a des papis déjantés et pervers, puis un samouraï plus sanguinaire que vertueux. Tout simplement je n'avais jamais vu l'histoire d'un black, denommé Afro à cause de l'impressionante coupe afro qu'il arbore, portant le costume traditionnel de samouraï avec un immense katana, ayant toujours une cigarette roulée au bec et aimant par dessus tout boire de la limonade, et qui animé d'un enorme désir de vengeance massacre quiconque se met en travers de sa route.

             L'histoire est d'une simplicité déconcertante, l'action se déroule dans un Japon rétro futuriste encore médiéval. Un lieu où le sabre côtoie les pistolets et les téléphones portables, où la médecine ancestrale s'oppose à la technologie cybernétique, mais surtout un lieu où la violence règne. Dans cet univers sombre, Afro cherche à venger son père, assassiné sous ses yeux alors qu'il n'était qu'un enfant. En effet dans ce monde chaotique sans loi, il y a une seule règle basée sur une légende à propos de deux bandeaux ancestraux dénommés : le Numéro un et le Numéro deux. Le guerrier qui a le bandeau Numéro un est une sorte de Dieu, personne ne peut le défier excepté celui qui le Numéro deux, par contre pour le Numéro deux tout homme sur terre peut le provoquer pour prendre sa place. Le père d'Afro était le Numéro 1 hélas un jour Justice, le Numéro 2, une sorte de cow boy se servant de deux immenses six coups, le retrouve et décapite le père sous les yeux éplorés du petit Afro. Abandonné à lui même dans un monde impitoyable, il sera recueilli par un maître d'armes dont le dojo abrite des enfants orphelins, auprès de lui il va apprendre à se battre, mais aussi il va réapprendre à vivre auprès des autres enfants découvrant l'amitié. Toutefois il n'oublie pas son but : venger son père, en devenant Numéro 2, c'est d'ailleurs là toute la tragédie d'Afro pour assouvir son besoin de vengeance il devra affronter le monde, mais aussi il devra se confronter à son maître, laisser de côté ses amis, renoncer à l'amour car être Numéro 2 implique d'être un solitaire, sans amis, sans joie, seulement avec la haine et la convoitise qu'engendre le bandeau de Numéro 2.


1ere image, Afro enfant à côté de ses amis Otsuru (la petite fille) et Jinno.

                C'est autour de ce postulat assez basique que va se construire l'histoire, constant balancier entre le Présent et le Passé. Avec au présent un Afro adulte, Numéro 2, au sommet de sa puissance, renfrogné, impassible presque mutique et quelque peu blasé de toute cette violence, il anéantit néanmoins quiconque se met en travers de sa route vers le Numéro 1. Puis le passé avec un Afro enfant, sensible et exalté, avec ses blessures, ses peines, sa découverte de la violence du monde et de la violence qu'il a en lui. Cependant au délà de ces souffrances c'est aussi un temps synonyme de valeurs perdues comme l'amitié, le bonheur. Mais ça il le savait s'il se venger, s'il devenait numéro 2, il renonçait au bonheur pour la vengeance seulement ce qu'il n'avait pas prévu c'est qu'il pourrait faire souffrir les autres. D'ailleurs Jinno (qu'on voit sur la photo ci dessus) vouera adulte une haine farouche à l'encontre d'Afro qu'il considère comme un traitre, l'ayant trahi lui et les autres enfants pour choisir la voie de la Vengeance. Le personnage principal résume cependant très bien sa conception lorqu'il explique tandis qu'il terasse une horde d'ennemis ambitieux : "It's Nothing personal, it's just Revenge." Mais l'anime n'apporte pas de jugements moraux il montre juste un monde noir, sombre, il relève les contradictions intrinsèques à la voie qu'à choisi Afro avec les sacrifices qu'elle implique, il montre son implacable determination quitte à tout perdre pour se venger. Derrière l'apparence de manga ultra bourrin et sanglant (faut quand même bien le dire la plupart du temps c'est de la baston et quelles bastons, on en a pour son argent !) il y a en creux des thèmes de reflexion sur ce sujet si cher à Park Chan Wook qu'est la vengeance, sur le conditionnement à la violence lorqu'on nait dans un univers violent, ici d'ailleurs je vous conseille d'écouter les musique de la B.O par RZA qui fait un parallèle entre cette violence et celle engendrée par les ghettos ou il a grandi, avec cette idée de combat pour vivre.


         Musique du générique de début (c'est la musique que vous pouvez entendre au début de l'article) :
[RZA]
A man with no friends, only live for revenge
Live his life off the henge, cut, through a thousand men
Blade swing with the force of a cyclone
Cut crystal and bone, pistol and chrome
Stand in my path, you're a dead man
I cut the whole world in half for the Number One headband
Quest of a lonely soul, on a lonely road

Bon pour finir ces propos sur cet excellent manga voila une petite galérie des personnages.


Afro (photo de gauche) : Le héros est bien décrit par RZA "Fury in my eyes, sword on my size, afro on my Head, I'm the Black Samuraï". Il est taciturne et peu bavard, assez inexpressif il ne montre jamais ses émotions, sauf quand on le voit enfant, en même temps quand à environ 7 ans on se retrouve avec dans les bras la tête de son père on comprend qu'il reste des sequelles. Mais surtout le plus marquant avec ce personnage c'est qu'il est cool, pas seulement sympathique comme les personnages classiques de manga, mais vraiment classe avec sa clope au bec, son énorme coupe afro, son air toujours relax et désinvolte, c'est la classe américaine comme on dit. En fait il a ce côté naturellement cool, c'est l'image assez typique des héros fiers et décontractés des films de la blaxploitation.

Ninja Ninja (photo de droite) : C'est le seul ami de l'Afro adulte, c'est son opposé, d'abord sa coupe afro est blanche, puis tandis qu'Afro parle peu mais agit pas mal, ce dernier soliloque pendant des heures devant un Afro mutique, toutefois lorsque le danger arrive il est le premier caché, puis lui fume des cigarettes classiques alors qu'Afro fume des roulés. Il a le don pour agacer son ami qui lui envoie régulierement en guise de reponse un "ta gueule" bien senti. Il faut dire que Ninja Ninja a un côté agaçant puisqu'il critique, commente tous les faits et gestes d'Afro mais ne fait jamais rien. C'est le personnage comique du manga, c'est la caricature du petit black comique de service qui agremente toutes ses phrases d'un 'Yo" un peu comme certains rôles de Chris Rock : le genre de type excité, toujours flippé avec un impressionnant débit de parole et un humour acide et décalé.



Les 7 Sans Âmes (The Empty Seven) : En apparence on dirait d'honorables vieillards moines bouddhistes, en réalité ce sont des fanatiques exaltés et libidineux, (le moine numéro 1 apparait toujours en compagnie d'une plantureuse créature en sous vêtements) persuadés d'être investi d'une mission divine pour contrôler le monde grâce aux deux Bandeaux ancestraux. Chacun d'eux utilisent la technologie cybernétique soit pour se battre soit pour espionner (comme vous pouvez le voir le moine 3 a des ecouteurs, le moine 1 a un bras mécanique...) leur but est d'abord d'éliminer Afro pour se débarasser du Numéro 1. A la fois sans scrupule, pathétique et méprisable se sont vraiment des adversaires atypiques que ces vieillards belliqueux. D'ailleurs vous observerez que dans les 5 épisodes on ne voit que 6 des 7 sans Âmes, alors si par hasard vous savez pourquoi dites le moi.



Okiku : Le seul amour d'Afro elle va le recueillir et le soigner. Très douce et distinguée, aussi douée en tant que guerisseuse qu'en tant que cuisinière. Elle incarne un peu le modèle de la bonne maitresse de maison dans le Japon féodale. Hélas du fait de sa rencontre avec Afro elle connaitra un destin tragique.



Kuma/Jinno : Sous ses airs drôles avec sa tête d'ours Kuma (qui signifie ours en japonais) est sans doute l'un des personnages les plus tragiques du dessin animé. Anciennement ami d'Afro il lui voue une haine inextinguible estimant que ce dernier l'a trahi lui et les autres enfants avec lesquels ils ont grandi. Il a vu mourir tous ses proches et a été horriblement défiguré, il impute non sans raison (mais je vous laisse découvrir cela) à Afro tous ses malheurs. C'est un adversaire redoutable combattant à deux sabres, d'autant plus dangereux qu'il ravive chez Afro des souvenirs douloureux voire une certaine culpabilité.



Le Maître d'armes : C'est l'homme qui recueille Afro quand il est enfant, c'est lui qui lui apprend à se battre. C'est apparement le seul homme bon dans ce monde dégéneré il recueille les orphelins à qui il enseigne ses techniques de combat. Il mettra constamment en garde Afro contre les aspects destructeurs de la vengeance et de la quête du bandeau numéro 2. D'ailleurs pour accomplir son destin Afro devra affronter son propre maître, ce sera sa première véritable confrontation non plus à la violence mais au dilemne entre vengeance et êtres chers.



Justice : C'est l'enigmatique numéro 1, le tueur du père d'Afro, raison pour laquelle ce dernier lui voue une haine farouche. Impitoyable et sans pitié il n'éprouve aucun remords pour ce qu'il a fait et attend de pied ferme la revanche du fiston. Il semble aussi à l'origine de toutes les perversions de ce monde puisque son objectif avoué est justement de le dominer. Habillé comme un cow boy avec deux immenses 6 coups, décharnés et hideux, avec une voix glauque et un rire sadique, c'est THE méchant de la série.



                      Bref Afro Samuraï est vraiment un anime à découvrir, violent et amoral à souhait, avec un dessin élégant, des personnages coolissimes. Ne passez pas à côté d'un manga aussi noir (dans tous les sens du terme) pessimiste, évitant les eccueils classiques des mangas qui malgré la violence ambiante nous offre souvent de longs discours sur l'honneur, l'amitié, la justesse du combat du héros ici le monde est assumémement deshumanisé. Afro ne vient pas rendre le monde meilleur, rarement héros de manga aura été aussi ambigu, on a eu souvent le coup du héros faussement impassible mais en réalité généreux, mais là rien ne vient justifier, excuser son combat qui en bien des points s'avèrent criticable. C'est en ça aussi que l'anime est innovant c'est un nouveau type d'anti-héros, c'est surement pour cela qu'il est fascinant. Puis l'anime réussit l'habile jonction entre deux univers deux cultures : entre le monde du Chambara, du bushido (code des samouraïs) d'ailleurs les combats s'inspirent pas mal des film de Kurosawa (cf combat sous la pluie comme dans Les Septs Samouraïs) ainsi que de la série Zatoïchi. Puis avec la culture (surtout noire) américaine avec ces grands acteurs qui prêtent leurs voix et en particulier avec les ambiances musicales et les flows ultra efficaces de RZA, enfin il y a une multitude de petites reférences, de mimiques reprises par l'anime de façon savoureuse.Comme quoi on a beau la critiquer, la censurer, la condamner, s'en indigner toutefois une chose est sûre la violence est universelle et parfois ça a du bon la preuve Afro Samuraï !!

Nostalgic du Cool

                P.S : Si vous voulez en savoir plus je vous conseille l'excellent site de la série qui propose pas mal d'explications, plusieurs musiques et divers trailers et interviews ( attention il est en anglais et déconseillé au moins de 18 ans !)


Publié dans Films d'animation

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Seotons 04/11/2010 18:26

SeotonsCool merci pour l'info

Nostalgic du cool 16/05/2008 21:19

En effet tu as surement raison le 7eme frère est sans doute cette étrange "docteur" robotique et pervers. Sinon pour ma part je ne suis pas un spécialiste de l'animation japonaise mais j'ai beaucoup ce graphisme original qui donne un certain cachet, c'est vrai que les combats ne sont pas toujours très "lisibles" mais je trouve que c'est compensé par la fluidité de l'action. En tout cas je crois qu'on est tous d'accord c'est de la très bonne série, esperons qu'il y ait une suite...

Leeho 10/05/2008 19:36

Excellent anime en effet, le seul bémol que j'aurais à formuler rejoint ce qu'écrit slimdods : j'ai vu la série en streaming, donc peut-être que le HD rattrape le coup, mais un graphisme aussi stylisé devient assez gênant pour lire l'action dans des moments tels que le combat contre Jinno. Enfin ça n'est qu'un semi-défaut, le revers de la médaille disons, mais la série dans son ensemble reste proche du chef d'oeuvre.

(Petite précision : je pense que le 7ème moine est tout simplement l'espèce de bibendum robotisé qui a ramené Jinno à la vie... ou peut-être est-ce la pulpeuse et muette créature du temple :o)

yasss 14/01/2008 05:36

tres bonnes nouvelles en effet. j'espers que ça va se confirmer... et que ça sera la meme equipe pour la 2ème saison. j'ai hate de voire ça, deja que j'ai revu 3 fois ces 5 épisodes...

Nostalgic du cool 13/01/2008 12:57

Il y a de l'espoir Yasss j'ai entendu dire je ne sais plus où qu'une saison deux pourrait voir le jour, esperons que c'est le cas et surtout qu'elle sera diffusée en France. Aussi autre rumeur il parait que Samuel L Jackson pourrait l'adapter en film (en tout cas il a les dorits) j'aimerais bien voir ça !